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 Et demain?...

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Aramis
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MessageSujet: Et demain?...   30.05.09 18:17

[ Arrow Et le ciel...]



Il dormait depuis trois jours, et Aramis ne savait plus quoi faire.

Les premières heures, pendant que les médecins des Esagils s'agitaient autour d'Ambroise dans un bruissement de jacasseries incompréhensibles et de cliquetis issus des étranges machines qu'ils passaient sur la tête du doyen, le jeune parfumeur était resté dans le salon, assis sur la méridienne préférée de son père, à se mordre les lèvres et à se tordre les mains. Il se sentait totalement inutile, et cela le mettait dans une rage folle. Puis ces soi-disants hommes de science étaient venus lui faire un long discours qui lui parut n'avoir aucun sens, pour finalement conclure que la meilleure chose à faire était d'attendre, de laisser Ambroise dormir et d'espérer qu'il se remettrait.

Aramis détestait attendre.

Pour se donner l'illusion de faire quelque chose, il avait passé la soirée à nettoyer la chambre d'Ambroise; les médecins n'avaient en apparence rien dérangé, mais le jeune homme sentait leur odeur partout, sur tous les tapis, le moindre meuble, jusqu'aux draps de ce lit dans lequel il s'était habitué à ne percevoir nul autre parfum que celui du Mearas et le sien. Cette pièce, il la voyait comme un sanctuaire, peut-être plus encore qu'Ambroise lui-même. Y percevoir une présence étrangère aussi outrageante était tout simplement inacceptable.

Les domestiques eurent l'air supris lorsqu'il leur annonça qu'il resterait toute la nuit, et plus s'il le fallait, jusqu'à ce qu'Ambroise se réveille. Etrangement, Aramis en fut peiné; ainsi, pour tous, il n'était qu'une histoire de cul supplémentaire du pervers amoral qui leur servait de maître. Cela n'aurait pas eu d'importance si le parfumeur avait été certain qu'Ambroise avait cherché à les détromper. Mais depuis qu'il avait vu cette femme, dans la rue, depuis qu'il avait entendu les autres nobles parler d'un baiser, il n'était plus certain de rien.

Au début, il avait essayé de veiller Ambroise comme il s'imaginait devoir le faire: assis sur un fauteuil près du lit, penché en avant, le regard fixé sur le visage pâle à moitié englouti sous un volumineux bandage. Mais plus il le regardait, plus il avait l'impression de sentir sur lui le parfum de cette femme et la marque poisseuse du sang qu'elle avait fait couler. "Vous l'aimez aussi?", lui avait-elle demandé. Qu'est-ce qu'il devait comprendre? Y avait-il quelque chose à comprendre? Il avait toujours eu l'impression qu'Ambroise préférait les femmes, il pensait le déceler dans les caresses du Mearas, la façon dont elles s'attardaient sur sa poitrine et ses hanches. Peut-être que le doyen se payait sa tête depuis le début, peut-être qu'il était effectivement juste en quête d'un bon coup. Ou peut-être qu'il l'aimait vraiment, mais que coucher toujours avec le même éphèbe sans formes pulpeuses l'ennuyait. Aramis ne savait pas ce qui aurait été le pire.

Est-ce que tu la connaissais, Ambroise? Est-ce que tu la baisais? Ou est-ce que tu lui faisais l'amour?

Le parfumeur avait quitté la chambre, malheureux de douter à ce point, fou de n'être sûr de rien. Il avait commencé à rôder dans le salon du Mearas, cette pièce aux murs couverts de livres dans laquelle il avait rencontré le doyen pour la première fois, et petit à petit il avait trouvé le moyen d'oublier ces questions qui l'empoisonnaient.

La première nuit, il avait lu les "Fleurs du Mal". Lentement, parce qu'il n'avait pas l'habitude de lire. En reprenant certains vers, parfois, parce qu'il n'en comprenait pas tous les mots. En refermant deux fois le livre d'un air excédé, parce que cela l'emmerdait. Mais il l'avait tout de même lu en entier. Parce que Ambroise aimait ce livre, parce que quand il lui en murmurait des passages, certains soirs, tout en embrassant sa peau nue, Aramis avait l'impression d'effleurer ce monde merveilleux d'où venait ses parfums, et c'était doux, et comme il parvenait à ressentir d'aussi belles choses il en venait à s'aimer un peu.

Mais Ambroise ne pourrait peut-être plus jamais le lui lire. La forme inerte qui gisait dans les draps de soie, près de son fauteuil, en était le plus cruel des témoins.

Alors le jeune homme avait changé de registre. Il s'était mis à chercher tous les livres qui traitaient de l'histoire de Tsel, ceux qu'il n'avait pas eu le temps de trouver dans la bibliothèque de ce cinglé d'Albërick, ceux que le Mearas cachait dans les tréfonds de son immense collection. Et il s'était mis à lire, de plus en plus vite, de plus en plus fébrilement. Le matin était arrivé, il avait envoyé un valet prévenir le patron des Nuits d'Ivresse qu'il était au chevet d'un proche, qu'il s'arrangerait tout de même pour travailler un peu. Puis les heures continuèrent à s'enchaîner.

Il ne travailla pas. Il lut. Quand Ambroise s'agitait, ou gémissait dans son sommeil, il essayait de le calmer le plus doucement possible, en silence faute de savoir quoi lui dire. Il lui épongeait le visage, nettoyait avec maladresse ce corps adoré qu'il n'était pas habitué à toucher ainsi - non pas que ce fût indispensable, mais Aramis aurait considéré comme une insulte le fait de laisser Ambroise sentir la sueur. Et il continuait à lire. A en avoir mal au crâne, faute de manger convenablement et d'oser dormir.

Il lut tout ce qu'il y avait à lire sur Ambroise, les Etoiles, le Nuage. Il découvrit même un texte de loi signé de la main de son géniteur ignoré, qui interdisait à quiconque de se rendre au dernier étage de l'Etemenanki. La date au-dessus de la signature donnait le vertige par son ancienneté.

Il continua à lire, à accumuler, sans chercher à comprendre. Il n'était pas encore prêt à comprendre.

Mais au soir du troisième jour, Ambroise ne s'était toujours pas réveillé. Une ou deux fois, il avait donné l'impression d'émerger, à un moment il avait même répondu à Aramis qui lui demandait comment il se sentait. Mais cela ne durait jamais, et le jeune homme à présent environné de piles de livres commençait à avoir vraiment peur. Il voulait qu'Ambroise se réveille. Même si toutes les horreurs qu'il lisait étaient vraies, même si cette femme était bien une maîtresse du doyen. Il voulait qu'Ambroise se réveille, tant pis si c'était pour mieux le haïr ensuite.

Il voulait qu'Ambroise se réveille.

Au soir du troisième jour, Aramis s'endormit dans son fauteuil, un vieux livre sur l'Etemenanki ouvert sur les genoux. Et il se mit à rêver d'un regard doré.

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Ambroise
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MessageSujet: Re: Et demain?...   31.05.09 4:13

Trois jours...

Trois jours de délires fiévreux. Trois nuits de rêves abominables où un Aramis doucereux le berçait tendrement pour mieux le coucher... au fond d'un cercueil. Trois nuits où Lysa frappait dans son crâne, frappait et frappait encore... frappait jusqu'à ce qu'un trou béant s'y forme et s'y insère pour lui chuchoter qu'elle voulait lui écraser les yeux, s'immisçait en lui pour arracher son coeur. Et lui d'hurler, hurler encore et encore... Ce coeur est pour Lui disaient ces cris inarticulés de grand malade névrotique.

Lui.

Entre deux scènes de folie il lui a semblé l'entrapercevoir, le sentir.
Inversion.
La réalité devient rivage de paix et de tranquillité, le sommeil vecteur de cauchemar. Et lui n'a d'autre choix que se laisser porter, balloté tel un vulgaire colis dans ce roulis chaotique de sang et de larmes.

Trois jours. Trois nuits?
Non, quatre nuits!

Ambroise se réveilla dans le milieu de la quatrième nuit.
Le plafond de sa chambre.

Avec une lenteur irréelle, le doyen se releva.
Un frisson. Il se sentait transi. Où est passée toute ma sueur?
Avec une lenteur irréelle, son regard dériva vers son amant. Son fils. Aramis.

Ce qu'il ressentit...
Il sut qu'il était en vie. Où qu'il ait été durant le temps qu'il avait fallu pour le transporter ici, quoiqu'il fût arrivé, ce n'était guère important.

Vertige.

Son coeur se serre.

Pendant un instant il se sent soulagé de le savoir là. Soulagé de savoir qu'il peut encore battre pour Lui.
Ridicule, n'est-ce pas?
Pourquoi donc son coeur ne serait-il plus là?

Vertige, à nouveau.

Que s'est-il passé bon sang?

Son crâne penche son esprit flanche sa mémoire vacille.

Alors faute de pouvoir se raccrocher à l'essentiel, son regard tombe sur un livre. Puis un autre... sur tous ces livres ouverts, fermés, éparpillés, empilés.

Oh! Darling, please believe me
I'll never do you no harm
Believe me when I tell you
I'll never do you no harm

Il aimerait tant le rejoindre mais ses membres endoloris, gourds de n'avoir pas bougés, refusent de lui obéir.

When you told me you didn't need me anymore
Well you know I nearly broke down and cried
When you told me you didn't need me anymore
Well you know I nearly fell down and died

Faux, connard, tu es déjà mort.
Ne le vois-tu pas? Ne ressens-tu pas ce silence glacial/ant/é qui t'environne?

Non!

Une fois encore, celui qu'on enterrait à l'avance se joue de la vie, l'étreint avec la force des désespérés. Et il glisse... Non!
Il rampe!

Tractant comme il peut son corps amaigri à la force de ses bras furibonds, l'homme, le vieillard, le garçon fixe son regard flamboyant sur la porte, la sortie, la délivrance avec détermination.

Qu'en sait-il, lui le pauvre con, demeuré, décérébré, qu'Aramis le veille depuis trois jours déjà?
Il faut vraiment qu'elle ait frappé fort pour que cet impénitent prétentieux veuille préserver son image face à son amoureux.
Préserver son image...
Pathétique.
Pathétique mais touchant.

Touchant?!!!
Ah, vous trouvez ça touchant, vous, d'avoir encore de la fierté face à celui qu'on aime?
Et pourquoi pas?
He quoi, parce que l'on a l'illusion de posséder le corps de quelqu'un on ne doit plus faire d'efforts? Chercher sans cesse à séduire, oui... mais au lieu de disperser ses tentatives les diriger toutes vers l'objet de son amour? En quoi serait-ce fou?

Ambroise était un séducteur.
Tout dans sa voix, son timbre, sa gestuelle, son comportement était fait pour plaire. Ces atouts le servaient même parfois auprès de ses "pairs" lorsqu'ils siégeaient tous ensembles dans l'Etemenanki.

Mais quelque chose le retint ce soir, en cet instant précis.

Peut-être tourna-t-il la tête pour apercevoir son bien-aimé épuisé par ces douloureuses veillées, peut-être le souvenir de leur première rencontre ressurgit-il, assez pregnant, assez fort pour diriger la carcasse affaiblie non vers la salle d'eau... mais vers ce qui fit résonner le timbre du piano.

Et recroquevillé sur lui-même, il pleura.
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Aramis
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MessageSujet: Re: Et demain?...   01.06.09 21:33

Aramis rêvait, lui aussi. De quoi, il n'aurait pas su le dire avec précision: il n'avait jamais vraiment réussi à enregistrer ses songes dans sa mémoire. Mais c'était agréable. Il y retrouvait l'odeur d'Ambroise, le parfum masculin aux accents musqués qu'il avait pendant l'amour; il se répandait partout, Aramis le sentait envahir sa tête, et c'était de plus en plus chaud, de plus en plus désirable, assez pour le faire soupirer dans son sommeil. Et cela se déployait encore, tellement jouissif que cela en devenait douloureux. Aramis se sentait submergé, engloutit comme par une marée brûlante, et le parfum s'infiltrait en lui, violent, absolu, pour remplir ce qui avait toujours été vide, donner un sens à ce qui n'en avait jamais eu. Alors Aramis devenait Ambroise. Univers suspendu, crescendo de plaisir stoppé net, comme pour mieux accueillir l'orgasme qui devait venir. Mais il ne venait pas. Et le parfum commençait à perdre de ses couleurs. Aramis était Ambroise, il se voyait faire l'amour à Aramis. Puis à Anton, le jeune vendeur de la parfumerie. Puis à un noble au visage flou, aux yeux remplacés par des roses noires, puis à l'inconnue à la pierre qui riait de manière obscène, et le parfum devenait sombre, noir, il s'érigeait en volumineux remparts sur lesquels hurlaient des condamnés crucifiés, et ils étaient tous au pied de ces remparts, en train de baiser ou de se battre il ne savait plus trop, et lui se mettait à pleurer des notes de musique parce que Ambroise avait disparu, il n'était plus Ambroise, il n'était plus Aramis il n'était plus personne sa mère hurlait sur les remparts et quelqu'un l'attrapait à la gorge serrait serrait encore avec le visage le sourire le rire d'Ambroise...

    Alors voilà ta catin... Car c'est bien cela que tu veux n'est-ce pas? Baiser.


Le piano tonna en entamant le dernier mouvement de la sonate. Aramis se réveilla en sursaut. Son livre tomba sur le plancher avec fracas et le parfumeur resta un instant pétrifié dans son fauteuil, nauséeux, oppressé. Il lui fallut cinq bonnes secondes pour se rappeler où il se trouvait. Cinq autres pour comprendre que la chaîne hi-fi était allumée. Encore dix de plus pour qu'il pense à tourner la tête vers elle.

Une seule pour reconnaître la silhouette effondrée contre un mur dans ce recoin de la magnifique pièce.


"Am... Ambroise!"

Aramis jaillit hors de son fauteuil, mais son organisme épuisé et affamé ne toléra pas cette débauche d'énergie; la vision du jeune homme s'obscurcit brutalement, il trébucha sur le futon placé sur sa trajectoire et il tomba lourdement sur le lit trop mince pour lui éviter de se faire mal. Un peu ahuri, l'épaule douloureuse, Aramis s'entêta néanmoins à gagner l'autre côté de la couche, mi rampant mi à quatre pattes, pour finalement poser un pied sur le parquet et courir jusqu'au Mearas d'un pas mal assuré. Il se laissa tomber à genoux à côté d'Ambroise et l'attrapa par les épaules pour le redresser, surpris et effrayé de le voir en larmes.

"Ambroise, ça va? Pourquoi tu t'es levé, idiot?!"

Aramis était tellement pris au dépourvu qu'il n'osait même pas serrer son aîné dans ses bras: Ambroise en train de pleurer, c'était bien trop... inattendu? Ou carrément inenvisageable?

Avec une pointe d'embarras, le jeune homme se demanda s'il ressemblait à cela le jour où le Mearas était venu chez lui pour la première fois. Il trouvait cela un peu humiliant; surtout très effrayant: aucun adulte n'aurait dû se retrouver dans un état qui proclamait aussi violemment sa détresse.


"Allez, calme-toi, tu... viens, il faut te recoucher..."

Il passa un bras d'Ambroise autour de ses épaules, entoura la taille du noble de l'autre main et tira légèrement pour l'inciter à se relever. Il le traîna ainsi jusqu'au futon, sur lequel il le rallongea aussi délicatement qu'il le put, avant d'aller éteindre la musique d'un geste heurté qui trahissait son humeur: Aramis avait peur, et par conséquent il était en colère.

"Tu as pris un sacré coup, tu sais... Tu dors depuis plus de trois jours."

Le parfumeur balança légèrement les bras et jeta un regard panoramique sur la chambre, à la recherche d'une improbable chose qu'il aurait oublié de faire. Puis il se décida à aller s'asseoir à côté d'Ambroise, lentement, de manière hésitante. Il dévisagea le Mearas comme s'il pouvait lire dans ces yeux fièvreux ce qu'il devait faire, avant de se pencher au-dessus du noble pour atteindre la serviette humide qui trempait en permanence dans une bassine d'eau fraîche, de l'autre côté du lit.

"Tu restes allongé, compris? Les toubibs ont dit que tu ne devais pas te lever."

Il se rassit, la serviette en main, et tout d'un coup il eut l'impression d'être la stupidité incarnée. Il savait qu'il aurait dû passer le tissu frais sur le visage du Mearas, c'était comme ça qu'on prenait soin des gens, tout le monde le savait. Il l'avait bien fait, pendant les jours qui venaient de passer. Mais à présent que ces yeux d'or le fixaient depuis leur lit de satin pâle, Aramis n'osait plus. Tout lui revenait, son rêve, la femme à la pierre, ce qu'il avait lu, ce qu'il savait déjà auparavant. Cette histoire de baiser. L'idée que tout puisse être... faux...

"Tu te souviens de ce qu'il s'est passé?..."

Rester calme. Poser sa voix, ne pas la laisser accuser la fatigue comme devaient le faire ses traits cernés. Ne pas trahir ses pensées, surtout. Ne pas lui cracher la question qui tournait en boucle dans son cerveau depuis des jours et des nuits, ce terrible "tu la baisais?" qui cognait contre les parois de son crâne et lui brûlait la gorge à force d'avoir envie de sortir. C'était affreux, c'était honteux. Ambroise était malade, Ambroise avait besoin d'aide, et lui il se permettait de le soupçonner d'une manière aussi ordurière?

Oh bon sang, pourquoi était-ce si difficile d'être tout simplement gentil... et de faire confiance?...

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MessageSujet: Re: Et demain?...   02.06.09 1:43

Qu'est-ce qui fait la force d'un couple? La force d'un lien, quel que soit ce lien?

Le temps et l'habitude vous répondraient certains. Avoir traversé des épreuves difficiles ensembles vous rétorqueraient d'autres.

La vérité c'est que le monde d'Ambroise était en train de s'effondrer. L'écriture, le luxe, la politique... tout cela se mêlait en un ballet effroyable, et un vacarme épouvantable dans l'esprit hagard de l'ancêtre pétrifié.

Honte.

Une immense et exécrable honte s'empara de lui. La peur de la vieillesse et la mort lui revinrent de plein fouet tandis qu'il se faisait l'image d'un vieillard sénile que l'on alite lorsqu'il ose s'échapper de sa cage.

Quoi?!
N'était-il donc rien que plus cela? Un amas tremblant de chair et d'os, un esprit désemparé hors de contrôle lorsque justement les êtres et les choses l'étaient également...?

Non!
Nonononononononon c'est impossible pas moi pas...

Le sourire sardonique est de mise messieurs dames dans cette sinistre mise en scène.

Pas toi?
Mais toi, qu'es-tu? Qui es-tu réellement?

Question sans réponse. Réponse vouée à changer, se nuancer, évoluer...

Le dallage, les fières et hautes colonnades de marbre de son sanctuaire s'écroulaient tout autour de lui et lui... L'âme endiguée et le corps débile, incapable de marcher, incapable de s'exprimer, il hoquetait.

Lui.
Un seul terme pour deux personnes.
Et leur histoire aurait-elle un terme elle aussi?


Ambroise n'aurait su dire pourquoi mais il n'y croyait pas. Il n'envisageait pas même que tout ceci puisse s'arrêter, qu'une fin fut possible. Aveuglement amoureux?

Non pauvre amour...
Toi que l'on accuse tour à tour de tous nos maux puis nos délices, tu es la victime sur laquelle on se décharge de nos erreurs et prétendus péchés. Mais seuls sont aveugles ceux qui préfèrent remettre à plus tard l'heure de vérité.

Avait-elle sonné cette heure?

Le discours décousu de son aimé trahissait quelque inquiétude à son égard et le doyen se prit à sourire devant cet empressement nerveux.

Ainsi c'était cela la sérénité de la vieillesse... le lâcher-prise.
Tout ce tumulte étourdissant n'aura plus prise sur moi désormais. Je ne veux plus de ces vains jeux de séduction, ce tintamarre éclatant, et ces rires, ces rires... ces milliers de rires comme autant d'agression projetées à la face du passant anonyme, guet-happens pour les oreilles forcées de subir ces accents de joie douloureux, orgasmes simulés pour un grand et sublime, monstrueux et génial complot.

Humanité.

Où te terres-tu désormais? Dans quel coeur aurais-tu chance de refaire surface et t'épanouir à nouveau?



Trois jours.
Trois jours...

Qu'est-ce que cela représente trois jours?
Rien. Une flopée d'instants, une bulle de moments éphémères mais... en trois jours on peut faire la révolution, dynamiter une ville. Tout est disproportionnée en cette ère. Plus le progrès va et plus les paradoxes se multiplient, les différences s'accentuent et les écarts augmentent. Riches toujours plus riches, pauvres toujours plus pauvres...

"Mon bien-aimé..."

Son regard se voila un instant.
Qui es-tu Ambroise? Si destin il y a, qu'es-tu destiné à devenir?
Un homme sage et bon ainsi que le fut ton grand-père?
Régresser pour redevenir ce connard suffisant et dans le fond aigri? Pire! se métamorphoser en un manipulateur plus sordide encore?

Il est faible et la fatigue le dispute, l'emporte même déjà face à...
la saveur de ces retrouvailles?!
Comment?
Non, comment peut-on se laisser submergé par toute cette... cette... la..ssi... tu..;d...

Réveille-toi! Mais réveille-toi bon sang de dieu! Tu ne peux pas jouer au narcoleptique et tomber en catalepsie à chaque début de déclaration amoureuse!
Voilà, fixe ton regard dans celui de ton amant et surtout! surtout plonge dans ces iris qui t'ont apporté tant de joies et de peine.

Quelque chose n'allait pas.
Une note discordante dans leur harmonie fragilement établie. Il n'aurait su clairement exprimer cette sensation, confirmer ou infirmer cette intuition mais quelque chose de viscéral se tramait dans le tréfond de ses entrailles, nouait son estomac et parcourait son corps de frissons angoissés qui n'étaient pas dûs qu'à sa seule fièvre.

Etait-ce qu'il dégoûtait Aramis?

Adieu paix et repos alloués aux vénérables sages. Regard de l'autre et manque de confiance revinrent hanter le premier plan de sa psyché. Tout philosophe aurait pensé "tant pis, mon organisme réagit ainsi et je ne saurais être tenu responsable des réactions engendrées par la maladie" sans se préoccuper davantage des conséquences. Mais Ambroise était loin du modèle de son ancêtre. Ambroise était malade aussi bien mentalement que physiquement et cette maladie pernicieuse et invisible était en train de pourrir son coeur, son âme et son esprit.

Son regard se voila à nouveau, sans qu'aucune parole n'explicite les méandres et détours qu'avait pris sa pensée à l'amant adoré. Chacun enfermés dans leur conscience, claquemurés derrière leurs doutes et leurs peurs, ils se firent face dans un silence qui lui sembla pesant et manqua le faire suffoquer.

Aramis...
s'entrouvrirent ses lèvres en un halètement muet qui ne féconda jamais cette plainte stérile.

"La pierre... Il y avait une pierre..."

Sa figure hâve le front en sueur lui donnèrent un instant l'air d'un mourant. Ses yeux, ses si beaux yeux même semblaient perdre de leur substance tandis que se dévidaient les mots en une farandole macabre déversée par sa mâchoire. Abaissée, fermée, abaissée, fermée telle celle d'un automate grotesque.

"Je suis désolé, je ne l'ai pas vue venir, tout fut si rapide... Elle a maquillé son crime en faisant semblant de m'aduler..."

Et ses prunelles de s'écarquiller soudain.

Rage

"Cette... Cette folle furieuse! Cette grognasse a fait semblant de m'aduler comme n'importe laquelle de ces pimbêches qui gravitent autour de moi pour tenter de m'assassiner! J'aurais dû la laisser s'écraser au sol."

Tempêta le doyen furieux avant de lâcher cette dernière phrase, l'oeil flamboyant et le timbre tendu par une colère bien pire que celle qui eût pu faire trembler sa voix et désordonner ses manières.

Non, ce n'était pas vrai.
Ce n'était ni une grognasse ni une pimbêche. Mais le coup fait plus mal lorsqu'il vient de quelqu'un à qui l'on se proposait de donner ne serait-ce qu'une petite part de confiance.

Il devait retrouver sa prestance et son rôle.

Attendez!
Et lui...?

Silence à nouveau

Le dragon est de retour ainsi que ce regard implacable et terrible, dur et froid ainsi que des écailles...
Et tout au fond il frémit... il frémit de le perdre.

"Je t'aime Aramis."


C'est le moins et le plus qu'il puisse faire. Le bord et la limite: le minimum de sincérité, le maximum qu'il puisse avouer sans devenir fou. Le minimum pour le remercier: le remercier d'avoir veillé sur lui, d'être encore là, auprès de lui, de... l'aimer? aussi.Le maximum pour ne pas perdre ce qu'il s'illusionne être de la stabilité et n'est qu'un nouveau masque, un carcan pour son esprit comme un corset empêche la poitrine d'une femme de tomber et vaciller mais contraint sa liberté.

Tout ce chemin pour en arriver là...
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Aramis
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MessageSujet: Re: Et demain?...   20.06.09 23:01

Il lui avait parlé, enfin. Mais Aramis s'attendait tellement peu à... cela. Ce léger sourire, cette voix vacillante. Mon bien-aimé. C'était Ambroise l'écrivain, c'était lui qui jouait avec les mots, le jeune éphèbe se contentait de savoir s'en servir. Mais cette fois, c'était le parfumeur qui se prenait à dériver sur le sens de cette appellation. Mon bien-aimé. Tellement délicat que c'en était presque emprunté. Mais dit ainsi, avec ce ton et ce regard, cela devenait un titre de noblesse, presque un nom à part entière. Aramis en fut tellement stupéfait et touché que lorsque le Mearas sembla sombrer à nouveau dans l'inconscience, le jeune homme ne put se retenir: il l'empêcha de retomber sur ses oreillers en le retenant par les épaules et en hurlant, en l'appelant de toutes ses forces; il ne devait pas dormir, non, ces yeux ne devaient plus jamais se fermer, jamais, pour qu'il puisse toujours y lire ce qu'il avait entrevu quand Ambroise l'avait appelé ainsi.

Le noble rouvrit les yeux. Il y eut un instant de silence et d'immobilité parfaite, prunelles bois de rose dans prunelles d'ambre. Puis, gêné par sa débauche de passion et d'angoisse, Aramis relâcha Ambroise et ramena lentement ses mains à lui. Il baissa les yeux, comme pour chercher la serviette que dans sa panique il avait égarée dans les draps. Il ne vit pas le regard du Mearas s'éteindre en réaction à son geste.

Aramis récupéra la serviette, se pencha pour l'humidifier à nouveau, alors qu'elle n'en avait aucun besoin. Ambroise entreprit de rassembler les souvenirs qu'il avait de "l'accident", et le jeune parfumeur posa sur lui un regard biaisé: cette fureur était-elle sincère? Elle en avait l'air. En tout cas, ce n'était pas ce qui chagrinait le plus Aramis dans cette tirade; il avait beaucoup plus de mal avec le ton qu'employait le Mearas pour parler de ces femmes qui "faisaient semblant de l'aduler". Parce que si cette folle l'avait adulé pour de vrai, cela aurait changé quelque chose? Insensiblement, le regard du jeune homme glissa vers les livres qui environnaient son fauteuil. Ambroise aimait qu'on l'adule. Pour ce que Aramis se rappelait de leur rencontre, on pouvait même avancer qu'il adorait cela presque autant que son fils aimait se faire baiser, ces deux plaisirs étant à peu près aussi sains l'un que l'autre.


"Tu ne devrais pas t'énerver comme ça. Tu vas de nouveau tomber dans les pommes."

Le parfumeur avait parlé d'un ton égal, ce qui chez lui se rapprochait le plus de la tendresse. Il hésitait encore sur la conduite qu'il se devait d'adopter avec cette foutue serviette lorsque la déclaration d'Ambroise le crucifia. Il releva la tête, tellement surpris qu'il en parut presque effrayé: pourquoi le Mearas lui disait-il une telle chose maintenant? Est-ce qu'il avait deviné les horreurs que son jeune amant osait penser à son sujet? Etait-ce pour cela? Et alors, était-ce pour le rassurer, ou mieux le prendre en défaut et le faire culpabiliser?

Encore une fois, Aramis se détourna. Les mots d'Ambroise, ces quatre mots si simples qu'ils en frôlaient la banalité, tournaient dans son esprit épuisé pour y semer un étrange mélange de plaisir et de peine. Plaisir, parce que le noble le pensait. Peine, parce que lui osait le remettre en doute.

Peine aussi parce que Aramis ne parvenait pas, absolument pas à faire sortir ces mots de sa propre bouche.

Il posa sa main libre sur la joue d'Ambroise, effleura sa pommette de son pouce. Faillit se pencher pour l'embrasser avant de s'interrompre de lui-même, effondré de constater qu'il ne savait pas répondre à une déclaration d'amour autrement que par un baiser qui se voulait tendre et devenait trop souvent provocateur, honteux du désir qu'il avait de cet homme épuisé, de l'envie de plus en plus vive qu'il avait de se remplir à nouveau de son odeur, son goût, sa chaleur. Pourquoi ne parvenait-il jamais à imaginer une autre manière de prouver son amour à Ambroise? Pourquoi envisageait-il toujours des maîtresses et des amants dans chaque personne que le noble saluait? Pourquoi, bon sang?!


"Tiens, pour te rafraîchir un peu... Je... je vais te chercher à boire."

Le jeune homme tendit brusquement la serviette à son père avant de se relever et de quitter la chambre d'un pas vif, sans se retourner, la tête rentrée dans les épaules. Il évinça avec mépris le domestique qui se précipita vers lui à la sortie de la chambre pour lui proposer de l'aide, avant d'aller dans la salle de bain la plus proche pour y remplir lui-même le verre qu'il avait utilisé ces trois (ou quatre? il ne savait plus) derniers jours. Ce n'était qu'un verre, ce qui était tout aussi ridicule que son excuse, mais Aramis ne voulait pas de la cruche qu'un valet aurait pu aller chercher en cuisine. Il ne voulait pas d'un étranger dans ce geste qu'il faisait pour Ambroise, aussi pathétique fût-il.

Le parfumeur en profita pour se passer un peu d'eau froide sur le visage. Puis il s'observa un instant dans l'immense miroir qui surmontait le lavabo, évalua la profondeur de ses cernes comme il aurait aimé comprendre ce qui n'allait pas derrière cette adorable petite tronche de pédé. Il avait envie de flanquer un coup de poing dans ce reflet. Il avait envie de hurler. Il avait envie de pleurer. Mais il y avait une envie qui dominait toutes les autres, celle qui s'imposait toujours lorsqu'il se sentait mal, celle qui l'avait conduit à se faire plus ou moins violer dans les toilettes d'un bar minable après la catastrophe de la parfumerie. C'était pour celle-là que Aramis se haïssait le plus.

Mais soudain, il se rendit compte qu'elle pouvait peut-être lui servir à quelque chose de plus constructif.

Le verre d'Ambroise en main, l'air pensif, Aramis revint dans la chambre du Mearas. En prenant grand soin de ne pas échanger le moindre regard avec son père, il traversa la vaste pièce et franchit le bassin dont les reflets bleutés transformaient le plafond en tissu iridescent. Puis il se rassit au bord du futon et tendit le verre à Ambroise, toujours sans le regarder. Ensuite il joignit ses mains entre ses genoux et s'appliqua à regarder le mur pendant un long moment. Aussi longtemps qu'il lui fallut pour choisir ses mots.


"Tu es resté inconscient plus de trois jours. Je suis resté là. J'ai pas mal réfléchi. J'ai pensé à cette femme... celle qui t'a frappé. Elle m'a dit qu'elle t'aimait, et ça mis en colère. Maintenant, ça me rend plutôt un peu triste. Je crois."

C'était franchement plus bancal que dans sa tête, mais à présent qu'il avait commencé cela se faisait plus facile. Il fallait juste qu'il ne regarde pas Ambroise: il avait déjà assez de peine à se montrer sincère sans avoir à affronter le regard de braise du Mearas.

"Je me suis aussi demandé ce que je ferais si... tu ne te réveillais pas. Si je pourrais reprendre ma vie d'avant, comme si rien ne s'était passé. Comme si tu ne m'avais jamais dit..."

Aramis s'humecta les lèvres. Il n'avait pas envie de continuer. Mais il le fit tout de même. Il y fut obligé par le souvenir d'une main glissée dans la sienne, sur ce trottoir ponctué de sang.

"Et j'ai compris que non. Je ne pourrais pas oublier. Tu sais, quand je ne me sens pas très bien, je... Ma seule envie, c'est d'aller dans n'importe quelle ruelle de la Basse Ville et me trouver un gros con assez bourré pour oublier qu'il est hétéro. C'est tout le temps comme ça, je... je n'arrive pas à penser à autre chose, et ça passe que quand je l'ai fait. Mais depuis que je t'ai rencontré toi... J'ai envie que ce gros con, ce soit toi, tu comprends? Juste toi. Personne d'autre."

Il s'interrompit, chercha un moyen de tempérer cette déclaration au romantisme pour le moins original, avant de répéter:

"Personne d'autre."

Enfin il accepta de se tourner vers Ambroise. Il était pâle, et ses yeux bruns brûlaient de ce sentiment qu'il ne parvenait pas à exprimer, que son esprit semblait refuser d'avouer.

"Ma mère..."

Son front accusa un pli douloureux, mais cette fois il ne s'arrêta pas de parler.

"Ma mère me haïssait. Oh, elle ne m'a jamais fait de mal, mais elle me détestait. Je lui rappelais trop le fils de pute qui l'avait engrossée. Plus les années passaient, plus elle disait que je lui ressemblais, à ce con de noble. Elle a fini par se tuer. Et je pense que c'est ma faute."

Sa main chercha celle d'Ambroise, lentement, avec une prudence démesurée, comme s'il avait crains de s'y brûler.

"Elle me haïssait, et pourtant je m'en veux encore. Alors toi, toi qui me dit que tu m'aimes pour ce que je suis, quand je t'ai vu par terre, et elle à côté avec sa pierre couverte de sang... elle te serrait dans ses bras, ils m'ont dit qu'elle t'avait embrassé, et je... je ne..."

Et enfin, il eut cette idée qu'il poursuivait depuis le début, l'idée qui serait venue immédiatement à un être humain sain d'esprit. Aramis fut tellement surpris et heureux de penser à cette réaction incroyablement normale qu'il s'arrêta de parler pour agir sur le champ, comme s'il avait crains d'oublier ce qu'il devait faire.

Il se jeta au cou d'Ambroise et le serra dans ses bras à l'étrangler, en fermant les yeux de toutes ses forces pour ne pas se mettre à pleurer.

Il resta ainsi un long moment.

Puis il recula pour faire au Mearas, ses longues mains sur les joues hâves du noble, le visage contracté par un dérangeant mélange de peur, de rancoeur et d'amour. Lorsqu'il parvint à reprendre la parole, sa voix n'était plus qu'un murmure qui tenait du sifflement:


"Ne te fous pas de ma gueule. C'est tout ce que je te demande. Si c'est juste baiser qui t'intéresse, on peut baiser. Si tu aimes bien être avec moi, alors on peut être ensemble. Mais alors ne me dis pas que tu m'aimes. Ne me dis pas que... que tu es à moi. Ca me fait trop de mal... et trop de bien en même temps. Tu es trop important. Faut pas que ça soit faux, tu m'entends? Faut pas."

Silence.

"Ambroise. Honnêtement, s'il te plaît, une fois dans ta putain de vie incompréhensible, honnêtement: est-ce que je dois juste être ton jouet préféré, ou est-ce que je peux... est-ce que j'ai le droit de croire que je vaux plus que ça?"

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MessageSujet: Re: Et demain?...   28.06.09 0:17

"Très franchement, que veux-tu que je réponde à ça?"

Fut la seule réponse que parvint à formuler le connard infatué. Ce "ça" était, ironiquement, le signe de sa franchise. Adieu les bonnes manières et les formules parfaitement maîtrisées, les mots correctement agencés.

Il était faible, il était las; si las que Charon en personne se fût-il présenté pour l'embarquer qu'il n'aurait su opposer de résistance.

"Sans toi je serais mort. Non pas tant grâce à ton secours qu'à ton..."

Sourire ironique, et ses yeux pendant un instant étincelèrent d'une joie sauvage due à ce cynisme si particulier qui accompagne les désillusions.

"... mon amour."

Bravo saligaud, tu viens enfin de saisir que dans cette histoire tu ne t'es jamais vraiment soucié de réciprocité.

"Je t'aimais et cela me suffisait. Toutes les fois où tu as répondu à ces quelques mots par de simples baisers, toutes ces fois où j'aurais pu douter... Non. Je ne t'ai demandé ni éclaircissements ni déclarations. Je me suis senti soudain plus riche, plus beau par la force de cette émotion seule. J'ai cru qu'un nouveau printemps s'en venait faire fleurir cette vieille carcasse que je pensais définitivement pourrie."

S'il avait eu ne serait-ce que la force de cracher de dégoût!

"Tu as raison, l'amour n'est pas égoïste. S'abreuver seul de ce sentiment sans craindre qu'il ne soit partagé... quel insensé!"

Un voile lointain passa sur ses yeux.

"Prouve-moi...
C'est ce que tu disais. Toujours prouver. Mon amour, ma sincérité..."

Et lui de darder ces prunelles redevenues flamboyantes sur le visage de son amant, cherchant ces yeux qu'il haïssait tant en cet instant précis...

"L'Amour ne s'embarrasse pas de preuves. L'Amour n'attend pas que l'autre nous démontre sa foi. l'Amour est. On l'accepte ou on le rejette, là se situe le choix."

Silence.

"Ce n'était pas ta question n'est-ce pas?"
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MessageSujet: Re: Et demain?...   09.07.09 18:50

Il avait lâché la main d'Ambroise. C'était heureux, vu que ses poings se contractaient à présent au point de lui faire mal.

"Non ce n'était pas ma question, connard de Mearas!"

Un instant, le parfumeur sembla très près de frapper le noble. Vraiment très près. Ce ne fut que par un effort de volonté visible qu'il préféra se détourner pour se lever avec un râle rageur. Il fit trois pas vers le mur, se passa brutalement les deux mains dans les cheveux, puis fit volte-face:

"Non, non cette fois tu ne m'auras pas. Tu veux jouer au con? On va jouer au con."

Ses yeux semblaient déborder d'émotions comme ils auraient pu s'emplir de larmes. Aramis était tout à la fois furieux et déterminé, incapable d'avoir une pensée construite et pourtant admirablement sûr de ce qu'il lui fallait dire, cette fois. Ambroise voulait qu'il arrête de réfléchir, qu'il ressente. Eh bien ce cher doyen allait être servi.

"Je te demande peut-être des trucs impossibles, mais toi tu me fais chier à tout dramatiser! Qu'est-ce que je viens de te dire, abruti?! Ca fait trois jours que je suis là, trois jours! Je n'ai pas quitté ce fauteuil, je n'ai pas pris de douche, je n'ai presque rien mangé et je n'ai pas dormi. Au lieu de ça, j'ai lu à m'en flanquer mal au crâne pour essayer de comprendre qui tu étais, essayer de trouver moi-même la réponse à cette simple question que tu n'es pas foutu d'accepter: qu'est-ce que ça veut dire pour toi aimer quelqu'un?"

Il reprit son souffle, accentuant les taches rouges qui coloraient ses joues hâves.

"J'ai lu tellement d'horreurs sur toi que je n'arrive même pas à toutes me les rappeler. J'ai repéré tellement d'incohérences dans ta vie que je me suis plus d'une fois demandé si ces bouquins parlaient bien du même Mearas. J'ai pensé à cette femme, encore et encore, je me suis dit que c'était peut-être ta maîtresse, que tu étais avec elle parce que ça te fais chier de toujours coucher avec un petit pédé et que tu préfères les corps avec plus de courbes, je me suis dit... tout un tas de trucs. Et pourtant, pourtant..."

Et cette fois, Aramis explosa.

"Comment oses-tu?! Comment est-ce que tu peux oser jouer les victimes et me dire en face que tu t'es bien planté en croyant que je t'aimais?! Tu ne m'écoutes pas, merde, tu n'écoutes rien! Ca te suffit pas que je sois resté là tout le temps, que je te dise que même si tu ne m'aimes que pour baiser je resterai toujours? Tu ne comprends pas ce que j'essaie de te dire quand je te parle de ton odeur qui me rend dingue au point que j'en rêve toutes les nuits? Tu ne comprends pas que c'est pas parce que je suis pas capable de sortir trois foutus mots que... que... RHAAA MERDE!"

Il pivota sur ses talons et flanqua un grand coup de poing dans le mur, de toutes ses forces, pour frapper en une seule fois Ambroise, lui-même, sa frustration et sa bêtise. Il y eut un craquement, la douleur lui taillada le bras jusqu'au coude et lui tira un hurlement qui contenait autant de rage que de sanglots. Puis...

Puis ce fut fini.

Haletant, un peu étourdi, Aramis ramena sa main droite contre sa poitrine. Il l'enserra délicatement avec l'autre, contemplant sa souffrance comme il l'aurait fait d'une bête mystérieuse, aussi belle que dangereuse. Il avait mal. Et il se sentait à la fois beaucoup plus calme et beaucoup plus las.

Le jeune homme laissa sa respiration s'apaiser, avant de poser sur Ambroise un regard neuf, encore vierge de tout doute, de toute reproche. Soudain on voyait sur ses traits cernés à quel point il était jeune, à quel point il ignorait tout de la conduite qu'il se devait de tenir, à quel point il avait peur et besoin de certitudes.


"La rose... la rose de l'Albërick..."

Presque un murmure, comparé aux cris qui avaient précédés.

"Je l'aimais, tu sais. Je pense que je l'aimais. Elle était tellement belle. Et elle... Je croyais que quand on tombait amoureux, c'était quelque chose de... pas de sacré, peut-être pas, mais au moins quelque chose qu'il fallait respecter, tu comprends? Et elle, elle m'a juste... elle s'est juste moquée de moi. Elle a joué avec moi, elle s'est amusée avec ces sentiments que j'avais tellement de mal à éprouver, et elle les a démolis si facilement... Jamais j'ai eu aussi mal de ma vie."

Il baissa les yeux sur sa main, pour remarquer avec une fascination morbide qu'elle se teintait déjà de bleu.

"Et toi, tu comptes tellement plus qu'elle... Pourquoi tu veux pas me croire quand je te le dis? Pourquoi tu ne veux pas comprendre que j'ai juste envie... juste besoin de savoir si on parle de la même chose, tous les deux?..."

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MessageSujet: Re: Et demain?...   10.07.09 2:05

Figé en une stupeur qui aurait pu paraître comique si le moment n'avait pas été aussi dramatique, Ambroise...
Ambroise! Oui, ce connard dont toutes les insultes du monde n'auraient su encore retracer la laideur...
Ambroise ouvrit la bouche sans qu'aucune pensée cohérente ne parvienne à remuer ces lèvres glacées. S'il lui restait du sang après l'accident, aucun doute qu'il ne l'eût quitté. Il se sentit petit et misérable face à ce garçon fort d'une jeunesse, d'une ardeur...! Il se sentit enfant pris en faute, insecte méprisable révélé par ce rayon de soleil ravageur.

Nous sommes tous imparfaits. Mais il existe de ces êtres sublimes pour éclairer d'une parole juste et harmonieuse le chaos régnant sur l'empire des hommes. Ces êtres, profondément humains par nature, nous placent face à cette nature justement, injustement reniée, éclipsant les ténèbres du doute, déchirant le voile trompeur bernant nos esprits, séparés du coeur. Pendant un instant transcendant n'existe plus qu'une voix lumineuse et cette main tendue telle une voie radieuse...


Aramis faisait partie de ces êtres d'exception qui par la force de leurs convictions peuvent si l'envie soudaine les en prend rameuter la population pour un combat ébranlant la nation.

Ambroise faisait partie de ces êtres qui savent mentir, manipuler, mais dont le venin ricoche sur ce vernis de pensées nettes, splendides dans leur pureté brute égale à celle des diamants non taillés.

Oui, Aramis ne savait pas s'exprimer: sa formulation était maladroite et hésitante, ses gestes trahissaient un manque de maîtrise (ou de pudeur?) et une spontanéité qui manque tant aux orateurs. Cependant, c'était justement cette spontanéité qui conférait cette vigueur à son langage.


"A une époque j'aurais ri."

Un calme étrange était tombé sur la pièce, baignant les lieux dans un silence onirique prompt à dégénérer vers le rêve ou le cauchemar.

"J'aurais tourné en dérision ta prose hésitante et tous derrière moi, les nobles auraient ri aussi. Parce que tu as raison, et que si nous pourrions nous gausser de la forme, cela ne changerait rien au fond."

Un souffle, pas même un soupir et une larme sous ce sein attristé.

"Tu as raison.
Mais je ne suis pas la rose. Ou plutôt...
Je ne suis plus la rose."

Il tourne son regard vers son fils, sans fards ni masques y fit lire sa souffrance.

"Ces Mearas, comme tu dis si bien, ont tous existé. Ils sont devant toi, souillés par ce passé qu'ils ont choisi d'enténébrer."

Il souffre oui, sans feindre ni tristesse ni honte.

"Tu es resté. N'importe qui aurait fui ou rangé ces livres dans l'espoir de mieux me faire chanter. Mais tu n'es pas n'importe qui."

Encore un silence, mais est-ce toujours le même?

"Déjà lors de notre première rencontre j'ai deviné que tu valais bien plus, oh tellement plus que ce que tu laissais entrevoir...!"

Sa prunelle luit toujours de cette douleur audacieuse mais un sourire attendrit les traits de son visage.

"J'ai été le premier à croire en toi, j'aime parfois à me le figurer. Je me leurre très certainement... Mais là où je ne me leurre pas, c'est que je n'aime que toi."

Aramis...

Il voudrait le prendre et le serrer dans ses bras, si fort qu'il en meure et ne s'échappe jamais plus, si tendrement que l'envie lui prenne de ne se laisser jamais plus bercer par d'autres que lui.


"Cette femme..."

Il a failli l'oublier. C'est malheureux, mais pendant un moment il s'est même demandé de qui sont amant voulait parler.

"Je ne t'ai jamais trompé.
Oh et..."

Il cherche son souffle, respire un instant.

"Si tu crois plus aux actes qu'aux mots, alors...
Je voudrais que tu vives ici. Avec moi.
Je voudrais que nous vivions ensembles."
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MessageSujet: Re: Et demain?...   28.07.09 19:30

Un sourire. Doux, rare, presque un peu idiot tandis qu'il maintenait sa main blessée contre son sein. Lentement, comme pour ne pas briser ce qui venait d'être dit, ce qui venait d'avoir lieu, il gagna le futon pour enjamber le corps d'Ambroise et s'asseoir à cette place qui était à présent officiellement sienne. Il ignorait encore qu'il ne la garderait pas longtemps.

"D'accord. Merci. Maintenant tu peux te reposer."


Aramis regardait Ambroise, il le regardait comme il n'avait jamais regardé personne, et à présent il lui était bien égal d'avoir mal à la main, de ne rien savoir de cet être étrange qu'était le doyen des Mearas. Que cet homme soit odieux, immonde, criminel si cela lui chantait, le jeune parfumeur n'en avait rien à foutre. On venait de lui offrir quelque chose qu'il n'avait jamais eu, quelque chose qui pour lui n'avait pas de prix.

Aramis avait un foyer. Et peu lui importait pour combien de temps; il savait enfin ce que l'on ressentait quand on se trouvait vraiment chez soi, et c'était tout ce qu'il y avait à savoir.



[FIN TOPIC]

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