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 /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\

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Ambroise
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MessageSujet: /! Un instant arraché aux ténèbres... /!   20.10.07 23:09

[Pour Aramis...]

La poésie....

La poésie est sa faiblesse.

Il voudrait croire que ce n'est qu'un artifice de plus qui le pare, qui cache son coeur vicié, son âme suppliciée, la laideur qui sommeille et s'agite tel un monstre insatiable sous ce sein d'or, sous ce sein blanc et pâle, sable de neige, neige de sable... Mais il le sait au fond qu'il se ment à lui-même avant tout lorsqu'il s'amuse à briller lors de ces assemblées où se réunit l'élite, dans ces salons où se pâment les dames et où les hommes clament leur mépris, ce mépris du monde et de leurs semblables qu'ils nomment idéaux, politique...

Il se fourvoie plus qu'il ne fourvoie les autres le Poète Maudit déchu de ses hautes sphères célestes où éclatent ensembles et le tonnerre et la lumière de l'éther, où dansent ensembles les anges et l'orage, ballet de plumes pris dans le fracas des noirs nuages...

Tu t'enlises dans tes propres ténèbres, tu ne cherches pas même à te débattre contre ce qui fait de toi un monstre putréfié à l'esprit égal un amas de chairs mortes et sanguinolent, cadavre immonde d'un univers autrement plus merveilleux...

"Dolorida, je meurs!"

Oh, c'est toi infâme, qui meurt un peu plus à chaque mot, à chaque vers! C'est toi qui ne songe plus même au poison qui s'est fait maître de ton langage et découle de ta prose. C'est toi qui ne veux point voir l'atroce vérité, les crimes qui t'ont annihilé. Tu es si vide, si creux au fond... Il faudrait que tu ouvres la porte où sommeille ce jeune homme romantique et passionné... mais en es-tu seulement capable?

"Dolorida, je meurs!"

Toi, tu n'as plus même le courage d'appeler à l'aide, demander pardon. Bois à la coupe de tes péchés comme à l'aune des pires venins dont le Vice te fait l'aumône. Entraîné dans cette sombre danse, tu es la catin que guide dans ses ébats violents et chaotiques le noir cavalier qui t'envoie valser avec les anges pour mieux les souiller et les meurtrir... les pervertir.

Tu n'as pas même le courage de reconnaître ta faute, lâche! Couard sans nom qui ose défier les dieux dans leur immortalité et désire t'accaparer leurs pouvoirs, quitte à plonger plus avant encore ce monde dans les ténèbres qui règnent déjà en maîtresses impérieuses et capricieuses. Ton esprit avili entraînera-t-il à sa suite le destin d'un monde, le destin de tant d'êtres qui te sont inconnus et ne méritent aucunement de partager tes souffrances, ces douleurs que seul tu t'infliges...?

Mais déjà il entend à la porte des coups frappés, réajuste sur son visage ce masque hypocrite, lascivement allongé sur l'otomane sur laquelle il a pris l'habitude de s'étendre et lire...

Lire...





Et alors que ce parfumeur à la renommée grandissante qu'il a fait mander entre, ses yeux se posent sur ces mots, et son coeur saigne, et son âme frémit et tremble...



Dolorida, je meurs!


Dernière édition par le 21.01.08 19:45, édité 1 fois
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   21.10.07 0:14

Selon l'adage, il n'y a pire qu'une femme lésée. L'ignare qui, en des temps immémoriaux, avait prononcé semblable sentence ne devait pas compter d'artistes dans son entourage. En tout cas, pas d'artiste assez imbu de sa personne pour prendre comme une déclaration de guerre tout mépris porté à son art. Et certainement pas un artiste très peu stable d'un point de vue strictement psychique.

*Connard de Mearas... Butor sans âme, abruti inculte! Ah Monsieur ne veut pas se déplacer. Peut-être Monsieur veut-il aussi qu'on lui torche les fesses? Ah mais non, bien sûr: Monsieur ne chie pas, Monsieur rejette les impuretés par immaculée déjection. Crétin dégénéré. Salopard de...*

Et caetera dans l'esprit d'Aramis, qui s'appliquait à entretenir sa fureur de diva frustrée depuis l'instant même où il avait franchi le seuil de la parfumerie. S'entendre mander comme un vulgaire tailleur, devoir se déplacer comme le dernier des courtisans, pour un homme qu'il n'avait jamais vu et qui peut-être ne lui plairait même pas... Pourtant, il aurait été heureux, le parfumeur, de voir le noble franchir la porte de son antre. Il se serait délecté de la découverte de cet être mystérieux, ce prince que l'on disait beau, cet humain que l'on disait immortel. Peut-être même qu'il aurait été flatté de créer pour lui, de louer à prix d'or ce don qui le rendait unique, et de tisser pour lui une riche parure de senteurs dont il aurait pu vêtir jusqu'à sa peau nue.

Mais si on le considérait comme un simple portraitiste et qu'on ne le vénérait même pas comme il convenait, là ça n'allait plus du tout.

Sa précieuse mallette reliée de cuir noire battant sa cuisse, le jeune homme eut tôt fait d'arriver à l'aile des Mearas de l'Etemenanki - le luxe éhonté du bâtiment n'était pas spécialement discret, même dans les Beaux Quartiers. On lui demanda de montrer patte blanche pour entrer, et il atteint un stade de colère auquel il n'avait même plus besoin d'entretenir sa hargne. Venimeux, odieux avec les domestiques, il s'appliqua à ne pas essuyer ses semelles et à répandre le plus possible de traces boueuses sur les riches tapis de la demeure, comme il aurait aimé conchier les faces arrogantes de ces nobles qui sans lui n'étaient rien, rien que des humains comme tous les autres, avec leur odeur de sueur, d'hypocrisie et de foutre. Il avait fallu une heure de palabre au maître des Nuits d'Ivresse pour convaincre son talentueux apprenti d'accepter cette confrontation. Aramis se maudissait d'avoir cédé.

Il traîna ainsi jusqu'à l'antichambre du doyen, où il abandonna sa veste aux bons soins d'un serviteur transparent avant de jauger avec mépris la porte qui lui faisait face. Il n'ôta pas ses gants, comme pour se prémunir de la crasse intellectuelle qu'il comptait trouver au-delà du battant, et, décidé à être le contraire de la politesse jusqu'au bout, il laissa à peine le temps au valet de pied de frapper à la porte pour l'introduire.

Aramis pénétra dans le salon du gigantesque appartement, la fureur sur le visage comme une peinture de guerre. Puis il vit celui qui avait eu l'outrecuidance de le pousser à se déplacer, et soudainement le masque rageur s'éclipsa, ne laissant derrière-lui qu'un faciès neutre et un regard trouble. Le parfumeur ralentit, s'arrêta. Il posa sa valise avec soin, et attendit que les domestiques aient refermé la porte pour se présenter.


"Aramis Lekain, parfumeur. Il me semble que vous m'avait fait mander, monsieur."

Comment retranscrire la note suave, la pointe gourmande que sa voix avait soudain acquise à la vue de la silhouette lascivement allongée sur la causeuse qui lui faisait face? Le regard du jeune artiste pesa un long moment sur le visage du doyen, sur ses traits séraphiques et ses yeux à l'éclat soutenu, pour l'heure dardés sur un livre relié plein cuir. Ce visage si jeune, si séduisant, comparé au vieillard qu'il pensait trouver. Puis une glissade sur le torse drapé de tissu fin, le long des fines jambes à peine repliées, dans une pose à l'élégance étudiée. Et lentement, le sourire habituel fit son apparition sur les lèvres d'Aramis, révélateur d'intérêt, trahissant l'expectative. L'attente de la découverte de ces éléments essentiels qu'étaient la voix, le regard, l'odeur propre.

Il était toujours furieux, le jeune parfumeur, oh oui. Mais à voir cet être dont il ne savait rien et qui pourtant lui paraissait déjà très familier, il n'avait plus envie de jouer la carte de la vulgarité. Oh non. Car le doyen des Mearas ne ressemblait en rien à un imbécile sans sensibilité, et si Aramis voyait ses pressentiments se confirmer, alors il lui faudrait tous ses moyens pour distiller sa colère avec élégance, pour imbiber de poison chacun de ses mots, pour habiller sa voix d'une obséquiosité piégeuse. Un ours se chassait avec du gros calibre. Un délicat félin souffrirait bien plus d'une volée de plomb dans le ventre.

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Ambroise
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   21.10.07 1:13

Les prunelles, iris d'or entremêlés d'ode végétale, de ces vertes parures qu'arborent fièrement et délicatement les plus beaux feuillages, les prunelles en un regard indéchiffrable se posent sur cet inconnu qui lui fait face. C'est comme un parfum aux relents d'éveil, une mélodie lointaine et suave, un souvenir, un soupir, un sourire... nostalgique... Ne sont-elles pas brillantes? Intensément, douloureusemet brillantes, derrière ce voile opaque de mystères fugaces qui en caresses sournoises tendent leurs bras fantômatiques en caresses méphitiques et étreignent le ciel dans leur blanc désespoir. Il ne le voit même pas ce jeune homme, il est perdu l'antique jouvenceau... Perdu.

Ce mot, c'est comme un cri, une lugubre plainte, une harmonie désespérée qui se heurte aux fondations de son propre mal, c'est une rage tantôt folle tantôt noble et contenue d'animal acculé, d'animal martyrisé... C'est sa damnation, c'est sa souffrance, c'est sa croix et son fléau, sa richesse et sa misère. Ce mot, c'est un enfant abandonné qui erre dans le brouillard terrifiant, un enfant dont on a lâché la main afin qu'il s'égare toujours plus en ces sombres et tortueux chemins...

Puis il s'éveille...
Le doyen des Mearas.

Le fourbe et le monstre, la bête sensuelle, l'ange déchu implacable, le tyran haïssable... Au fond, une larme... une larme de plus glisse et se fraye un lumineux chemin sous ce ténébreux sein, le poète pousse un nouveau gémissement, expire une fois de plus... Comme il est cruel de l'éveiller à cette ode, le tirer de sa léthargie à la faveur de si belle mélodie, avant de l'achever, de nouveau, le bailloner, le mutiler, afin qu'il se taise, qu'il s'aveugle...


"Aimez-vous la poésie...?"

Non, Ambroise, non! Pauvre fou, pitié, ne te met pas en danger, pas de façon si impudente... si imprudente. N'expose pas ce qui peut seul être sauvé... Celui qui peut seul te sauver. Là tu ne joues pas que la vie, cette vie que tu as l'habitude d'écraser et rabaisser... Ne jette pas impunément sur l'échafaud cet être qui, à défaut d'être innocent, n'en est pas moins sensible... d'autant plus sensible. Curieusement, le démon, au lieu de détruire définitivement ce ténébreux ange... le protège et le sauve. Il se dresse en rempart contre tous ceux qui voudraient atteindre et peut-être agresser ce coeur romantique épris de romanesque, et c'est cet intangible démon, ce spectre qui plane au-dessus tous ses crimes, toutes ses manigances et ses cabales, ce fantôme qui enrobe d'une haine effervescente l'évocation de son visage et son nom... Ce sont ces longues habitudes que cumule le passé qui permettent au gracile et trop frêle Mearas de reprendre le contrôle de son esprit et ses sens. Son regard n'a plus rien à voir, alors qu'il détaille, en apparence de façon polie et détachée cet invité forcé, tandis qu'au fond l'incube se réjouit d'avance d'avoir trouvé tel festin en cette proie insoupçonnée, songe aux délices à venir qu'ils partageront peut-être dans les plis moelleux de ces draps, ces draps qui enrobent de soie et de satin le matelas comme les vêtements somptueux des nobles cachent leur dépravation physique, comme leur culture enrobe de teintes caressantes et veloutées les lames de fer de leurs langues acérées, leur fiel empoisonné...

Il est de nouveau le séducteur, le charmeur perfide, celui au sourire élégant et au discours plaisant... Pourquoi ne te bats-tu pas davantage...? Ambrosio, ah, Ambrosio... Tu as oublié ce que c'est que de vivre, tu as oublié ce que c'est que prendre le risque de souffrir... Et cette mélodie, lointaine et entêtante, qui continue de te hanter, te tourmenter...

Dolorida, je meurs!

Tais-toi! Claque lui la porte au nez, à ce damné amant qui t'a trahie et délaissée, oublie-le, bois ce blanchâtre breuvage à longs traits insensés, oublie-toi dans cet éternel sommeil affolé, inconscient! Ne laisse pas sur ta parole se flétrir les fleurs mensongères, continue de cultiver la vigne qui plongera les hommes dans cette léthargie, cette ivresse à la fois si douce et échevelée, en trompeur jardinier entoure la lugubre balissade, la sinistre balustrade de rosiers grimpants, de chèvrefeuille ennivrant, de clématite châtoyante... Pourtant, cette nature serait tellement plus belle si tu la laissais libre, fougueuse et impétueuse, déraisonnée et passionnée... Ambroise, Ambrosio... Endors-toi, éveille-toi... Lequel, et pourquoi...? Oh, mais surtout, fais un choix.
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   21.10.07 2:42

Enfin un regard, une marque de vie. Et un court instant, l'attente avide d'Aramis devint un vide préoccupant, un trou noir dans sa conscience. Ce regard d'or pailleté de vert, ce nez aquilin, cette bouche à la courbe un tantinet trop sensuelle pour être vraiment masculine, semblaient chercher à lui évoquer quelque chose que son esprit avait perdu, une émotion effacée. L'image lointaine, tout à fait surprenante et incongrue, de sa propre mère. Du regard de sa mère, pour être précis, de ces prunelles qui auraient dû être belles et pleines de vie, ces iris qui avaient donné leur brun aux siens, et qui n'étaient que des mares amorphes envahies d'une souffrance stagnante. Etrange raccourci que lui offraient les restes de son coeur, bizarre sentiment de ne plus voir qu'une seule et même personne, androgyne, indéfinissable, abattue par un monstre inconnue. Oeil d'or en souffrance, oeil bois de rose en souffrance. Agonie semblable. Danger.

Mais les yeux n'étaient déjà plus les mêmes, une lumière sourde y était revenue, et le vide passait, s'effaçait, remplit de plus en plus vite de la double excitation de deux aspirations fondamentales du jeune homme. Le parfumeur, déjà, qui exultait de rencontrer de tels joyaux, qui devait se retenir pour ne pas partir à la dérive dans les relents épicés que lui inspiraient cette présence, ce sourire. Famille orientale, oh oui. Du clou de girofle pour la puissance, quelque chose d'ambré pour la séduction... de la canelle, pas mal la canelle... un peu trop doux peut-être. Trop doux pour des yeux qui titillaient si agréablement le second aspect de sa personne, qui le poussaient inconsciemment à délier ses mouvements, à adoucir ses regards. Face à un être aussi charismatique, peut-être que ses piques orales n'allaient finalement pas lui sembler suffisantes.

Puis une question, phrase unique, voix lancinante. Fébrilité réhaussée dans un corps plein d'expectative, dans un esprit artiste en roue libre - suave, tellement suave... Du santal, une pointe de vanille, pour accentuer encore le thème oriental, tirer la note de tête vers la feminité sous-jacente de cette bouche séductrice. Des lèvres qu'il se vit mordre avec délectation, un sourire qu'il se rêva effacer de la langue, une nonchalance qu'il eut envie de balayer de ses caresses, de ses provocations, très, trop osées pour ce mal nommé doyen - car comment pouvait-il en être autrement? Jamais encore il n'avait croisé d'homme, homo ou hétéro, capable de rester stoïque face à ses langoureuses avances. Il déclenchait le désir ou la fureur, mais toujours quelque chose, et c'était si bon de les voir perdre pied, de sentir leur autorité se diluer dans la honte ou le désir...

Malheureux chat sauvage qui croyait traquer un animal domestique quelconque alors qu'il affrontait un tigre...

Mais point de hâte, il ne fallait pas gâcher une promesse aussi riche. Restait encore l'odeur de ce corps pâle, les goûts de cet être inattendu. Aramis avait-il vraiment décélé une possible convoitise dans ces yeux au métal végétal? Où le jeune éphèbe se fourvoyait-il, abusé par sa surprise de découvrir un homme aussi jeune et désirable là où pensait trouver un vieil obsédé? Un peu de patience, quelques paroles. Tâchons d'effeuiller la plante tentatrice, de voir quel genre de fleur elle cache sous ses banales frondaisons.


"Hélas, je ne suis que très peu sensible à la magie du verbe. Les seuls poèmes que je goûte sont tissés d'huiles essentielles. Ce sont d'ailleurs les seuls desquels je vous parlerai, car un esthète tel que vous ne saurait imiter ces imbéciles rampants, qui confondent un artiste éclairé avec le courtisan fallacieux qui se fait le déversoir aussi bien de leur états d'âme que de leurs frustrations charnelles."

Une première pique bien gentille, presque dissimulée, destinée à tâter le terrain, à découvrir le caractère qui allait avec ce sourire frêle. Allait-il comprendre l'affront? Si oui, allait-il le relever? Si oui, pour en rire ou pour s'en offusquer? Le parfumeur attendait la réaction du noble avec toute l'impatience propre à sa jeunesse, et pourtant il sut dissimuler son sentiment en se baissant sur sa valise, en l'ouvrant de quelques gestes précis, la délestant au passage du cadenas qu'y avait placé son esprit paranoïaque de génie incompris. La mallette s'ouvrit au tier de sa hauteur devant l'éphèbe accroupi, devoilant dans un éventail de caisse à outil les innombrables fioles qui y étaient soigneusement entreposées.

"Vous avez déjà un parfum, monsieur?"

Sous-entendu, osez-vous mettre sur votre peau un produit dont je ne sois pas le concepteur?

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   24.10.07 22:28

[Références: Le poison de Baudelaire, et les paroles d'une cantate italienne de Haendel, delirio amoroso _délire amoureux_ dont la version que j'ai est interprétée par Magdalena Kozena, dirigée par Marc Minkowski... je ne saurais trop vous recommander de l'écouter!!!]

"Pourquoi dans ce cas aurais-je fait appel à votre talent...?"

Tiens donc, il est orgueilleux ce jeune homme... Sa fierté est-elle pour autant justifiée? Peu importe, l'infâme hypocrite le flatte, déjà le romantique enfant est reflué ainsi que son chant de lumineuses larmes dans les tréfonds de ces noires abysses tandis que le sein s'assèche et s'affermit... s'endurcit.

Dolorida...
Dolorida, douleur... Douleur, noirceur... Le livre est abandonné à la douce langueur du velours ainsi que son âme endormie dans ces draps voluptueux, dans ce triste cercueil, peut-être recouvert de satin, mais qui reste un cercueil tout de même...


"Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort !"

Un autre poète, un autre homme.

"Qu'une pensée vole au ciel
si c'est au ciel que se trouve
cette belle âme
qui troubla ma paix.
Si en enfer il il est damné
pour m'avoir méprisée,
au royaume des peines
j'enlèverais celui qui fut mon bien-aimé"

La musique est si peu en concordance avec tes mots, telle une liane traîtresse et vivante, elle s'enroule autour et l'étouffe... ce coeur qui a si peu vécu. Elle te disloque, elle te déchire...

Dolorida, je meurs!
Non, pitié, c'est un cauchemard qui te broie, qui t'étreint, qui te viole et force le démon à exhiber ce qu'il a de plus cher... Vite, change de morceau, monstre infâme Devient fier de ta vilenie, alors que chaque pas te rapproche de cet éphèbe, ce somptueux jeune homme que ton inconscient couronne déjà amant dans ses fantasmes insensés, ses sensuelles rêveries affolées, affamées... Mais ne le laisse point voir, ne le laisse point imaginer... Bande-lui les yeux sous un rideau opaque de baisers grisants anesthésiant toute volonté, annihilant toute raison et toute prudence, endors sa méfiance sous une berceuse charmeuse et dangereuse qui telle une sirène entraînera dans les tréfonds de cet océan de luxure et de passion son âme démunie.

Chaque pas, lascif, où tu foules, où tu glisses sur le riche et moelleux tapis, alors que ta noire chemise à peine boutonnée glisse, se dérobe, juste assez pour attiser la convoitise, éveiller la curiosité et l'envie... l'envie de mordre dans cette peau pâle comme dans une blanche pomme, un fruit défendu juste à peine et à la fois pas assez révélé...

Chaque pas t'éloigne d'Ambrosio, qui se tord, qui se meurt, impuissant, prisonnier derrière ce masque de verre. Aramis est ignoble, odieux? Cela, le malheureux poète ne le sait pas... ce messager des Muses qui une fois de plus sombre dans les relents irréels et fugaces de cette conscience amnésique aux appétits carnassiers... Elle rêve de festin, elle rêve de carnage, elle rêve d'outrages. Ce charmant parfumeur, ce petit chat aux piques à peines masquées, à peine déguisées derrière cette hypocrite courtoisie flagorneuse que les nobles affectionnent tant... tu vas te charger de le charmer... tu vas te charger de le briser.


"Êtes-vous réellement insensible à ces vers, à cette poésie...?"

Et toi alors, damnée catin? Le jouvenceau s'agite et gémit dans son sommeil, mais cette question ne lui est pas adressée... pas alors que le ténébreux séraphin, le diabolique incube domine de sa frêle et gracile silhouette cet incroyable talent, pas alors qu'au fond de son corps les flammes de la concupiscence et du désir le dévorent... le dévorent comme son regard le fait de cette silhouette tentante et séduisante, qui fixe le somptueux Aramis, se plante sans sourciller dans ses prunelles sombres qu'il veut couvrir d'une sinistre ombre, d'un funeste souvenir. N'importe qui serait sans doute gêné d'être ainsi dévisagé avec autant d'intensité... les iris aux teintes dédoublées, où l'or danse comme une auréole de feu sur les chevelures des nymphes, où l'or tournoie comme les éclats de soleil entre les frondaisons lointaines... elles semblent vouloir déshabiller cette âme inconnue, la forcer même plus que l'inviter à se dévoiler, arracher ses atours et la révéler dans toute sa nudité, sublime ou horrible, merveilleuse ou tragique.

Ce regard...
Ce regard, indéfinissable, ne dure qu'un instant. Un éphémère, un infime et éternel instant. Puis le sourire, moelleux, doucereux, revient, polit de nouveau ce masque marbré, grave à même sa chair, ses gestes, des fresques gracieuses, des scènes aux méandres insaisissables...

Cet Ambroise? Vous l'avez rêvé, je vous assure...

Et pourtant, certains rêves ont l'air tellement réels...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   27.10.07 3:08

[Un jour vous me tuerez de frustration...]




Enfin le noble alangui s'autorisait à quitter sa couche improvisée, et à présent ses pas déliés l'amenaient sans hâte auprès du jeune parfumeur, plus près, toujours plus près de ce visage au sourire translucide, de ces prunelles ouatées qui dégustaient avec un discret assentiment l'ondoyante silhouette. Double écho de chaque pas, un parfum, une tentation. Le doyen daigna enfin laisser un compliment couler de sa bouche suave, et l'orgueil trop sensible de l'artiste s'en trouva soudain vivifié, hypertrophié, si bien qu'il envahit de ses circonvolutions les sens d'Aramis pour le priver d'une bonne partie de cette rancoeur qui, hélas, avait seule le pouvoir de le rendre méfiant.

"Sait-on jamais, j'aurais pu avoir à rattraper les dégâts d'un anonyme peu précautionneux qui prétend avoir un nez."

Oh oui, il crânait - c'est que les compliments sur son art étaient sa faiblesse, voyez-vous. C'est qu'après les avoir entendus, il se laissait toujours captiver avec une surprenante facilité, le bel éphèbe. Lui-même finit par noter qu'il était un peu trop fasciné par les perles d'absinthe dorée qui le fixaient depuis ces mystérieuses orbites, par le torse délicatement ouvragé que l'impudente chemise d'Ambroise masquait autant qu'elle le dévoilait, par le torse que ce jeu de rideau rendait viscéralement attirant. Aramis chercha à reculer, à se retrancher derrière ses convictions, son propre charme et son mordant, avide de croire qu'il pouvait tout contrôler. Transformant en un hautain mépris sa surprise d'entendre le doyen déclamer de la poésie.

Il se releva lentement, prêt à déjouer d'une autre pique ces vers qui s'échouaient dans son oreille comme autant de vaguelettes atones. Ecrivains, peintres... il était artiste au même titre qu'eux, souvent même il se montrait bien plus original, et pourtant il devait toujours lutter, imposer sa foi et son talent auprès de ces pompeux bourgeois anoblis. Que savaient-ils des odeurs, ces abrutis? Avaient-il seulement conscience des petits trésors invisibles qu'ils arboraient parfois sur leur gorge, ces cascades de pierreries dont il n'entrevoyaient qu'un ou deux diamants épars à travers leurs narines congestionnées? Ainsi, malgré le fait qu'Aramis pensait que tous ces parvenus ne comprenaient pas plus leurs vers que ses parfums, il ne perdait jamais une occasion de cracher sur ses congénères plus "classiques". Question de principe.

Pourtant cette fois il ne dit rien.

Parce que quelque chose ne tournait pas rond.

La voix du Mearas. Lente déclamation où chaque mot, chaque syllabe devenait une pique, désagréable, désirable. Malaise. Attrait. La pauvre culture littéraire d'Aramis faisait qu'il se trouvait bien en peine de distinguer Baudelaire d'un autre prophète versificateur, mais cette partie de lui qui n'aimerait jamais que l'odeur de Soleil était bien assez aiguisée pour goûter aux divins relents de ses vers - surtout ainsi, alors qu'ils sécoulaient en une venimeuse anesthésie des délicates lèvres d'Ambroise. C'était... filant. De l'armoise particulièrement acide, quelques sensuelles notes ambrées qui se noyaient dans une note de tête puissante et lourde. Aramis n'entendit pas le premier poème, ni le second. Il les sentait. Il les ressentait. C'était bien la première fois, et c'était plaisant.

Pourtant quelque chose ne tournait pas rond.

Les yeux du Mearas. Il était soudain si proche, et son regard brûlait, fouillait loin dans le sien propre, comme la langue avide d'un pervers qui cherchait à forcer la bouche d'une pucelle. Une envie, mais de quoi? De connaître, de posséder? Ou simplement d'intimider? Ambroise n'avait pas du tout donné l'impression de le désirer d'une quelconque manière, mais ce regard...

Ca ne tournait pas rond du tout.

Et pourtant Aramis décida de laisser les choses suivre leur cours. Il aurait pu rivaliser avec le Mearas, le jeune écervelé, il aurait pu mener un duel presque équitable au lieu de foncer dans le mur, si seulement il avait mis un peu de son orgueil dans sa poche et admis qu'il puisse y avoir pire prédateur que lui-même. Il rendit son regard au doyen, un regard neutre et indéchiffrable comme il savait si bien les faire, ce regard qui semblait dire "et alors?", ce regard qui agaçait si bien. Il garda la tête droite, inconscient de rôder près de griffes plus longues et acérées que les siennes, trop décidé à s'aliéner ce langoureux séraphin à l'apparence sans reliefs pour écouter les signaux d'alarme envoyés par son instinct.

Les yeux. La voix. Non, ça n'allait pas. Ambroise était faux, quelque chose en lui sonnait faux. Faux et dangereux. Son apparente absence de désir, ses mots si suaves, toute cette apparence contrefaite et travaillée ne collaient pas avec son regard.

Mais Aramis était trop jeune et trop confiant pour se fier à un pressentiment aussi vague. Personne ne pouvait lui faire du mal. On ne le maltraitait pas, il se laissait maltraiter. Il ne pouvait imaginer plus retors que lui-même. On avait même essayé de le violer, une ou deux fois, et toujours il avait retourné (c'est le cas de le dire) la situation à son avantage. Il n'avait pas peur, car il ne craignait pas la douleur - au contraire, c'était même le seul type de relation qu'il connaissait: si on lui faisait mal, c'était qu'il avait réussi à posséder sa proie, c'était qu'il était parvenu à la rendre folle de convoitise. Ils cherchaient à l'humilier, à le soumettre par la force, et il riait. Et cela lui conférait une maîtrise évidente de toutes les situations.

Sauf celles où justement, il aurait mieux fait d'avoir peur.


"La question est plutôt: y êtes-vous sensible, vous?"

C'était une réplique douce et délicate, comme la caresse que le sus-mentionné pervers aurait eu pour attirer sa pucelle jusque dans ses draps. A nouveau le parfumeur s'accroupit auprès de sa mallette, mais cette fois il le fit avec une lenteur délibérée, tout à fait conscient qu'Ambroise n'était guère à plus d'un mètre de lui, et qu'ainsi agenouillé il se retrouvait tout à fait bien placé pour admirer les attributs du doyen. L'élément troublant étant qu'Aramis les fixait avec un naturel à toute épreuve, même pas du désir, juste du naturel. D'ailleurs le jeune parfumeur ne s'attarda guère qu'une seconde sur l'aîne qui lui faisait face, juste assez, pensait-il, pour que le noble s'en rendît compte - car tout était planifié, bien sûr, caque action avait sa raison d'être. Puis il releva la tête, et s'adressa à son client comme si se trouver dans une position aussi ouvertement inférieure ne le gênait, mais alors, pas le moins du monde.

"Vous plairait-il que je cherche comment retranscrire ces mots en effluves?"

Il saisit ostensiblement un flacon d'huile essentielle de myrrhe dans sa valise et la mit de côté. Ce faisant, il nota le rarissime ambre gris qui dormait dans un coin, une subtance qui n'était guère que du vomi de cachalot et qui pourtant possédait des vertues aphrodiaques surprenantes. Il n'avait pas encore décidé s'il allait ou non pousser Ambroise jusqu'à coucher avec lui, mais il décida que s'il le faisait, il mettrait de l'ambre gris dans sa composition. En souvenir, on va dire.

"Vous plairait-il que j'habille votre peau de ce que votre coeur ressent à la lecture de ces vers, que je glisse sous vos vêtements l'âme même de ces poèmes? Est-ce que vous aimeriez arborer en permanence l'acide douceur des amours aliénés, la pénétrante chaleur d'un orgasme? Ou bien ne sont-ce que des paroles pompeuses juste faites pour m'impressionner?"

Il mordait encore, le vicieux chaton, avide dans sa folie de voir le Mearas s'approcher encore plus, pour qu'enfin il puisse sentir de lui-même le parfum de cette peau pâle qui paraissait appeler ses baisers. Cela, au moins, ce serait une information digne de ce nom.

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   27.10.07 15:27

Une attaque!
C'est une attaque...!
Les mots retournés contre lui l'atteignent plus qu'il ne veut bien l'admettre, le perfide! Erreur de calcul petit chat, on ne se risque pas sur les terres hasardeuses d'un coeur ignorant de sa propre pulsation, inconscient de sa propre existence sans en payer le prix. Le mépris et la froideur vinrent se glisser entre les plis de ses vêtements et sa peau pâle, comme une épaisse armure pour un être qui était encore trop démuni, encore trop subjugué par les charmes de la poésie. Scélérat, tu n'es plus sensible à rien, cette réaction en témoigne! Ambrosio, trop sensible au contraire, au fond de sa geôle appelle à l'aide, crie, tempête, pleure...
Pleure...

Oh oui, pleure, bel enfant, pleure pour cet infâme qui n'en est plus capable, même pour lui-même...
Lui, il les vit ces vers... il les vit même plus qu'il ne les comprend, plus qu'il ne les ressent... mais ce n'est pas Ambrosio qui fait face à l'imprudent éphèbe. C'est l'Incube... et qui plus est un incube de fort méchante humeur après la douche froide qui s'est abattue en une cataracte glacée sur les flammes voraces de son naissant brasier.


"S'il vous fallait interpréter en ode odorante chaque poème qui mest cher, vous pourriez bien y passer une vie entière..."

Au lieu de répliquer à son tour en cherchant à fouailler sous ce jeune sein encore sans armes face à la flatterie, le doyen se retire, il repart vers le rocher où son corps pourra s'étendre et se reposer en ondin séduisant et lascif plutôt qu'évoluer dans ces eaux tumultueuse et peut-être même dangereuses... mais il ne s'allonge pas de nouveau sur ce délicat meuble ornementé. Il regarde l'ouvrage du magnifique De Vigny à la plume sublime et grandiose, cet auteur qui le perce si bien à jour, l'un des seuls peut-être à pouvoir révéler si aisément et Ambroise et Ambrosio, à sauvegarder encore et encore, encore un instant, toujours un instant de plus arraché au sablier du Temps, arraché aux ténèbres qui engloutirent son âme la vague dépuille de ce jeune enfant qui ne saurait grandir. Les notes de musique autour caressent son coeur, caressent sa chair sous leurs baisers pétris de passion, de pleurs, de violence, de fougue, de douleur, d'indicibles joies et d'extases...

Oh, fourbe... Ignoble fourbe! Pourquoi toutes ces oeuvres somptueuses ne te poussent pas à t'élever, t'élancer vers cet éther invisible qui baigne la silhouette d'un pâle ange endormi au beau milieu de cette effroyable et angoissante nuit, cette atmosphère obscure et effrayante tissée de cauchemards de filandreuses brumes noires d'opacité...? Pourquoi au contraire t'inspirent-elles ces machiavéliques artifices, alors que tu composes ta voix, ton expression et tes gestes égaux ceux de Lucifer pour Eloa...? Cet imbécile ose qualifier les chefs-d'oeuvres des démiurges de pompeux?! Ces poèmes, ces toiles, ces mélodies qui ont traversé les âges, survécu aux siècles! Le mettrais-tu devant un Moreau ou un Titien, peut-être cela lui ferait-il autant d'effet qu'à une vache qui regarde de son abruti d'air bovin passer les trains!

Monsieur est beau, monsieur est magnifique, attirant, charmeur, et sous prétexte que monsieur a un nez, monsieur a le droit de dire de Baudelaire qu'il est pompeux?!!! Ambrosio ET Ambroise s'en étrangleraient presque! (et c'est dire, pour une fois que les deux partageraient la même réaction!)

N'y aurait-il ce "pompeux"... ce funeste, ce fâcheux, ce regrettable "pompeux", l'ange enténébré aurait pu croire que cette proposition dénotait une volonté, une superbe envie de lier différents arts, de même que le "Prélude à l'après-midi d'un faune" de Debussy lui fut inspiré par les vers de Mallarmé, de même que les mythes anciens s'incarnèrent en mirifiques toiles et somptueuses sculptures sous les mains habiles des Michel-Ange, des Canova touchés par la prose d'Homère, Horace, Virgile... Mais non, évidemment... ce serait trop beau! A peine offre-t-on une particule et un blason à l'artiste que cela le pourrit, qu'il se détourne de son art originel, son âme véritable, que son esprit vicié devient avide d'un autre succès, tellement plus vain, superficiel... Des Lucien de Rubempré, les nobles en odieux et monstrueux Vautrin en avaient souillé! Crache sur ces oeuvres qui te sont inaccessibles, petit chat, feule, tu en deviens si amusant... de l'orgueil et du mépris pour offrir un faux vernis doré à l'ignorance... mais tu auras beau draper une misérable salope des plus beaux atours, elle n'en restera pas moins telle.

Le doyen, lui, se montrait toujours curieux, avide de découvertes, de nouvelles connaissances pour enrichir son éternité, et c'est pourquoi d'ailleurs il comptait au nombre des plus généreux mécènes de la cité. Son mépris, il le réserve aux imbéciles qui se croient supérieurs à l'Art quand luimême, malgré tout son orgueil n'a pas cette prétention. Mais point de jugement hâtif, ce charmant jouvenceau au délicieux minois ne cherchait peut-être qu'à le provoquer, le déstabiliser, de même qu'en fixant aussi impunément le carré de tissu qui cachait l'origine de sa virilité. Façon d'agir qui manquait cruellement d'adresse et de subtilité, mais qu'à cela ne tienne: si ce bel éphèbe n'était qu'une méprisable traînée, il pourrait toujours s'offrir le divertissement de le baiser, puis le renvoyer plus ou moins élégamment avec quelque monnaie sonnante et trébuchante pour arrondir sa fin de mois. Mais s'il est plus que cela, si ses petits coups de griffes cachent une profondeur indécelable au premier abord, une sensibilité enfouie qu'il protège grâce à ce comportement curieux qui échappe à l'analyse du doyen... alors peut-être...

Ambrosio rêve et chante ses espoirs, ses espoirs d'enfant abandonné qui ne demande qu'un compagnon pour partager ses moments de lyrisme et de poésie, qui ne demande qu'à s'envoler loin de ces gastes et tristes terres avec un autre démiurge, un amant ou une amante que réuniraient une symbiose sublime... il rêve de destins qui se mêlent, qui se croisent, de chemins tantôt sombres, tantôt éclairés par un amour aussi destructeur que le soleil et aussi doux que la lune, il repense à Georges Sand et Alfred de Musset, Clara et Robert Schumann, à Colette...

Ambroise s'assied tranquillement sur l'ottomane de velours et sourit, un sourire agréable et poli, au parfumeur. Il fait semblant de ne pas avoir vu ce regard posé sur son entrejambe, désormais invisible alors que ses jambes sont croisées. Puis il abandonne un peu ce masque d'une courtoisie distante pour plonger ses prunelles dans celles aux teintes plus sombres mais non moins envoûtantes de son fils inconnu avant de déclarer:


"Je veux un parfum qui soit une âme... un parfum qui évoque une image... comme un paysage riche, ennivrant, profond... un arc-en-ciel changeant dont chaque teinte est différente mais non moins merveilleuses.... du mystère, quelque chose qui subjugue, ensorcelle et fascine...

Je suis sûr que vous en êtes capable, on dit qu'il n'y a point de défi trop grand que vous ne puissiez relever."

Ces mots...
Oh, ces mots, comme ils vibrent alors que la voix de l'antique chérubin déchu, ambigue ainsi que le reste de sa personne, résonne, chaude et ronde dans l'atmosphère de l'antichambre aux allures de boudoir, une jeune voix à laquelle la maturité n'a pas pu conférer de graves accents mais qui a déjà perdu son timbre cristallin et flûté propre à l'enfance. C'est une provocation déguisée, car le parfum n'est pas le seul défi qu'invite implicitement à relever le doyen, le sombre séraphin...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   27.10.07 20:23

Ta salive qui mord...

Enfin un signe de vie, enfin un écho sur ce visage lisse! Certes, le noble refroidi s'était éloigné, et ses troublantes prunelles semblaient soudain s'être un peu assagies, mais au moins Aramis avait-il réussi à le toucher, à trouver une prise dans ce coeur impénétrable où il progressait en parasite aveugle. Pas à cause de son regard, non, ce qu'il était bon de noter: ou Ambroise n'avait cure de ses avances, ou il ne les avait même pas remarquées - ce qui était néanmoins à peu près exclu, vu l'énormité de celles-ci. Mais la pique méprisante du jeune parfumeur concernant la poésie, par contre...

Alors que le doyen lui tournait le dos pour s'en retourner à sa méridienne, le jeune chat se prit à redresser la tête, fier de son indélicatesse, satisfait d'avoir trouvé une compensation à la hargne qui l'avait traversé lorsqu'on l'avait fait mander avec aussi peu de considération. Il pouvait bien s'outrager, le noble esthète. Il disait aimer l'Art, ses appartements parés de livres et de somptueux tableaux se voulaient un écho de sa délicatesse, de ses envies, il allait jusqu'à mettre une symphonie comme toile de fond sonore à ses actes. Il était destabilisé, sinon choqué que l'on insulte un poète. Alors aurait-il osé envoyer quérir Michel-Ange comme on commande une pizza? Comme il l'avait fait d'Aramis?

Ta salive qui mord.

Le parfumeur s'était vengé. Bien. A présent, il pouvait passer à autre chose, s'oublier totalement dans la personnalité de ce distingué Mearas, dans le parfum qu'il demandait, dans sa si séduisante gestuelle. Il avait trouvé une faiblesse dans le sein fardé, et à son sens sa retraite était ainsi assurée - car jamais il n'hésiterait à réitérer ses insultes. Si Ambroise accordait quelque importance à ses mots, grand bien lui en fasse. Aramis, lui, n'avait pas pour habitude de dévoiler le peu qu'il avait au premier venu, et encore moins de donner du crédit aux affronts d'un inconnu. A la différence de son interlocuteur, il parvenait à totalement séparer incube et artiste, l'un n'ayant aucune connaissance des actes et paroles de l'autre. Comment aurait-il pu survivre, autrement? Un artiste, ça s'attache, ça ressent, ça souffre. C'est vulnérable. Ca se cache. Un jeune chat aventureux, ça s'amuse.

Ta salive qui mord... Dieu qu'il aimait cette formule...

En fait si, il y avait bien une chose qui traversait le filtre: les compliments. Une faiblesse tout aussi sinon plus énorme que celle décelée chez l'étrange séraphin, une faiblesse dont Aramis n'avait même pas connaissance - c'est que ceux qui le flattaient étaient toujours si prévisibles dans leur hyprocrisie, si vulnérables dans leurs caresses intéressées... Alors le chat se contentait de s'étirer sous leurs doigts malhabiles, s'accomodant du pire quand il aurait pu prétendre au meilleur, quand un peu de sentiments auraient transformé ses jours dissolus en une vie presque agréable.

Ta salive qui mord... acide, pointe d'acide, mais si peu... comment faire pour la douleur affectueuse?... quelque chose qui alourdirait l'acide des hespéridés, leur ôterait leur fraîcheur...

Et doucement, alors que l'incube se croyait comblé et hors d'atteinte, le parfumeur en profitait pour apparaître, se risquer au dehors en souris effarouchée, au lieu de simplement murmurer des suggestions depuis l'intérieur de son trou. Il regardait Ambroise, il l'écoutait, et voilà que son sourire enjôleur disparaissait, que son regard se faisait opaque, lointain, porté par toutes les Muses rassemblées en cette pièce. L'Aramis connu de tous n'en avait effectivement rien à faire de ces autres créateurs qu'on encensait - parce que pour chaque compliment qu'on leur faisait, il ne récoltait que le silence, lui. Et il se voulait respecté, vénéré à la mesure de son talent. Mais celui qui se dévoilait brièvement en cet instant ne les connaissait que trop bien, ces autres prophètes, il sentait leur coeur battre sur le même tempo que le sien. Il voulait sentir ses narines palpiter au rythme des mélodies entendues, il voulait s'abandonner, se laisser guider par ces mots qui avaient heurté son oreille et s'étaient plantés dans son âme. Ces mots qui représentaient si bien le Ambroise qu'il pressentait à travers tous ces oripaux de tact, de mépris et de distinction.

Le jeune homme avait ramassé sa valise sans la refermer, oublieux du doyen, oublieux de son rôle de catin arrogante. Il voulait simplement s'installer ailleurs, là où il pourrait effectuer un travail digne de ce nom. Son coeur se décida pour le vaste buffet marqueté et drapé de marbre qui ornait l'un des côtés du salon. Aramis y déposa ses effets, et sortit immédiatement l'une des fioles de sa gaine de soie. Il la porta à son nez, l'entrouvrit à peine, la reposa à côté de la valise. Puis ses doigts filèrent le long des flacons comme ceux d'un pianiste précautionneux, à la recherche d'une note, d'une seule, celle qu'il lui fallait. Il en choisit une, hésita.


"J'ose espérer que j'ai carte blanche en ce qui concerne le budget."

Sa voix avait été lointaine et désintéressée, à mille lieux de ses précédentes roucoulades: il ne draguait plus, là, il crééait. Ta salive qui mord. Kalamanzi, oui. Rarissime et extrêmement coûteux, mais juste assez acide pour ce qu'il voulait - un autre agrume aurait été trop franc, trop vivifiant pour Ambroise. Et de l'iris, bien sûr, de l'iris en note de coeur, la fiole qu'il avait sélectionnée d'entrée de jeu, car Aramis ne connaissait pas de fleur plus ambivalente et distinguée pour un parfum masculin. Il lui manquait cependant quelque chose pour la base. La lourdeur. Il lui fallait de l'épaisseur, du mystère.

Soudain son oreille perçut quelque chose, quelques notes, une mélodie en apparence joyeuse et sans conséquence, avec pourtant ce corps, cette harmonie qu'il cherchait. Parce que c'était un violoncelle et pas un violon. Un violoncelle, pas un violon. Tabassé, il lui fallait une note de tabac frais. Un rondo de Dvorak qui, sans que le parfumeur ne le sache, succédait à Schumann. Et l'artiste, inconscient de détruire tout le travail de dissimulation de l'incube, se laissa emporter le temps d'une demande stupide, le temps d'un dangereux excès d'enthousiasme:


"Vous voulez bien remettre ce morceau depuis le début? Peut-être que je tiens quelque chose."

Oh oui, d'un seul coup il le sentait bien, si bien. Il savait les odeurs, les arômes qui se succédaient presque trop vite dans sa tête. Il lui aurait fallu noter, mélanger tout de suite, et c'est dans cet optique qu'il sortit vivement ses pilons, pipettes et écuelles. Ce pouvait être bon. Très bon, même.

Si le turbulent jeune chat laissait à l'artiste le temps de terminer.

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   29.10.07 22:52

Ta salive qui mord...

Il avait suffi d'un simple aveu pour que tout fut oublié, pour qu'il n'y ait plus de tords. Ambrosio sourit, exulte, tourbillone, danse, insensé, alors qu'il aperçoit déjà un frère, un semblable... Ambrosio se rit du fier Mearas, du cynique et sadique incube, Ambrosio lui crache au visage et le surplombe alors qu'il dirige cette frêle enveloppe de sa jeune âme fougueuse, impétueuse, et qu'il exécute avec une joie et une ferveur indéfinissables les voeux du somptueux, du magnifique Aramis. Il se sent presque de trop, il se sent sacrilège de pouvoir contempler ainsi les mystères de la création d'un artiste en pleine ébullition, créature égarée dans la genèse inachevée. Son coeur s'accélère alors que la musique, lente, grave, profonde s'élance et s'envole peu à peu libérée telle un antique et sublime oiseau, imposant, majestueux, léger et gracieux lorsque l'emportent dans leurs caresses, tourbillons d'extase, les créatures impalpables faîtes de vent et dont les chevelures ondoyantes se glissent dans son merveilleux plumage.

Mon âme sans remords

Curieux, impatient, l'enfant égaré au seuil de ce temple de senteurs maintenant qu'il a été projeté au beau milieu de ces secrets veut les partager, guidé par un désir innocent de comprendre pour mieux les vivre ensembles, avec ce gardien, cet esthète esseulé. Pourtant la création est un acte solitaire, ainsi Ambrosio, dans l'expectative, ne peut qu'attendre, retranché sur le luxueux divan exotique ainsi qu'un oisillon au bord du nid qui n'ose encore prendre son envol pour explorer les divines contrées et le sublime éther qui s'étendent en autant de promesses luxuriantes. Qu'attends-tu, gracile volatile, pour te lancer à l'assaut de ces paysages, te risquer à l'aventure...? As-tu peur du chat qui sommeille et te guette?

Ne crains rien, poète oublié! Tu connais la fange, nul besoin de vouloir l'éviter: une existence purement éthérée t'ennuierait, de même qu'une vie dénuée de toute émotion, de toute passion, même inconsciente, te détruirait. Tes ailes maculées, tes ailes immaculées sont aussi blanches que noires! La foudre et les éclairs peuvent tonner, les cieux enragés tourmenter ta frêle enveloppe malmenée, l'azur dans ses bras lumineux caresser et soigner tes blessures, du moment que tu luttes pour y goûter!

Mais Ambroise, Ambroise...
On n'efface ni n'oublie les siècles d'infâmie par un fugitif éveil. C'est au tour du machiavélique doyen de gronder et montrer les crocs alors que son coeur s'agite et pulse violemment, alors que son âme veut briser ce cocon d'insensibilité dans lequel il l'a enfermée pour éclore et recouvrer sa liberté... Ambroise aime tout contrôler, tout dominer, il n'accepte pas de voir sa victime lui échapper et signer son arrêt de mort. Ambroise est maître en ces lieux, il est arrogant souverain, insupportable et perfide. Mais pourquoi ne peut-il que plier face à ce jeune messager des dieux un peu fou dans son ivresse, ce phénix qui renaît de ses cendres, face à cette âme éblouissante...? Il fulmine, l'ignoble serpent, car ce n'est ni Eve ni Adam qu'il a face à lui et peut tenter. Il paraît même si vil et si méprisable l'orgueilleux despote à côté de ce séraphin qui se fout et du bien et du mal, qui ne demande qu'à vivre, peut-être égoïstement, au mépris des règles, mais de façon si intense qu'à côté les lois et l'étiquette ne veulent plus rien dire.

Il se saisit instinctivement d'une feuille, il veut absolument renaître, à travers sont art, à travers ses mots, mais un vertige le saisit face au blanc de la page qui s'étend comme un désert pur et inviolé qui attend d'être fécondé... saura-t-il en faire jaillir des merveilles, le peupler de réelles chimères, transformer l'illusion en somptueuse émotion...? Cela fait si longtemps qu'il n'a usé et rompu son coeur et ses doigts à cet exercice, presque douloureux tant il est dévastateur pour le rythmique organe qui fait découler de ses doigts un aperçu tellement piteux et maladroit face à l'harmonie divine qu'il tente de retranscrire. Mais déjà la main s'agite, s'empare de la plume et vient tremper le bec d'oiseau dans la couleur de son musical langage... s'élèvent les premières trilles, module un chant chaotique sans but ni chemin la voix qui ne sait si elle suit son destin mais le fait avec un ravissement certain.

Ambroise hurle, le petit despote s'agite, comme un gamin capricieux et misérable veut détruire les jouets de ce jeune frère inattendu dont il hait la venue. Oh, comme il le hait cet insupportable démiurge qui se révèle et s'expose au monde... et au fond comme il l'aime! Il voudrait tantôt le briser ainsi qu'un pantin, tantôt le serrer dans ses bras et l'étreindre, lui laisser la place de se dévoiler, être capable de lui dire... combien il l'admire, combien il devrait avoir foi en lui, en sa prose... qu'il est assez fort pour survivre dans ce monde adoré et honni, qu'il peut partir tranquille à présent...
Mais c'est si dur...
Si douloureux et si dur...

Si tout était aussi simple, s'il y avait simplement d'un côté un ange et de l'autre un démon. Mais dans cet esprit survolté, ce sont deux personnages qui se heurtent, s'embrassent, s'affrontent, les larmes qui jaillissent, les étreintes qui s'enchaînent, le sang qui gicle... Ce Chaos est le théâtre d'innombrables amours, d'innombrables luttes, et Ambroise a fini par exister au même titre qu'Ambrosio.

Sans doute même Ambrosio a-t-il besoin d'Ambroise sans le savoir... de son esprit sagace et retors, de son cynisme et de son sadisme, de ses barrières, son venin... sa distance... Besoin de lui pour plonger impunément dans les pires remous, les plus noirâtres et putrides marécages, s'enfoncer dans les contrées les plus glauques sans faillir et sans risque de se détruire, pour mieux repartir vers d'autres horizons et goûter avec d'autant plus de bonheur et d'affront la lumière de ces univers pour les autres inacessibles et peut-être même abscons.

Mais au fond, ces deux jeunes hommes ne sont-ils pas une seule et même personne...? Entre Ambroise et Ambrosio, il n'y a qu'un changement de consonnance et de consonne... un nom français, l'autre est latin, mais l'origine est semblable et unique...

Oh oui, écris sans craintes Ambrosio, tu as retrouvé ta ferveur, ta plume et ton nom. Aux yeux du monde, tu resteras Ambroise, le fourbe, le pervers, le rusé sournois... mais tu le sais toi, n'est-ce pas...? Tu le sais que ce vous n'existe pas et qu'en fait, il n'y a que toi... il n'y a toujours eu que toi.

Plus loin, Aramis mêle dans son propre monde ses fioles, ses fragrances et leurs souvenirs... chacun s'inspire de la musique, du moins le croient-ils certainement... Mais ce n'est qu'un même souffle enchanteur qui leur parvient, ce sont les mêmes Muses, généreuses et divines qui acceptent de leur souffler une réplique qu'ils créent pourtant à l'instant où elle franchit leurs doigts, leurs chairs et leur bouche... chacun sans doute est trop pris par ses instincts transcendants, ses pulsions transcendées, du moins est-ce le cas pour Ambrosio, si vivement emporté par son inspiration qu'il en oublie d'être gêné, qu'il se laisse griser alors que la poésie se forme et glisse... glisse... sur le papier auquel il communique ses ardeurs fiévreuses, ses ardeurs enfiévrées, le filet d'eau murmure ses merveilles, la dame du lac fait couler un peu de magie dans ce torrent tumultueux qui en cascade de feu rebondit entre chaque rime naissante pour créer une nouvelle coulée, un nouveau fluide un peu dément pour finir par venir s'échouer sur la grève de cette fin de page, cette fin de poème et d'un geste large tracer en de complexes sillons, apposer en méandres d'arabesques stylisées sa signature sur ce nouveau-né tout juste enfanté.

Peut-on vraiment signer une oeuvre, ainsi que l'on marque un chat ou un chien...? Nous appartient-elles vraiment, alors qu'elle vagabonde telle un animal, pour les uns hideux, pour les autres somptueux, de pays en pays, de contrée en contrée, de coeur en coeur, de bouche en bouche, avec cette frénésie de voyageur toujours avide qu'une découverte, aussi grandiose soit-elle, ne contente qu'un temps...?

C'est ce que les hommes ont l'orgueil de croire. Ont-ils raison? Leur sensibilité, leur interprétation, leur composition est unique certes, mais tous au final ne sont-ils pas des messagers d'une harmonie accessible seule complètement par de surnaturelles entités, quand eux ne peuvent qu'entrevoir un écho de cette splendeur qu'ils touchent presque dévotement et pourtant voraces aimeraient étreindre totalement...? Cet élan créateur n'est-il pas le même pour tous, que prime la volonté de faire rêver nos semblables ou épancher des émois trop poignants pour être contenus par le calice assidu? Et se perdre en son propre esprit n'est-il pas l'assassinat, la fin de ce superbe partage avec nos semblables...? Un fou est-il artiste..? Et dans ce cas n'est-il artiste que pour lui seul...?

Le sujet était vaste et à des milles des préoccupations actuelles de l'infernal séraphin, du séraphin infernal tout entier emporté par les vagues tumultueuses de son inspiration croissante, son inspiration renaissante. Comme il lui était doux de voir ainsi fleurir en une fertile prose son âme éveillée...
Doux? Si seulement...
Mais cette renaissance, c'était la tendresse de la plus délicate des caresses autant que la violence des ébats passionnés, le baume offert aux plaies de son corps souillé autant que l'affolement d'un coeur si peu habitué à vivre...

Peut-être plus dangereux encore, c'était le muet échange, l'inconscient partage d'une atmosphère surchargée de désir... désir de le posséder qui s'était transformé en un désir non moins intense, et même plus intense encore de créer... ce lien intangible et peut-être même ignoré qui l'unissait d'une manière si intime avec un parfait inconnu à cette fusion, cette symbiose de l'artiste qui se fond dans la chaleur du Vésuve de sa passion, qui ainsi qu'un métal ouvragé par Vulcain est chauffé à blanc, embrasé, refroidi, maltraité, sublimé... C'était ce lien qui rendait si troublant l'air de la pièce aux effluves porteuses de sentiments déraisonnés.

Cet évènement, si brutal, si impromptu, sans nul signe annonciateur pour préparer sa venue... cet instant qui vit Ambrosio s'extraire et s'arracher des griffes maudites de ce damné sommeil, débouler de la forêt d'épines ainsi qu'une belle au bois dormant furieuse contre cet espèce de butor, ce maroufle de prince pas même fichu de la délivrer à temps et fermement décidée à le lui faire payer, puis finalement retrouver le sourire et voir s'envoler hargne, rage et rancoeur face au resplendissant soleil... cet instant ne devait être connu que de lui seul. Personne ne devait savoir qui il était réellement, qui était véritablement Ambroise, l'étrange ambroisie déguisée en perfide et suave suc empoisonné...

Cette crainte... non, cette paranoïa plus que cette peur pourtant bien légitime que l'on veuille retourner contre ce poète d'atours princiers drapé (paradoxe bien insolite pour un artiste que se trouver éveillé dans le corps d'un politicien ambitieux et insidieux!) les attaques et la multitude d'infâmies qu'il avait consciencieusement et assidûment données à l'humanité en une danse folle et enfiévrée de ménade distribuant le vin comme il avait débonnairement laissé ruisseler et projeté la misère et le crime... cette peur le poussait à vouloir préserver l'imprudent enfant qui se reposait de sa lutte et sa création ainsi qu'un nourrisson en sûreté dans les bras de sa mère. Hélas, le turbulent messager appelé à rouvrir les yeux sous le contact chaleureux de l'aube de ses propres dieux préférait continuer de dévorer d'un regard intrigué et avide les gestes soudain fascinants de ce semblable, aussi ensorcellant qu'il était subitement apparu, comme une apparition ou un rêve d'un Morphée ayant soudain pris en pitié le cas du malheureux poète décharné, méconnu et oublié...

Hélas?
Tout dépend... Ne le blesse pas, petit chat, ne zèbre pas cette âme inconsciente d'un sillon déchirant, ne laisse pas à ton passage une plaie sanguinolente et profonde pour marquer la venue de cet antique séraphin déchu...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   04.11.07 20:27

Lente, si lente mutation, comme l'envol laborieux du vaste albatros cloué aux vagues par le trop grand poids de ses ailes. A la manière du gracieux oiseau, le parfumeur peinait à s'extirper de sa gangue de méfiance, et les battements d'ailes hystériques de son esprit survolté ne parvenaient pas à faire décoller son âme qui se traînait juste au-dessus des flots mouvants de la réalité. Il balbutiait, l'inspiré Aramis, désireux de décoller, avide des grands espaces entrevus seulement lorsque les effluves entremêlées de ses fioles lui tournaient la tête. Il voulait le ciel et ses reflets d'abricot, le flamboiement d'un crépuscule de coquelicot, le tourment des vents aquatiques. Et toujours il stagnait près de son point de départ, troublé d'avoir à créer hors de son antre à la parfumerie, son envie de liberté assourdie par la présence d'Ambroise et par l'incohérente menace qu'il avait lu dans ces yeux ambrés. Trop de fois on l'avait interrompu en plein vol, trop souvent les flatteries gluantes d'un noble avaient abrégé le silence de sa jouissance comme si on l'avait abattu d'une balle. Et dans ces cas-là, toute la colère, toutes les morsures du monde ne pouvaient racheter l'horreur et le désespoir du fier vaisseau céleste qui dégringolait loin des cimes enviées.

Pourtant le Mearas ne semblait pas désireux de ruiner son travail. Silencieux et observateur, il avait comme convenu relancé le rondo (nouveaux cumulus dans l'azur), et à présent il se tenait à distance respectable du parfumeur. Toujours occupé à de vides préliminaires qui consistaient à échanger les places de toutes les fioles et récipients présents sur son plan de travail, Aramis observa le doyen à la dérobée, et curieusement il sentit qu'il avait le droit de lui tourner le dos, qu'il pouvait s'autoriser une absence, que son esprit tout tourné vers son royaume multicolore n'aurait pas à souffrir d'un coup de poignard en traître. Il joua nerveusement avec les fioles de myrrhe et d'iris, saisit puis reposa une pipette neuve. Ramena son regard sur ses instruments.

Et sur une envolée musicale, Aramis prit le risque de décoller.

Si n'importe quel être doté d'une sensibilité normale aurait été intéressé, seul un autre artiste aurait pu saisir ce qui se jouait en cet instant où l'orgueilleux éphèbe oubliait ses masques et rancœurs, le temps de porter un flacon entrouvert à ses narines, le temps de fermer les yeux et de trier les sensations qui affluaient comme des images sur l'écran de ses paupières closes. Il était bien là, dans ce riche salon de l'aile des Mearas, il était toujours ce séduisant jeune homme aux vêtements mille fois plus raffinés que l'étaient ses ébats. Mais dans le même temps, comme il était loin... D'autres cieux, d'autres mondes, que déjà enfant il voyait comme une cotonneuse enfilade de nuages. Il passait d'une vision à l'autre, porté par le tapis volant de ses huiles essentielles, servit par ses belles mains enfin dépourvues de gants, sans qui les miracles découlant de son esprit n'auraient pu prendre forme dans le réel. Il se déconnectait de ses doigts, les laissant choisir la bonne fiole, déverser une judicieuse quantité d'odeur dans ses tubes à essai, porter le résultat obtenu à son nez pour que le tapis fasse une nouvelle embardée, qu'il sache vers où voleter, comment corriger, comment sublimer.

Aramis composait, au même titre qu'un musicien imagine un concerto ou qu'un écrivain rédige une nouvelle. Les muscs de castor et de civette, les jus de mousses, la pointe infime de fleur de cerisier étaient les liants qui unissaient tous ses parfums, n'étaient jamais décelés sauf par des nez aussi exceptionnels que le sien, et pourtant étaient aussi indispensables que l'étaient la grammaire ou le solfège. C'était la base qui préparait sa toile, et rien qu'en cet instant, Aramis gagnait déjà sa réputation d'excellent parfumeur: peut importe son degré de beauté et le caractère sublime de ses volutes, une cathédrale ne pouvait se bâtir que sur les fondations érigées par un soigneux architecte.

Mais les narines raffinées du jeune homme ne pouvaient pas tout inventer, et comme un peintre, il se devait de régulièrement se détourner de ses mélanges, de frôler en piqué la surface de la réalité pour recueillir dans ses prunelles l'image de son modèle. Parfois même il risquait une question, aussi précise et décisive que son esprit était lointain; et trop souvent, c'était là que les butors qui lui servaient de clients épaulaient leur carabine, et qu'au lieu de lui répondre d'une unique et respectueuse phrase, ils foudroyaient de leurs insensés bavardages ce magnifique esprit enfin libre.

Et cette fois encore, hélas, l'aérien acrobate heurta le tentacule opportuniste d'un calmar trop proche de la surface, et il quitta son monde adoré pour s'écraser avec une violence rare sur la mouvante matière du tangible.

Ambroise ne lui avait pas parlé, non, il ne le regardait même plus. Il écrivait.

L'incrédulité du parfumeur avait permis à sa partie la plus sombre de reprendre le dessus, et finalement la trajectoire imaginaire de l'artiste ne fut pas tant interrompue par une pieuvre affamée que par un jeune chat vicieux. Oh, comme elle fut vive cette soudaine tentation de faire mal, d'asséner à un autre ce que lui-même détestait subir - car à n'en pas douter, avec ce regard et cette verve, ce n'était pas une simple liste de course que le Mearas rédigeait. Ses mains soudain immobilisées par le manque d'inspiration, son esprit créateur engourdi par cet inattendu spectacle, Aramis sentit son habituel sourire s'épanouir à nouveau sur ses lèvres.

Faire mal, blesser, ulcérer. Il en aurait fallu si peu, une simple phrase, une unique raillerie, et le doyen aurait eu droit à un crash mémorable - car si ce qu'il rédigeait ne pouvait être que médiocre, lui semblait beaucoup y croire. Oh oui, se moquer de l'arrogant politicien, lui ordonner de laisser l'Art aux artistes, et sans attendre se pencher vers lui, griffer sa joue d'une caresse et mordre sa bouche d'un baiser sans sentiments. Des cris outrés, une gifle, se faire congédier par l'amateur meurtri.

Non, non, mieux: faire semblant, minauder, séduire, pour finalement salir d'un crachat l'œuvre qu'on lui présenterait.

Les lèvres de l'odieux éphèbe s'entrouvrirent, son sourire devint un rictus féroce. Et pourtant, nulle insulte ne fut produite par son âme viciée.

Parce que le changement avait été trop brusque, parce que la découverte s'était avérée bien trop inattendue, l'artiste n'avait pas totalement pu oublier ce qui était bon en lui, il n'avait pas eu le temps d'écarter tout cet amour qu'à défaut d'exercer sur les hommes il vouait aux odeurs. Il était tout simplement trop heureux, trop avide de produire ce parfum pour se montrer aussi vil et bas. Il s'amadoua lui-même, avec une hypothétique promesse de remettre ses tortures à plus tard, et le sourire graveleux s'évanouit, et les railleries furent submergée par la joie, la curiosité, le désir. Qu'écrivait-il donc, cet étrange séraphin? Que faisait-il passer sur cette feuille vierge qu'il aurait aimé retrouver dans la production d'Aramis? Mystère, il avait dit mystère... et en effet, quel incompréhensible mystère que ce politicien véreux au regard illisible qui soudain semblait si calme, si beau avec cette plume à la main...

Sans même s'en rendre compte, le parfumeur s'était détourné de son commanditaire, et ses doigts s'activaient de plus belle à présent qu'il pensait avoir compris ce qu'on lui demandait. Il eut la main plus lourde que prévu sur l'iris, mais en cet instant le mélange lui parut très bien, beaucoup plus secret que son idée première. Il ne cherchait plus à retranscrire le premier Ambroise, mais bien celui qu'il venait de surprendre à l'instant. Le tabac, l'ambre gris qui en avait perdu toute son obscène connotation, d'autres mousses vinrent enjoliver l'orientale senteur, qui a ce stade était aussi épaisse et sombre que les iris d'or du doyen. Sans penser de manière consciente aux quantités, Aramis ajouta alors de la lumière à ce magma oppressant, très peu mais placée avec une grande habilité, pour faire deviner l'insoupçonnable. Acidité du verbe, mais aussi fraîcheur enthousiaste avec son précieux kamalanzi, aisance du geste et légèreté du sourire avec les senteurs aérées comme le lotus. Pendant encore une heure l'étrange artiste joua de ses huiles essentielles, rectifiant tel excès, accentuant tel trait, exactement comme un sculpteur égalise son oeuvre par un onctueux ponçage. Et une fois la relecture terminée...


"Ce n'est qu'un premier jet, mais je pense que vous en serez content."

Sa voix lui avait paru croassante tant elle était peu naturelle, et tout en transférant son esquisse dans un ballon soigneusement calfeutré, Aramis se résolut à amerrir. Le ciel s'éloignait, ses narines percevaient à nouveau le banal parfum d'intérieur du salon, la cire qu'on avait utilisée sur le meuble qui lui servait de plan de travail, même l'infime sueur de l'autre être vivant de la pièce, et l'artiste rompu s'effaça avec un soupir, comme toujours humilié de n'avoir su atteindre la perfection, comme rarement heureux d'avoir pu l'approcher. Un peu bancal, l'éphèbe se tourna vers son commanditaire, et pour la première fois de sa vie il hésita réellement sur la marche à suivre. Jamais il n'avait réfléchi avant de parler à quelqu'un, jamais il ne s'était interrogé sur l'utilité de rendre ses paroles blessantes. Mais en cet instant, devant cet homme trop jeune pour les dates, face à son sourire de sphinx et à ses yeux curieux, Aramis ne savait plus que faire - il avait la sensation de menacer d'une lame un enfant désarmé.

Le jeune homme réalisa soudain que si Ambroise n'aimait pas son parfum, il en serait peiné, et son hésitation se transforma en une farouche retraite. Le visage un instant doux et pensif redevint un masque opaque, avec une certaine fureur dans le regard: non, il ne devait pas se laisser émouvoir, jamais! Quel imbécile de se faire aussi facilement piéger! Ce n'était qu'un stupide parvenu, un abrutit de plus qui disait aimer l'Art mais qui n'y connaissait rien! Ses écrits? De la merde, ce ne pouvait être que de la merde!

Alors pourquoi ce timide mais agaçant murmure au fond de lui? Pourquoi cette sensation que justement, c'était tout sauf de la merde? Pourquoi cette espèce d'incompréhensible sensation... ce stupide et haïssable espoir?...


"Merci d'avoir été... de m'avoir laissé exécuter votre commande en paix."

Nouvelle dose de fureur impuissante: il s'était voulu tellement plus méprisant, tellement plus incisif et je m'en foutiste. Il apporta près d'Ambroise le précieux ballon au fond duquel dansait une infime dose de liquide et y plongea l'extrémité d'une bandelette de buvard, se maudissant pour sa bêtise - que se passerait-il si le noble percevait l'importance que ce parfum avait pour le jeune artiste? Il pourrait être méprisant, odieux juste pour le plaisir de l'être, parce qu'évidemment il n'avait pas de nez, que ce n'était qu'un butor, etc...

"Alors monsieur l'esthète, que diriez-vous de renifler?"

Pourvu que cela lui plaise. Dans le cas contraire, Aramis n'aurait plus su quoi faire d'autre que de cacher sa déception derrière une autre crise de diva, et il ne devait recourir à cette honteuse retraite qu'en dernière extrémité. Il ne voulait pas qu'on puisse le toucher au cœur. Personne ne devait jamais le toucher au cœur. Il s'était donné trop de mal pour ne pas en avoir.

"Ca n'ira pas à votre peau sous cette forme, il faudra que je l'ajuste en fonction de votre propre odeur. Car pour aussi beau et soigné que vous paraissiez, monsieur, je suis au regret de vous annoncer que votre corps se parfume tout seul au même titre que celui des gueux."

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Synthèse
* Constellation protectrice *:
* Pouvoir Astral *:
Particularité: Laissez-moi voir... connard suffisant et prétentieux? Habile manipulateur?

MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   04.11.07 21:50

De la souffrance...

Une souffrance intolérable, exquise... En cet instant il haït Aramis plus qu'il n'avait jamais haï personne, plus qu'il ne s'était jamais haï lui-même. Ta salive qui mord... C'était pire, bien pire que cela, bien pire que tout ce qu'il eût jamais resssenti ou imaginé... en-dehors... En-dehors de Sa mort. Son regard n'est plus vert, n'est plus or... Il est douleur. Il est lac aux profondeurs vertigineuses, lac où brûle et irradie la colère, puis où domine la tristesse en une larme aussi poignante qu'amère, aussi redoutable que désespérée... Ne te laisse pas atteindre... Ne te laisse pas toucher... C'est trop tard, tu es né. Trop tard, car la naissance s'accompagne toujours de pleurs et de cris, car la naissance ne se fait pas sans souffrance. Aramis est l'infâme docteur qui l'a arraché à son sublime cocon de douceur, où il était si bien... Il se sentait aimé, protégé, rien ne pouvait l'atteindre, et voici qu'on exposait sa chétive silhouette aux coups, voici que les instrument cisaillaient, découpaient le cordon, l'arrachaient à sa mère... Oh Muses, divines Muses... pourquoi m'avoir rejeté de votre cercle, de votre ronde? Pourquoi m'avoir offert en supplice à cet infâme? Pour me faire goûter au tourment que si longtemps j'ai imposé à mes innombrables victimes... Pitié, ayez un peu de pitié... Mais en as-tu jamais eu, toi? Misérable, tu les as toujours écrasé ceux qui n'attendaient qu'un peu de compassion, de compréhension... Tu les as détruit tous ceux qui imploraient ton pardon! Imploraient... Ils n'avaient rien à se faire pardonner, tu les martyrisais par pure méchanceté! Pourquoi maintenant, pourquoi de façon si brutale, si violente... effrayante dans son intensité.

Il tremble, le poète...
Fébrile, il se lève soudain, il domine ce jeune chat. Ce n'est pas un oisillon maladroit et hésitant, ce n'est pas un colibri fragile, c'est un dragon qui sort de son oeuf, se dépêtre de sa gangue, secoue fièrement sa silhouette reptilienne couverte d'écailles rutilantes pour se défaire des morceaux de coquille qui encombrent encore ses ailes. Il est encore plus puissant, encore plus dangereux que le pauvre et pathétique démon, le perfide roué et retors... Il se fiche bien de qui il va écraser: on a tenté de lui dérober son trésor, ce coeur qui pulse frénétiquement dans son essor. Pauvre petit animal aventureux, tu vas regretter d'avoir voulu t'infiltrer et t'immiscer dans sa caverne de merveilles pour y déposer ta poisse et ton venin... Il s'en fout de te faire du mal, il s'en fout d'oublier les paroles précédentes, celles qui laissaient à peine transparaître cet artiste réfugié, cet artiste caché...


"Vos paroles ne sont qu'ignominies, je ne veux même pas prendre le risque de goûter à vos effluves empoisonnées... On vous disait artiste: je me suis trompé. Un véritable artiste ne saurait être si méprisable, un véritable artiste est sensible... Il est au-dessus des hommes et leur pitoyable maladresse, surtout quand il crée. Rien ne peut l'atteindre, pas même le mépris ou la jalousie... Partez."

Sa voix ne s'est pas élevée... Elle sonne, comme un glas, comme une condamnation, comme un coup d'épée de la part du séraphin qui garde le jardin d'Eden dont Adam et Eve furent chassés... Mais elle appartient à un être humain malgré tout, et elle ne peut s'empêcher de frémir, de rage, d'une colère terrible entremêlée de douleur. C'est un chant, qui lui fait mal alors qu'il s'évade de son coeur même, son coeur qui se serre sous un étau invisible, son coeur qui pulse à une vitesse folle et effrénée...Son âme voudrait tour à tour laisser entendre une mélodie désespérée, le souffle touchant d'un enfant qui en un murmure onirique, délicat et enchanteur voudrait caresser cette sublime âme qui tout comme la sienne s'avilit et s'enrobe de monstrueux et hideux oripeaux qui enlaidissent et salissent sa pureté et sa clarté somptueuse, lui tendre la main et l'entraîner en riant sur d'insouciants chemins tissés de joie, d'espoirs, de songes diaprés un peu fou, cet enfant à l'agonie qui a peur, qui ne comprend pas pourquoi on le frappe, pourquoi on le torture... Et transformer sa musique en une harmonie intense, impérieuse, vengeuse, une harmonie qui arrache de force ses notes à l'univers, le fait ployer sous son ivresse, son désir furieux de recevoir réparation pour le tord qu'on lui a causé en voulant insérer dans ce cocon inacessible une ignoble lame qui le déchire, le perce et en abject reptile s'insinue dans son mirifique jardin. Infecte pourriture, piètre incube qui a réveillé l'effervescent courroux de l'antique créature, impétueuse, impitoyable et formidable. Tu ne l'as tiré de son sommeil que pour subir et encourir son irascible hargne, tu ne l'as éveillé à ta divine ode composée de parfums ennivrants, écrite d'essences tourbillonantes pour ne ressentir que plus amèrement sans doute l'effet de son animosité bouillonante. Ces deux facettes du poète, ne pouvant se démarquer, l'une ne pouvant l'emporter sur l'autre, son timbre se pare de ces accents contraires, de cette plainte de cygne qui expire, cette fleur qui meurt effeuillée mais est heureuse d'avoir pu embaumer un amour innocent de jeune fille, et de cette ardeur embrasée qui voit l'imprudent succomber sous les feux d'Apollon lorsqu'il tente inconsciemment de pénétrer son désert pour découvrir quelque oasis de splendeurs...

Il aurait tant voulu pouvoir adoucir son regard, épargner l'infortuné parfumeur qui se cachait sous l'incube comme lui-même aurait voulu, avait souhaité être épargné... Mais on ne lit dans ce regard à l'éclat indéchiffrable qu'un chaos d'émotions exacerbés, un océan aux courants contraires... Il est toujours perdu le fier doyen. Aurait-il dû se rire de ces piques piteuses et méprisables, risibles au fond, de ce chat qui croit pouvoir feuler, mordre et griffer ainsi qu'un tigre...? Non, son sein et la plaie béante et suintante qui l'écartèle sont à vifs, il ne peut pas mentir, pas maintenant, pas maintenant... Si seulement il n'avait plus jamais à mentir. Mais non! Il est trop tard! Ce monde n'épargne personne, on ne le reconnaîtra pas, ou on lui fera payer ses crimes. Il devra continuer d'user de politesses et de mensonges... Mais pas maintenant.

Maintenant... il veut juste être lui-même. Peu importe les conséquences, peu importe que ce misérable sache quelle âme resplendit derrière l'antique prunelle. Il se rit du danger, il ne craint rien ni personne... Qu'il les écrase ou qu'il se laisse aller à se montrer plus tendre, pardonner ceux qui voudront le supplicier... Il veut cesser de calculer, de penser... Il veut vivre. Mais pas question de se sentir exister en sa présence... Hors de question de laisser cette raclure, cette souillure contempler ce moment où il se sentira exister. Le dragon renvoie d'un souffle moqueur et méprisant dans son indifférence et sa supérioté ce pouilleux félin au pelage si beau en apparence mais qui ne cache qu'une ossature pourrie et décharnée... Il ne laissera pas le spectre de ses mots planer dans cette atmosphère baignée d'indicibles charmes, placée sous la coupe de Morphée qui auréole la pièce de ses intangibles merveilles.

Pourquoi...? Pourquoi noble artiste as-tu laissé transparaître le lamentable et ridicule petit fauve? Tu pensais pouvoir tout contrôler, dominer la situation...? Ne vois-tu pas qu'Ambroise pendant des siècles s'est fourvoyé et a cultivé cette erreur et le cortège d'incroyables et effroyables conséquences qu'elle a engendré...? Ne vois-tu pas que tout cela ne mène à rien... Ne te sens-tu pas si vide et si creux sous ces sourires, de même que l'orgueilleux doyen fut forcé de l'admettre en s'éveillant sous tes baisers sublimes mués en sournoises attaques, insultes perfides... Oh, tu ne t'es pas encore trop aliéné toi, tu es jeune encore... Ne suis pas le même triste chemin aux méandres tracés de boue, aux traîtres remous qu'un feu follet rusé transforme en illusion de paradis de gazouillis fluide d'une fraîche onde limpide orné. Si seulement le généreux enfant pouvait te prévenir, te mettre en garde contre le sentier semé d'embûches et d'ornières... L'écouterais-tu...? L'entendrais-tu seulement...?
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   05.11.07 0:24

Non. Il ne l'entendait pas.

Il serait un doux euphémisme de dire qu'Aramis fut désarçonné, voire effrayé, par l'impensable charge de son aîné. Oh oui, il en tomba de sa selle, le fringant parfumeur, et sa surprise était teintée d'une telle incompréhension qu'elle se mua fugitivement en peur, si vite, si peu, juste assez pour que le maladroit assaillant se rétracte d'un bond, juste assez surtout pour que sa main ramène contre son sein le précieux récipient de verre, réceptacle de l'unique exemplaire d'une oeuvre dont il était fier, que jamais il ne saurait reproduire, enveloppe dont l'extrême fragilité semblait soudain criante face à ce regard assassin, face à la lame de ces mots.

Aramis n'était pas coutumier de la peur. Il ne contrôlait pas tout, loin de là, mais il était d'une telle inconséquence dans ses choix de vie qu'il ne s'en rendait pas compte - et comme tout homme qui côtoie fréquemment le danger le sait, l'insouciance fait le lit des catastrophes. Aramis n'avait pas peur. Sauf là, en cet instant. Parce qu'il ne comprenait pas: qu'avait-il bien pu dire? Ses dernières insultes, il les pensait presque gentilles; elles étaient si minables et chétives que lui-même s'en était voulu de son manque de verve. Et voilà qu'à présent le Mearas sortait de ses gonds, et non pas avec la fureur confuse d'un homme déboussolé, mais comme un monstre sanguinaire qui n'a pas eu sa part de viande. Qu'avait-il fait, l'inexpérimenté Aramis, quelle porte inconnue avait-il ouverte, quel déclic incompréhensible avait-il provoqué derrière ce regard illisible?

Il aurait pu se faire un plaisir d'obéir, l'impudent parfumeur, il aurait pu s'en aller en tout bien tout honneur tellement cet accès de rage blessée le prenait au dépourvu. Pour sûr, Ambroise ne pouvait avoir toute sa tête s'il se fâchait de la sorte pour des piques aussi peu incisives. Et un fou aurait pu briser ses fioles, un fou aurait pu le frapper au visage, exploser le fragile cartilage qui protégeait ses précieuses narines, et réduire d'un geste toute une vie à néant. Oui, Aramis aurait pu partir. Il l'aurait même vraiment fait, sans état d'âme, en se drapant de moqueries et de fausse dignité afin d'enfoncer en cadeau d'adieu le clou involontairement planté dans l'oeil du dragon qui lui faisait face.

Mais la lame du Mearas n'avait pas fait que ricocher sur le masque de vice, et il y avait des insultes que le jeune parfumeur ne se sentait pas disposé à accepter.

Lentement, avec une jouissance extrême, il laissa sa méfiance et son inquiétude s'engloutir dans une profonde, viscérale, fantastique fureur. Il tremblait lui aussi, à présent, et il aurait été bien dangereux de croire que c'était à cause de la peur. Ses doigts crispés allèrent précautionneusement déposer son fragile flacon sur le buffet tout proche, loin du champ de bataille, avant qu'il ne les ramène à son côté, en poing serré au bout de son bras raidit. Oh non, cet imbécile de chaton n'entendait nullement le chant éploré qui se cachait derrière les grondements du dragon, et c'est sans sourciller qu'il arrondit le dos pour darder un crachement venimeux vers l'imposant mufle écailleux. Partez?


"Non."

Le ton d'Aramis n'était pas plus haut que celui de son aîné, mais à entendre les fluctuations de sa voix, ce ne serait pas le cas pendant bien longtemps. Il ne savait plus quoi faire, le jeune débauché, incapable qu'il se trouvait d'accepter sa propre souffrance. Il lui était inadmissible, absolument inadmissible qu'on refusât de seulement sentir l'un de ses parfums - foutredieu, un parfum unique, personnel, pour un être qui avait retenu son attention comme étant unique lui aussi. On pouvait le gifler, lui cracher au visage. On pouvait le droguer, le traîner dans des latrines immondes pour le baiser comme la dernière des catins. On pouvait le traiter de tous les noms, locutions, insultes imaginables, on pouvait lui balancer des oeufs pourris ou briser ses vitres, saccager son bureau et ses appartements. Mais jamais, jamais il ne laisserait qui que ce soit dire du mal de son art.

"Je suppose que je peux de toute manière faire une croix sur mes honoraires, alors je vais être honnête avec vous, tout à fait honnête, sans fard, sans flatterie. Je suis ignoble, soit. Je suis un crétin qui vous a insulté, un crétin tellement stupide qu'il vous a fait péter un câble sans même le vouloir. Mais vous, vous..."

Il sifflait ce "vous", il sonnait comme le feulement d'un petit animal ivre de colère, jeune chat enragé qui fixait son prédateur de ses yeux fous et dardait vers lui ses crocs ruisselants d'une bave moussue. Et le sifflement monta, la voix prit du volume, de la force, tandis que les bras du parfumeur se reculaient comme pour esquisser les coups qu'il mourrait visiblement d'envie d'asséner à cette si belle face de séraphin putréfié.

"Vous osez me dire que je ne suis pas un artiste. Vous osez qualifier mon parfum, mon oeuvre, d'effluves puantes. Mais qu'est-ce qui vous donne le droit de me dire ça? Oh ne répondez pas, je sais: VOUS, vous êtes un artiste, n'est-ce pas? Oui, vous, vous savez si bien vous détacher de toute cette vilénie humaine, vous ignorez si bien le mépris et la rancoeur... Oh... oh mais mince alors, pourquoi cette crise d'hystérie pour quelques uns de mes mots, dans ce cas? Diable, ne seriez-vous pas digne de votre propre définition?"

Et soudain le trop jeune animal perdit ce qui lui restait de prudence. Il jaillit, griffes en avant, dents découvertes dans la visible intention de découper en tranche le monstre pourtant mille fois plus gros que lui.

"Tu n'es qu'un pauvre con enlisé dans ta richesse et ta suffisance, Ambroise de Mearas. Tu exiges le respect et la reconnaissance, tu frémis quand on insulte un poète mort depuis des siècles, et tu oses, tu oses, espèce d'enfoiré, me taxer d'imposteur?! Tu n'as même pas senti ce que j'ai fait, tu n'as même pas daigné voir ce que j'avais créé pour sublimer ta misérable carcasse!"

A cet instant précis on put entendre comme un vague écho, à peine un tremblement, à peine un frémissement dans la voix d'Aramis. Un message de ce qui, comme dans le chant du doyen, se cachait derrière cette hargne. La muette et infinie douleur d'un enfant qui voit son dessin déchiré, le supplice d'un coeur atrophié qui se voit rejeté, toujours rejeté. Les pleurs sans fin d'un être qui ne savait pas, n'avait jamais su aller vers les autres, et qui les rares fois où il essayait ne récoltait que coups et railleries.

Il n'avait même pas senti... il n'avait même pas voulu sentir ce qu'il avait fait... Il s'était écarté du buvard comme on recule face à une merde sur le trottoir, comme on renâcle en face d'un pestiféré qui pourrit de l'intérieur. Il n'avait même pas essayé...

Sa mère aussi s'écartait de lui comme ça, lorsque par accident il lui arrivait de la toucher.


"Tu m'insultes, tu me fiches à la porte. Mais grande nouvelle, je ne pars pas: tu m'as déjà fait venir comme un chien, je ne t'obéirai pas comme un chien. J'ai fait ce parfum pour toi, uniquement pour toi, pour ce que j'ai cru voir quand tu as pris ta plume tout à l'heure. Je suis le meilleur pour ça, tu entends, le meilleur! Et toi tu me craches à la gueule?"

Et juste avant que sa voix ne s'envole dans les aïgus, juste avant qu'il ne s'affiche comme étant vraiment hors de lui, le jeune homme changea d'expression. Son visage crispé par la colère afficha une moue de mépris et de dégoût, si bien, si vite, qu'il fut absolument impossible de voir derrière ce changement de masque le parfumeur qui pleurait sur ses exploits souillés.

"Tu n'es pas un artiste. Pas besoin de lire ce que tu as écris, là-bas, pour le savoir. Tu insultes les nobles, tu insultes ceux qui les servent. Mais ton orgueil et ta connerie te rend pire qu'eux, pire que moi."

Oh non, il n'avait rien entendu.

"Tu es un minable, monsieur de Mearas."

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   06.11.07 16:50

Partez...
Partez...

Je t'en prie, je t'en supplie... Ne vois-tu pas que ces tremblement ne sont que le reflet de mes pleurs, ne sont que le reflet de ma hargne face à la peur, la terreur...? Pourquoi me déchires-tu, salaud, ignoble salaud...? Tu salis mon trésor, l'oeuf d'or où sommeille encor mon bel enfant dont tu es pourtant le père... Il était chez lui, cette pièce, c'était son cocon, auparavant macabre où se tissait les plus machiavéliques vilenies, c'était SON univers de merveilles... Le sien! Il n'appartenait à personne de s'y imposer! Personne! Je ne veux pas... Je ne veux pas faire surgir Ambroise.. Je ne veux pas, je ne veux plus te souiller, t'humilier... te briser. Alors pourquoi le fais-tu toi? Tout ce venin, tout ce crachat, cette bile, cette fange... Rien n'aurait dû l'atteindre! Fou, pauvre fou! Pourquoi t'es-tu éveillé, pourquoi as-tu abandonné en muant cette chétive et piteuse carcasse où sommeillait le noble animal, pourquoi n'es-tu pas resté dans ton rôle, si étroit mais si confortable où le danger ne pouvait exister...? Pourquoi...?

Ambrosio domine l'imprudent animal... et soudain il sourit. Sa fureur se transforme en une joie exultante. Déjà il lui semble pressentir la victoire. Il ne sait rien, il ne connaît rien!!! Cet orgueilleux petit chaton qui croit pouvoir impunément le défier... Ambroise aurait pu s'éveiller à l'énoncé de son prénom, mais le poète sait que son plus grand ennemi, le plus effroyable danger, c'est ce masque de duplicité.


"Restez ici, disposez de ce boudoir comme il vous plaira si vous y tenez! Toute cette richesse, je vous la laisse... Je ne mérite pas ce parfum si vous pensez réellement tout ce qui vient de franchir vos lèvres. Pour ma part, je m'en vais prendre ma "misérable carcasse" pour la traîner plus loin."

S'emparant de son texte, l'antique messager des dieux alla chercher son long manteau noir, bien décidé à quitter ce nid qu'Aramis tenait à souiller de ses insultes et ses provocations incessantes. Et il comprit enfin: il y avait sans doute un fond de vérité dans les propos de cet artiste infortuné... Il pouvait se débarasser de tout ce luxe, peu lui importait la misère: son véritable trésor, il le tenait dans ses mains frêles et pâles, tout ce qu'il pouvait receler de véritablement précieux, de sublime, de profond... il l'emporterait partout, il l'emporterait toujours tant qu'il ne recommençait à aliéner son âme, étouffer sa sensibilité ainsi qu'un père criminel s'empare d'un innocent édredon pour le transformer en objet de son crime en l'apposant sur le visage de son enfant et en appuyant, encore et encore... encore plus fort, toujours plus fort, jusqu'à ce que les cris et les gémissements atténués ne franchissent plus l'épaisseur cotonneuse.

Mais si ce poème, c'était sa fortune, sa splendeur et son enchantement... Alors cela signifiait que ce parfum... ce parfum... c'était une féérie, tout un songe créé pour lui par l'artiste mésestimé... C'était un écho ensorcellant qu'il avait refusé, qu'il avait préféré ne point écouter... Il avait tout détruit, dans son refus d'entendre les premiers balbutiements timides mais si beaux de ce qui sommeillait sous ce sein, tout comme le sien si peu habitué à se révéler...

La honte le prit comme un soufflet vengeur, et il lui sembla pendant un instant qu'il était prêt à suffoquer comme un chien qu'on égorge, l'enfant jeta un regard accusateur mêlé de pitié au dragon qui dans son courroux mêlé de détresse n'avait point su épargner l'ombre qui laissait à peine dévoiler qu'il n'avait point face à lui un félin empressé à le voler et le déshonorer mais un semblable... un véritable semblable. A avoir voulu vivre, sentir son coeur pulser, il l'avait fouetté jusqu'au sang pour l'entraîner toujours plus vite dans sa cavalcade effrénée, et pris dans son vol démentiel, la puissante créature s'était élancée vers le ciel sans songer aux dégats qu'elle pourrait causer dans son élan inconsidéré. Baissant les yeux sur la poignée de la porte qu'il avait saisie, son regard voilé sembla retrouver sa lumineuse clarté alors qu'il le ramenait vers ce malheureux qu'il avait blessé. Il ne comprenait pas... Pourquoi... ? Pourquoi les mots s'étaient-ils abattus sur lui, sans concession, cherchant à le laminer, le lapider comme la plèbe abrutie et stupide voulut le faire pour la femme adultère... Mais tout cela importait peu. Ses injures, son affront... tout cela était si vide, si creux... si piteux. Ce qui était important, c'était ce qu'il avouait, ce qu'il confessait sans même sans doute s'en rendre compte... Soudain le poète songea qu'il avait eu raison sans même le savoir: il ne méritait pas ce parfum...

Il resserra les doigts autour de la feuille où ses mots s'étaient déposés comme une mélodie intense, poignante et sincèrement émouvante... Ils y tournoyaient en un chaos indescriptible, un chaos imprescriptible, chantaient à la fois la beauté du monde et la douleur de ne savoir, de ne pouvoir y vivre... comme il l'aurait voulu, comme il l'aurait souhaité... C'était à la fois la complainte d'un spectre qui ne prend conscience, hélas que trop tard! de cette création somptueuse qu'est l'univers qu'il a entraîné dans sa décadence, et la volonté furieuse de se réparer, se racheter, et enfin s'y épanouir et avec extase y évoluer... C'était le reflet de ce doute, ce dilemne cornélien qui le tenaillait, le déchirait... réaposer son masque et continuer de manipuler les autres pour ne pas perdre puissance, pouvoir, confort... ou comploter et guider subtilement et sournoisement les nobles afin qu'ils finissent par aider leurs frères dans la pauvreté. C'était également un espoir, un désir, viscéral, profond qui miroitait sous la surface de ce lac étrange et changeant: l'envie inconsciente et imprudente de tout envoyer ballader, de dévoiler le magicien du Verbe, d'être reconnu en tant que serviteur des Muses, faire passer leur divin message...

Il semblait vouloir protéger ce calice fragile, comme Aramis avait agi en déposant plus loin son parfum... Et pourtant, voilà que l'enfant se révélait, apaisait le dragon et le faisait se ployer, s'incliner devant le véritable hôte, bienvenu lui, malgré le chat qui le masquait.


"Je suis désolé... Je ne sais ce que vous voudrez recevoir en compensation de cette offense... Même si rien certainement ne saurait réparer le tord que je vous ai causé. Prenez ce que vous voudrez."

Ses iris ne peuvent rester plus longtemps posés sur l'être qu'il a offensé, déjà il se détourne et enclenche la poignée... Il veut s'envoler, loin, très loin... vers un ciel azuré, ce ciel que par sa faute tant de malheureux n'ont jamais pu contempler... Il veut se réfugier dans l'univers que son grand-père l'aidât à tisser, se recueillir, se faire pardonner et rendre ses respects à la mémoire de son aîné... enfin convenablement l'honorer en respectant ses enseignements et sa volonté.
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   10.11.07 15:57

Lâche. Foutu lâche qui riait, se moquait des insultes du parfumeur bafoué, se détournait comme par mépris pour l'envie de meurtre qui rayonnait à travers les yeux d'Aramis. Prendre ce qu'il voulait? Mais qu'est-ce qu'il en avait à foutre, de tout ce luxe? Il se vendait pour n'importe quoi, mais ce que son nez lui permettait de produire n'aurait su être ramené à quelque chose d'aussi lamentable, d'aussi puant que l'argent! Connard, tu crois que tu peux tout acheter, tout te permettre?!

Jamais l'inconstant jeune homme n'avait éprouvé une telle haîne, jamais il n'avait eu à ce point envie de frapper, de mordre et griffer comme le félidé hystérique dont il copiait le comportement. Pourtant il ne bougea pas lorsque le Mearas se saisit de ses écrits et de son manteau, il ne bougea pas en le voyant prendre la direction de la porte. Car si l'insidieux éphèbe était furieux, il était surtout fou de douleur, et c'était une sensation tellement inédite qu'elle lui coupait les jambes.

Il avait espéré qu'Ambroise le frappe. La violence physique serait devenue un aveu de faiblesse, elle aurait permis à l'artiste bafoué de ramasser les débris de son orgueil souvent blessé, pour la première fois brisé, et de se retrancher dans sa tanière pour lécher ses plaies. Mais ce sourire arrogant, cette réplique insolente, ce regard méprisant l'avaient privé de sa compensation, ils avaient réduit en poussière ce qui aurait pu être reconstitué, ne laissant derrière eux qu'une vaine colère et un insondable chagrin.

Muette, intense souffrance. On s'était déjà moqué de lui, on l'avait pris pour un simple objet de désir ou un animal savant, parfois même l'un de ces nobles insipides avait osé dire que ses parfums étaient médiocres. Aramis avait alors cru connaître la pire peine dont son coeur atrophié fût capable, et ses mots hargneux s'étaient faits flèches pour le venger. Mais là, en cet instant cauchemardesque, il se trouvait pour la première fois de sa vie sans ressources, incapable dans son inexpérience de comprendre pourquoi ses insultes restaient sans effet, pourquoi le dédain d'Ambroise l'humiliait à ce point. Il restait pétrifié, ses prunelles bois de rose voilées du double rideau de ses larmes rageuses et déçues, glacé d'effroi face à l'absence total de logique de sa triste situation. Pourquoi, mais pourquoi grands dieux le doyen des Mearas n'avait-il même pas essayé de sentir son parfum? C'était inconcevable. D'habitude, on ne refusait ses oeuvres qu'après les avoir goûtées, écoutées, vues. Qualifier sa création d'effluves nauséabondes sans même l'avoir portée à son nez, c'était conspuer un livre que l'on n'avait pas lu, dont on n'avait même pas vu la couverture, c'était... c'était tellement stupide et bas qu'Aramis ne parvenait même pas à l'envisager comme une réalité. Surtout venant d'Ambroise, qu'il avait cru tellement autre, tellement...

Le noble eut pour lui un regard que le parfumeur s'efforça de soutenir en n'exprimant sur son visage que mépris et colère, avec un effort désespéré pour dissimuler l'abîme que ce refus avait ouvert en lui. Il aurait voulu continuer à cracher et persifler, même si c'était creux et vain, juste pour dire quelque chose, relativiser l'affront. Mais sa rancoeur, aussi vive soit-elle, était pour une fois submergée. Déception, incompréhension, agonie pour l'enfant qui venait de voir son oeuvre déchirée et sanctionnée d'une gifle alors que celui pour qui elle était faite n'avait même pas daigné y poser un regard. Celui qui le fixait de ses yeux d'or troublés, incohérents, des yeux qui semblait déverser du sel dans les chairs à vif de l'artiste méprisé.

Il en devenait fou, Aramis, confronté qu'il était par le séraphique Janus à sa propre dualité. Toujours en lui le parfumeur s'était éclipsé quand l'ingérable débauché prenait les commandes, et jamais il n'avait été handicapé dans sa violence par la sensibilité qui explosait dans ses parfums de génie comme rendue plus forte par son étouffement. Pour Ambroise il n'aurait dû éprouver que haîne et dégoût, désir bestial de s'approprier ce si bel homme pour ensuite le rejeter comme un déchet putréfié. Alors pourquoi son âme saignait-elle de la sorte pour un refus, pourquoi un sourire victorieux lui avait-il pareillement déchiré les entrailles?

Et voilà l'odieux personnage qui paraissait s'excuser, qui voulait fuir, avec ses écrits et ses réponses.

En une seconde Aramis traversa la pièce, et sa main dépourvue de gant se porta sur la porte entrouverte pour la faire claquer - heureusement pour lui, le destin était de son côté et le battant s'ouvrait vers l'intérieur. Le parfumeur pesa de tout son poids sur l'issue ainsi condamnée, ses yeux badigeonnés de hargne dévorant le profil du lâche agresseur. Le félidé était meurtri, blessé, déboussolé par cet artiste caché qui derrière-lui hurlait de désespoir. Mais il pouvait encore mordre.


"Parce que vous pensez pouvoir vous défiler aussi facilement?"

Ah, il se trahissait, l'éphèbe, et pour furieux qu'il fût c'était trop tard: il était revenu au vouvoiement, dévoilant sans le vouloir la colère qui reculait, la souffrance qui l'envahissait. Reprends-toi, pauvre fou, retourne te terrer là où même Aramis ne sait pas que tu existes, laisse le petit fauve parler pour toi, être méchant, être vile. "Si vous aimez les garçons, je suis sûr qu'on peut s'arranger." Oui oui, dis-le lui, puis embrasse-le, dévore ces lèvres qui te font envie, frappe et caresse ce corps inconnu. Cherche comment le ruiner aussi bien qu'il t'a brisé, comment lui prendre ce qu'il ne voudra jamais te donner. Attrape ces feuilles qu'il sert dans son poing, et...

Oh non, non, il ne pouvait pas les déchirer - bref éclat d'horreur dans un esprit autrement sans scrupules. Il avait eu si peur, l'instant d'avant, que la colère du Mearas ne brise son propre enfant, il s'était vu avec une terrible exactitude livré au vide, au deuil, à cette perte de soi si atroce qu'on ne pouvait l'envisager que pour l'avoir vécue. C'était trop récent, trop poignant pour qu'il ose envisager une sanction aussi effroyable. Cracher sur le texte, oui. Le détruire...

Alors drague-le, sois mielleux, redeviens catin, qu'il t'attaque enfin sur un domaine où tu es impossible à blesser. S'il est complètement hétéro, tu t'en tireras avec une raclée et/ou tu précipiteras sa fuite, ce qui dans les deux cas t'accordera un mince lambeau de victoire. S'il dit oui...

S'il disait oui...

Eclat, lumière, souffle qui se coupe. Quel choc soudain pour le jeune homme de découvrir que, comme il avait voulu que son parfum plaise, il espérait plaire. Qu'il ne désirait pas tant voler un baiser que d'en recevoir un, qu'il avait envie de cet étrange séraphin sans âge pas seulement pour ses traits délicats et sa chemise entrouverte, mais aussi à cause de ce qu'il avait vu, de ce qu'il avait lu sur son visage en le voyant écrire, rédiger ces quelques pages que loin en lui il mourrait d'envie de lire.

Nom de Dieu Aramis Lekain, remballe-moi ces conneries tout de suite! Tu cherches à tomber amoureux ou quoi, espèce d'inconscient?! Laisse-moi le mordre, laisse-moi l'éloigner de nous, avant que cela ne devienne encore plus ingérable que ça ne l'est.


"Moi je sais ce qui pourrait me rembourser. Au moins en partie."

Un sourire, pâle, dangereux, un tantinet dérangé. Et soudain, au dernier moment, l'artiste envoya un coup de pied à l'hargneux félin, dont le rugissement outré ne passa nullement les lèvres du parfumeur.

Au contraire. Bien au contraire. Si la voix resta atone, les mots furent éloquents.


"Ce parfum est le vôtre. Même si vous vous en foutez, même si ça me dégoûte, vous êtes le seul à pouvoir le porter. Alors vous allez assumer, pour une fois, monsieur le noble, et vous allez sentir ce que j'ai fait pour vous. Sans doute qu'il ne vous plaira pas, car visiblement je me suis lourdement trompé sur votre véritable nature. Mais si vous êtes réellement l'artiste que vous pensez être, j'ose espérer que vous prendrez un minimum conscience de l'injure que vous venez de me faire. Après..."

Après peut-être qu'on baisera, et de toute façon je deviendrai ton pire cauchemar.

Après peut-être que tu me feras mentir, et que tu me laisseras lire ce que tu as fait.


"Après, on reparlera de dédommagement."

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   10.11.07 18:37

Pourquoi...?
Pourquoi ce reflet me fait-il si mal...? Pourquoi mon coeur se serre...? Ta salive qui mord, Dolorida je meurs... tout se mélange, tout n'est que douleur confuse, son esprit lui échappe, les mots s'entremêlent, l'hypnotisent... captif, ensorcellé, seul, si seul... dans sa haute tour d'ivoire construite à la faveur de lyriques aurores, de poésie, de songes... Le dragon garde la princesse, la princesse qui vient de s'éveiller sous les baisers de ce prince aussi chaotique... Le masque, lentement, a glissé de tes doigts décharnés, lentement la lanière qui retient le cuir s'est décrochée, t'a échappée... Lentement la feuille tombe, comme un pétale de rose sur la tombe, comme la caresse, comme la promesse d'un baiser offert sous des cerisiers en fleurs... Pourquoi est-il si près... si proche...? Et pourquoi as-tu peur soudain de cet artiste qui a su parvenir jusqu'aux voiles qui du noir de la souffrance et du deuil viennent d'abandonner les sombres couleurs, le ténébreux étendard au sinistre blason, pour revêtir le blanc du rêve et de l'espoir...? Osera-t-il aller jusqu'au bout, soulever la gaze du tissu et t'enfermer, prisonnier, en un baiser, dans son coeur inconnu... son coeur méconnu...

Pourquoi...
Pourquoi cela fait-il si mal...? Si seulement tu pouvais pleurer... En es-tu seulement encore capable? La tristesse annihile toute raison, toute autre émotion... Les mots t'échappent également, ils t'échappent encore, comme ceux qui viennent de tomber au sol...


"Qu'est-ce qu'un artiste...? Je ne suis pas noble, je n'ai plus assez de dégoût de moi-même pour continuer ce jeu... Une âme véritablement noble, celle que les Muses choisissent pour offrir au monde leurs créations... En ai-je seulement une? Liriez-vous ces mots, vous vous ririez certainement de moi... Mais ce n'est pas grave n'est-ce pas...? Un peu plus, un peu moins brisé... qu'est-ce que cela peut bien faire que de réduire en une poudre fine qui s'évapore et se disperse au gré des vents des éclats déjà épars...? J'avais cru que vous m'étiez semblable... Le seul depuis une éternité... Mais vous changez si vite de costume et de rôle..."

Sa voix tremble, sa voix se brise... Il paraît à la fois si las et si intensément vivant... Cela l'épuise peut-être de recommencer à sentir, redevenir maître de son corps et son âme...? Sa pensée est nue, démunie... Il craint ce double, il craint de devoir faire reparaître Ambroise.... Pitié, je ne veux pas, je ne veux plus... Laisse-moi être tantôt princesse, tantôt dragon, peut-être un peu sage, peut-être un peu fou... mais laisse-moi être moi. Ne me force pas à le faire ressurgir, à me trahir... à te trahir.

"Je veux vous faire confiance... Même si je ne suis pas digne de votre création, même si je vous dégoûte."

Son corps, subissant le joug éclos au jour de ses passions, ses sensations et sentiments exacerbés, entremêlés... son corps tremble tel une plume laissée fragile et impuissante à la fureur et au fracas de l'orage... Sa prunelle semble briller d'un éclat insensé alors qu'il fixe cet éphèbe qui est si proche, tellement proche... trop proche. Est-ce un danger, est-ce une délivrance qui l'attend et lui entrouvres les bras, un murmure enchanteur, un baiser salvateur pour la belle au bois dormant...? Ah, cruel... Tu me déchires, tu me tues... Son esprit vacille alors qu'il se voit embrasser ce somptueux, ce merveilleux... Il voudrait tant.. L'effleurer, goûter à ses lèvres mêmes la saveur de son venin, son elixir, son poison et son ambroisie...

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
- C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.


Fourbe, ignoble fourbe, pourquoi refuses-tu de lui céder le passage qui mène à ses contrées oniriques, ses contrées enchanteresse.. Mais non, ce n'est pas lui, c'est toi le perfide... toi qui sali tant de lèvres pures, toi qui souilla de tes étreintes dégénérées, avides de cette innocence déchue, tant de jouvencelles perdues... tant de jouvencelles éperdues. Toi enfin qui en viola certaines pour ne laisser en toute compensation qu'un fils où se reflétait dans des traits androgynes le père abhoré, un fils à haïr... un fils à adorer.

C'est l'un d'entre eux qui te fait face, qui te rappelle à quel point tu pouvais être écartelé et déchiré au départ quand Ambrosio corrompu laissa la place à un Ambroise imbu... C'est bien un Mearas, tout aussi tourmenté, tout aussi torturé... Ce reflet qui t'effraye et te fascine... Laisse-moi, enlace-moi... Non, que se passe-t-il, je deviens fou...? Si seulement...


[Désolé, c'est piteux...
Bref, nouvelle référence: "Apparition" de Mallarmé, que je ne saurais trop vous conseiller...]
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   11.11.07 21:31

Incompréhension. En Aramis, le chat teigneux lui-même semblait décontenancé: il n'avait pas pour habitude de voir les flammes d'un dragon devenir si brusquement les larmes d'un rossignol... Il refusait de reculer, l'incisif parfumeur, mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Tant d'incompréhension achevait les restes de sa fureur, les étouffait consciencieusement pour les ensevelir avec promptitude, et ne laisser sur leur tombe que quelques fleurs de rancoeur. Puis l'incompréhension se faisait malaise, appréhension. Et même si Aramis n'était pas prêt de l'admettre, envie de savoir.

L'éphèbe émit un bref rire, assourdi, qui sans doute s'était voulu moqueur mais qui en pratique ne témoignait que de son incrédulité.


"Qu'est-ce que vous me faites, là?... Et c'est vous qui parlez de changer trop vite de costume?"

Les mots auraient pu être blessants, mais le ton qui les véhiculait avait perdu toute sa violence. Aramis tournait autour de cette âme déchue, de ce Mearas presque en pleurs, comme un jeune fauve décontenancé par la crise cardiaque qui vient de foudroyer la proie qu'il coursait. Il n'en parvenait même plus à le frapper de ses mots vengeurs. Encore une fois la conduite d'Ambroise l'avait abasourdi, transgressant tous ses repères, ignorant toutes ses prévisions. Peut-être le noble ne comprenait-il rien à l'attitude du parfumeur; la réciproque, en tout cas, était vraie.

Néanmoins, un démon ne peux troquer si vite la lugubre dentelle de ses ailes de chauve-souris pour la soie de plumes blanches. La révélation d'Ambrosio à travers Ambroise était le résultat d'un long, si long chemin... alors qu'Aramis n'était qu'au début du sentier, à l'orée de la noire forêt dans laquelle son mépris chronique l'engageait, trop tôt pour qu'il se rendît compte du chaos vers lequel il s'avançait, trop tard pour que sa dualité ne lui ait pas explosé au visage, l'aveuglant et l'empêchant de faire demi-tour. Il n'aurait su se montrer gentil, confiant. Il n'aurait su poser une main amicale sur cette épaule frémissante.

Le mieux dont il semblait capable, c'était d'émousser ses piques pour en faire presque les marques d'une maladroite attention.

Le doyen tourna vers lui les étincelles de ses iris, et si l'aliénation, l'hésitation viscérale qu'on y lisait aurait troublé n'importe qui, ce ne fut cependant pas une sensation de peur qui dévala en un tremblement la colonne vertébrale d'Aramis. Ce regard si souffreteux, cette lueur pourtant si sauvage, si entière, semblaient se glisser en lui comme les prémisses évocateurs d'une chaleur plus entière, plus animale. Une émotion qui mordait ses reins avec vigueur, mais surtout une envie qui oppressait un jeune coeur jusque là considéré comme inexistant.

Comme ils se ressemblaient en cet instant, ces deux êtres androgynes qui se fixaient, avides de se jeter sur l'autre, terrifiés que ce ne soit pas uniquement pour profiter de lui. Comme ils étaient semblables, avec cette ridicule poignée d'années qui paraissait les séparer, si semblables qu'on aurait pu y voir des frères. Même eux se seraient douté de quelque chose, si un inopportun témoin avait pu les photographier et les confronter à leur commun reflet.

Mais il n'y avait qu'eux. Le volage Mearas et son engeance maudite. L'infortuné poète et le parfumeur déçu. Et pas plus que quiconque ils ne savaient l'aspect qu'ils présentaient aux autres, cette apparence qu'un miroir n'aurait su renvoyer qu'aplatie et déformée. Sans valeur.

Les mains d'Aramis filèrent plus qu'elle ne se déplacèrent, enserrant la mâchoire de son vis à vis pour lui bloquer la tête tandis que son visage se précipitait vers le sien, semblait prêt à lui dévorer les lèvres, à lui embrasser le coeur. Puis arrêt. Si proche, si proche que leurs nez se frôlaient, et qu'Aramis pouvait enfin sentir la fragrance d'Ambroise, sa sueur, sa peur, sa violence... son désir?...


"Vous allez faire ce que je vous ai demandé de faire..."

Combien de fois avait-il joué à ce petit jeu avec ses amants? Voir leurs yeux s'agrandir, leur bouche s'entrouvrir, impatients qu'il aille plus loin. Et toujours il reculait, cette fois comme les autres. Mais d'habitude il souriait. D'habitude, il n'avait pas la détestable impression que ce qu'il faisait était honteux.

Dissimulant son trouble derrière un masque de neutralité, Aramis étendit le bras pour désigner le fragile ballon de verre, toujours posé bien en évidence sur le buffet, à quelques mètres de là.


"Faites-le. Après, je vous laisserai peut-être un moment pour vous apitoyer sur vous-même."

Et pour l'amour du ciel, arrête de me parler de semblable... arrête de me regarder comme ça...

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   17.11.07 14:09

M'apitoyer sur moi-même....?
Non... nulle pitié pour son coeur malmené. Pourquoi le plaindre alors que sa pulsation, cette pulsation qui pourtant le ravage est si belle...? Pourquoi se sentir misérable? "Ce n'est pas moi qui suis misérable" semblent hurler, semblent clamer ses yeux en un cri, en un regard qui fend et transperce les chairs. Ce n'était pas lui qui avait besoin d'arriver à de telles extrêmités, jouer et continuer de s'enliser, toujours plus loin au fond de cette fange faîte de débauche, de mains tendues qui l'agrippent, l'entraînent dans cette mer houleuse de corps, de râles qui se confondent...


"Je le ferais mais non pas parce que vous l'ordonnez... Je le ferais car il semblait que ce soit important à vos yeux."

L'enfant s'est caché derrière le terrible animal aux iris qui ainsi qu'un miroitant reflet capture, captive... foudroie. Pleure et gémit au fond de ce sein pâle qui s'éveille, créature intemporelle, étrange petit ange... Oh, comme il s'est fourvoyé le doyen! Ses émois trop puissants, trop pregnants l'aveuglent et le rendent sourd à cette ligne de basse qui guide le chant du soprano et représente la fondation de ce mystérieux morceau qui ne cesse de changer de couleur, de teintes, de nuances... Qu'as-tu fait pauvre fou?! Prendre le risque de te laisser blesser par un vulgaire petit chat...

Vulgaire...?

S'il l'était vraiment, capterais-tu en un écho sourd comme un incroyable dégoût de lui-même...?

Le poète repousse doucement le parfumeur, comme le vent en jouant dans le feuillage trouble un instant son apparente force immobile, dérange ses rameaux sensibles pour toucher d'une caresse la nymphe endormie dans les méandres d'écorce, sang de sève paisible qui remue sous les baisers humides de la pluie. Songeur, il ramasse ses feuillets et va les déposer à côté des vers tellement plus beaux, autrement plus sublimes que De Vigny fit éclore en châtoyants volatiles, papillons qui en une danse aussi somptueuse que complexe se font symbole entremêlé d'éphémère et d'éternité.

Il a peur... si peur qu'on le saisisse, qu'on le capture... qu'on le salisse, ainsi qu'un poisson aux nageoires de voiles et écailles de milles couleurs qui n'en porte plus qu'une, cruelle, violente... douloureuse, lorsqu'on l'éventre afin de nourrir de sa superbe carcasse devenue piteuse quelque pauvre hère affamé. Il a si peur soudain que cet être dangereux s'approche, puisse goûter aux effluves de son essence débordante et qui ne saurait plus être contenue par le réceptacle évaporé, le délicat et tortueux flacon fracassé.

Il ne peut plus s'empêcher de frissoner le malheureux, comme l'instant frémissant qui s'étire ou s'endort sous les voiles lointains, la mélodie enchanteresse du crépuscule ou de l'aurore. Chaque pas fait sur ce chemin incertain le conduit plus loin... toujours plus loin sur une route qu'il parcourt en aveugle, tel un Oedipe chevauchant son destrier d'espoirs et de regrets... Ah, l'instant fatal où il se saisit de l'urne qui contient l'ode créée par ce terrible magicien des sens! Lentement, comme si ce geste devait signer sa rédemption ou sa perte, il débouche la fragile bouteille de verre, et tout aussi lentement respire les fragrances échappées comme autant d'aériens et onirique esprits qui en vous ensorcellant attrapent votre main et vous conduisent au féérique pays des songes dont l'on ne revient pas. Et soudain il blêmit le fier, l'antique dragon, son teint déjà pâle se fait plus diaphane encore, et l'enfant découvert au fond de son refuge ne sait s'il doit se réjouir de l'arrivée de l'inconnu ou bien le craindre. Statue de marbre dont aucun sillon ne vient même colorer les joues, le poète se tourne vers ce damné sorcier, ce magnifique enchanteur... et alors qu'en une multitude d'étoiles l'éclat de sa prunelle tantôt vacille ainsi qu'une bougie sous le jeu du zéphyr facétieux tantôt resplendit et troue de sa lumière bienfaitrice l'opaque rideau d'ombre et éclaire le fond de cette forêt d'émeraude pour y déposer un reflet de vitrail sur ce sanctuaire sacré d'une mystique nature, l'autel abandonné de ce coeur oublié soudain allume des feux des astres et brille paré de lierre et de fleurs changeantes.


"Vous voulez donc me révéler...?"

Es-ce une question...? L'intonation ne permet pas de le percevoir clairement. La musique semble figer ce moment où le peuple de la forêt s'approche de ce temple flamboyant pour y laisser en trésors de sensibilité leurs offrandes parfumées. Avec une précaution et un respect quasi-religieux, le messager de cette flore et cette faune si longtemps endormies dépose le calice où repose le liquide sortilège pour se tourner complètement vers ce jeune éphèbe qu'il ne comprend pas ou si peu...

"Pourquoi...?
Jamais aucune fortune ne saurait assez récompenser votre oeuvre... Il vous faudrait tellement plus... des trésors tellement plus dignes de votre art... ce que vous laissez entrevoir, ce que vous exprimez..."

Il fixe son fils et l'admiration semble le disputer à l'incompréhension. Pourquoi encenser en une mélodie aussi complexe, subtile et florissante un noble que l'on exècre...? Pourquoi ce... presque cet aveu? Ce conte mirifique dont les méandres en labyrinthiques volutes le perdent dans leurs fragrances ouatées, doigts de fées qui d'un effleurement léger dépouille la rose de ses trompeurs pétales pour en révéler le coeur et la défaire de ses épines... Etait-il donc à la merci de cet artiste qui depuis qu'il était entré dans cette pièce n'avait presque cessé de le laminer de ses mots, heurter son âme qui, bien que centenaire n'en gardait pas moins étonnament une forme d'innocence, de naïveté, de chasteté jugée peut-être pudibonde?

Si Ambroise avait été encore présent, il aurait été intouchable! Si lisse qu'aucune prise ni accroc ne se présente dans cette mouvante toile pour en déchirer cette façade, fluctuante aquarelle, et en révéler le motif initial... Le poète, s'il était tellement plus noble, tellement plus fort, était aussi paradoxalement plus facilement accessible car ouvert au monde et la foule diversifiée qui le parcourait et s'ingéniait tout aussi bien à le souiller qu'à le sublimer... Ambrosio, c'était le risque d'être brisé, en une fresque amère, un océan de larmes...

Mais pourquoi bon dieu?! Pourquoi s'était-il autant approché, jusqu'à près sentir leurs lèvres se frôler... En y repensant, le doyen songea combien il aurait aimé mordre dans ce fruit tentateur, duveté et rosé... happer cette bouche, y fondre la sienne.. l'embrasser. Mais quelque chose l'en avait empêché. Un ressenti, une intuition qui lui soufflait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, comme une impression imminente de danger qui avait incité le dragon à voler vers le fragile récipient réceptacle d'un rêve...

Etait-il donc vraiment ainsi...? Etait-il vraiment si...? Mais non, comment un être qui le méprisait si violemment et lui crachait toute sa bile putride au visage aurait pu le percevoir d'une manière si... intime?

Et tandis que l'enfant s'épanouissait sous cette caresse inespérée, cet enchanteur rai de lumière dans sa funeste geôle, sa prison de ténèbres dont il fut à peine libéré... Un autre poison s'insinue, enfle, grandit alors que le prédateur en être d'écailles étrange et facétieux écoute ce refrain animal qui lui souffle en une rythmique entêtante "Il veut jouer...? Alors jouons..." Il serait si aisé de reprendre le contrôle de la situation, attraper dans les rêts qu'il croit avoir lancés le petit chaton, le capturer grâce à son propre piège alors que la colossale créature de légende emportera dans sa tanière son festin.


"Quelle ironie que cette reconnaissance vous vienne..."
*d'un être que vous détestez...*
"...de moi."

Moi, seulement moi.
Celui que tu te plaîs à blesser et couvrir de fange alors qu'il vient juste d'en sortir. Quelle cruelle farce, damnée mascarade! Ce moi que tu parais avoir si bien cerné mais que tu renies dans tes propos... Moi, celui à qui tu enlèves sa seule beauté... son ultime trésor. Celui à qui tu refuses après la délivrance... la jouissance, ce sentiment, ce goût d'extase qu'a la liberté d'autant plus pour celui qui si longtemps fut prisonnier de ses propres et abjects remous.

Moi...
Seulement moi.
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   24.11.07 21:34

Agonie, souffrance du contact, de cette main délicate qui échauffait son torse à travers la fine chemise de soie, qui le repoussait et pourtant le flattait, qui l'écartait avec dédain et pourtant procédait avec délicatesse. Il en frémit, le parfumeur, tandis que le Mearas quelque peu ressaisi daignait enfin approcher de l'esquisse parfumée dessinée pour lui. Il en frémit, torturé, déchiré qu'il était entre deux pulsions aussi fondamentales et puissantes. C'était agréable, tellement agréable de sentir ces doigts passer sur son corps tout en goûtant au flamboyant regard qui les gouvernait. C'était misérable, indigne, stupide de s'attendrir alors que plus que jamais il avait besoin de force, il avait besoin de contrôle! Ce désir de plus en plus tangible et paralysant qui le gagnait était pour lui une faiblesse innommable, un aveu honteux qui rejoignait ses élucubrations artistiques.

Il ne faisait pas l'amour, il baisait, et sa vie se résumait à cette différence. Jamais il n'avait trouvé de plaisir dans les caresses d'un autre, sa seule jouissance provenait de la frustration blessée qu'il suscitait chez ses partenaires. Et même eux: des inconnus, bien bâtis mais idiots, prompts à l'humilier, pour qu'il puisse se sentir supérieur, invulnérable. Ne jamais s'exposer, ne jamais dépendre de qui que ce soit. Il était bien trop douloureux d'être rejeté.

Plus Ambroise lui parlait, plus il avait le temps de décrypter son regard, et plus Aramis le détestait pour cela. Pire, il SE détestait, parce qu'il avait justement envie que le Mearas apprenne à le connaître, il avait envie que ce noble honni aime son oeuvre, il avait envie... Soudainement, le jeune homme eu envie que le doyen brise le fragile flacon qu'il avait accepté de saisir, ou qu'il le laisse échapper, où qu'il le repose avant de l'avoir porté à ses narines. Parce que oui, c'était important pour Aramis, et que soudain l'éphèbe se surprenait tendu, attentif, avide de la réponse du noble. Ce parfum, c'était une prise sur son âme, sur cet aspect de lui qu'il considérait comme puéril et naïf.

Trop tard, bien trop tard. Ambroise avait senti, Ambroise avait pâli. Et Aramis était fou de rage envers lui-même. Et Aramis découvrait une sensation inédite, chaude, ravissante, en croisant ce regard doré: on l'admirait. Sincèrement.

Le jeune homme avait un don, mais pas tellement parce que son nez était exceptionnel. Certes, son cerveau était prédisposé au traitement des odeurs, comme d'autres sont conçus pour les langues étrangères ou les mathématiques. Mais l'aisance ne fait pas le génie. Et n'importe quel parfumeur digne de ce nom savait mémoriser les milliers d'odeurs nécessaires à son art. Non, la grandeur d'Aramis était ailleurs. Ce qui faisait de lui un artiste aussi exceptionnel, c'était sa mystérieuse aptitude à la traduction. Un mot, une émotion, un trait de caractère, un regard. Il excellait à retranscrire le moindre élément en senteur, à composer un portrait flatteur et poignant à travers les odeurs, et il était surtout capable de le faire de telle sorte que même un nez moins sensible que le sien parvenait à décrypter son oeuvre. Il savait comment montrer les gens sous leur plus beau jour, il savait découvrir ce qui leur plaisait en eux-mêmes, fut-ce révulsant, et il savait comment le faire comprendre aux autres. Et quand il s'attelait à pareille tâche, son propre jugement n'entrait plus en compte; comme un portraitiste n'en avait rien à faire de l'haleine de son modèle, il créait ce qu'il sentait devoir créer, sans penser que c'était mal ou bien. Il le devait, tout simplement. C'était ainsi, et pas autrement. Comme n'importe quel artiste, il écrivait sous la dictée, et quand parfois sa propre âme suivait le flot des Muses, il parvenait à un résultat d'exception. Comme cette fois.

Nulle haine dans le flacon que le noble détenait. Juste la fascination d'un coeur inachevé pour un être repoussant qui, l'espace de quelques minutes passées une plume à la main, était devenu tout simplement... beau.

Nulle illusion à ce sujet, d'ailleurs, car Ambroise semblait aimer, ou au moins reconnaître ce qu'il sentait. Ce qui transportait tout simplement Aramis de joie.


"Pourquoi?"

Un éclat de rire qui se voulait railleur, qui en réalité s'avérait tout simplement joyeux.

"Ah, je vous en prie! Vous parlez de récompense, vous parlez de reconnaissance... vous n'avez toujours pas compris? Je me fiche de ce que vous en pensez (menteur), je me fiche de savoir si vous aimez ou pas (vilain menteur). Je voulais juste faire ce que j'avais à faire, et je voulais que vous soyiez conscient des efforts que j'ai déployé pour vous, voilà tout."

Et soudain, sans aucun signe avant-coureur, le jeune chat se fit doubler. Le sourire du bel éphèbe s'adoucit, perdit toute ironie et sauvagerie pour se teinter d'une douceur hallucinante, et les mots s'échappèrent de ses lèvres, incontrôlable élan, infini espoir.

"Je voulais vous montrer comment je vous ai vu, tout à l'heure, pendant que vous écriviez. Comment je veux me souvenir de vous."

Instant de grâce, moment de silence. Suspendu. Oscillant. Délicate funambuliste qui doit se laisser tomber d'un côté de son filin et cherche lequel, penche vers la retraite, la haine, la prudence, est attirée vers la tentation et le changement. Maintenant. Tout l'entretien se jouait maintenant, et ne dépendrait que de la réponse d'Ambroise. S'il disait oui, alors Aramis continuerait d'osciller, à défaut de déjà choisir. S'il disait non, c'était le noir d'une épaise forêt, la certitude que la voie choisie était la bonne, et la poursuite d'une chute infernale qui s'achèverait dans un éclat de sang et de souffrance.

Oscille ou chute, petit être. Risque ou recule. Sois gentil ou coupant dans ta demande, mais dis-le, pour l'amour du Ciel, dis-le, ou les regrets et la douleur de ne pas savoir dévoreront les restant de tes jours.

Et regarde-le dans les yeux.


"Quant à me récompenser... je pense que vous avez très bien deviné le paiement qui saurait me convenir."

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   30.11.07 21:27

"Tu me veux...?"

Non, arrête-toi malheureux! Ne fais pas un pas de plus! Non, pitié! Pitié!!!
Putain, mais tu ne l'entends pas cette voix qui hurle, cette impression sous-jacente d'une catastrophe imminente, cet enfant enfermé derrière la fierté, cage de verre du solitaire, qui martèle avec toute la force de son désespoir que couvre les tambours battants du prédateur parti pour la bataille...? Pourquoi t'éloignes-tu de ces mirifiques rivages où danse en une ronde chamarrée le Petit Peuple, où t'entraînent dans un labyrinthe tissé de sortilèges de voiles les esprits d'éthers qui soudain s'évaporent, s'évanouissent en une plainte indiciblement douloureuse, douloureusement poignante, à peine un écho frémissant dans cette atmosphère qui vibre de dissonances et d'unissons, de lointaines extases comme autant de promesses tout aussi lointaines, de luttes à venir où se détruire pour mieux se reconstruire jusqu'à ce que, peut-être... tu ne trouves plus la force de te relever?

L'ange est déjà déchu, il est déjà tombé, a goûté à la saveur ignoble de ces gouffres amers, turpitudes incessantes vers lesquelles l'entraînent chaque pas, chaque pas...

A peine une musique, la peau nue et pâle qui foule le sol comme un rêve, si doux, si triste, si malheureux et si beau. Une caresse, les doigts qui se perdent, qui goûtent à leur damnation prochaine avec une fascination fatale et terrible, qui caressent, qui flattent, qui jouent et enjôlent comme autant d'évocations d'un imprudent Eole dans les mèches de cette chevelure.


"Alors conquiers-moi."

C'est lui qui joue cette fois, alors qu'il s'approche mais ne s'offre, comme un séducteur revêtu de la défroque d'un bon pasteur. Ambrosio au fond est sans doute déjà conquis, par ces graciles effluves qui émanent de la somptueuse silhouette comme autant de parfum irréels et fugaces, filaments d'un univers tellement plus beau que ne parvient vraiment à contenir ces murailles d'un corps devenu réceptacle d'émois qu'il ne saurait pleinement saisir ni comprendre, inconscient enfant frôlant d'une main hasardeuse la lumière qui, trop aveuglante, finit parfois par confondre aux regards désorientés de l'âme aveulée les ténèbres et les astres, indistincts l'ombre et l'éclat...

Cette invitation, ou cette provocation, ce défi lancé _comment savoir ? ... Aramis va-t-il y répondre? Je ne suis pas un vulgaire prix ou trophée, un quelconque paiement... Voilà certainement paroles qu'aurait pu ajouter l'antique doyen, mots qui auraient pu trouver place dans cette bouche insolente, impudiquement tentante, comme une proie amenée sur l'autel et qui n'attend plus qu'un ultime sacrifice, un dernier supplice pour mettre fin à sa tourmente alors que le baillon de son inconscience et son orgueil qui se rit du danger étouffe les gémissements apeurés d'une créature malmenée dont l'on réprime les angoisses et les alarmes.

Il pourrait lui-même cueillir aux lèvres mêmes de l'éphèbe le baiser devenu sublime offrande, somptueuse extase.. mais il ne ferait que réagir et non pas agir, il ne dominerait pas la situation quoique semblent montrer les apparences... ces apparences parfois tellement trompeuses. Si Aramis le désire, vraiment, véritablement... alors il viendra le rejoindre au sein de son univers de paradoxes où l'ombre est lumière et la lumière ombre, où la Vertu et la Beauté son amantes avec le Vice et la Laideur, où bonheur et malheur valsent si vite que leur turbulent ballet effréné en devient un maëlstrom effrayant, le point de vue au-dessus d'un vaste horizon où l'éther et les profondeur ne forment plus qu'un vaste abîme vertigineux...

Tomber, s'élever... il suffit de renverser la tête en arrière et tout change. Tout n'est question que de regards et de jugements, de folie et de raison.

Un instant il se sent prêt à céder le damné séraphin, face à ce garçon si jeune encor, si beau... Ce n'est pas une de ces figures qui lui renvoie l'image de sa pureté perdue et entretenue, inaccessible et pourtant bien présente... Il connaît déjà la misère et les tréfonds de la fange, mais peut-être est-il justement pour cela le seul dont le vol saurait se rapprocher du tien pour accorder leurs rythmiques coups d'ailes, leurs cadenciels coups de coeur où tout se noue et se dénoue, se joue et se rompt... Peut-être saura-t-il ce que c'est lui, que de porter sur un dos ployé et alangui le poids de ses péchés comme autant de plaies béantes, comme autant de meurtrissures...

Soyons frères dans la joie comme la douleur, rions-nous du danger, ensembles affrontons la tourmente... je n'en puis plus de cette solitude... Ne le vois-tu pas, ne le ressens-tu pas, toi aussi..? Ce vide qui m'étreint, me ronge, me bouffe...?
Pitié, épargne-nous...
Mais non, il est déjà trop tard, la bouche comme un pâle fruit recouvert de rosée attend d'être savourée, le regard à la fois tendre et... mais non, que reflète-t-il vraiment ce regard? Et que lit-il dans celui de ce fils qu'il voudrait amant, ces prunelles dans lesquelles il plonge pour mieux s'oublier, pour mieux se noyer...?
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   01.12.07 1:10

Enfin. Tant de temps pour en venir à cette primaire intention, tant de détours pour atteindre le carrefour tant convoité et redouté. Enfin un pas vers lui, un geste pour lui parler dans cette langue qu'il comprend mille fois mieux que les vers délicats de l'amour... Vers qui pourtant ne sauraient s'effacer derrière ce dialecte brutal et musqué, désir alangui pas tout à fait balayé par la masse boueuse de la convoitise.

Enfin il l'a tutoyé.

Enfin il s'est approché.

Enfin le jeu peut commencer.

Mais quelle partie, quel adversaire. Quel enjeu. Il connait bien ses cartes, Aramis, et il sait exactement dans quel ordre il doit les dévoiler - du moins le croît-il, dans sa jeunesse qui s'illusionne expérimentée. Alors pourquoi hésite-t-il? Pourquoi ne se sent-il pas maître du terrain, alors que la fine silhouette de son hôte glisse jusqu'à lui, que ses doigts d'ivoire frôlent et glissent pour atteindre une mèche de ses cheveux, éveiller sa joue de leur irradiante chaleur? Doit-il rester de marbre, doit-il se lover dans cette paume caressante comme le chat aguicheur qu'il se plaît à être? Pourquoi ne peut-il se défaire de cet engourdissement qui le gagne de voir le doyen si près, pourquoi ne peut-il ignorer cette fragrance salée d'un corps étranger qui envahit ses narines et noie son âme?

Trop, trop de questions.

Ambroise avance encore, effleure sans toucher, défie sans autoriser. Et Aramis ne bouge pas, impassible, noyé dans le sourire changeant de ces prunelles vertes et or. Il détaille ce visage qui le surplombe de manière imperceptible, il admire ces traits jeunes et fins, goûte chaque centimètre carré de la gorge grâcile que la chemise du Mearas laisse entrevoir, sans se douter une seule seconde que c'est lui-même qu'il apprécie dans ce reflet comme Narcisse s'aima dans la fontaine. Il ne peut pas savoir, il ne peut pas concevoir que cet homme si beau, encore si jeune, si méprisable et tellement admirable est pourtant largement assez âgé pour être son père, et qu'il l'est. Il ne peut envisager, le retors et pourtant presque ingénu parfumeur, le vice qui se tient devant lui, il n'imagine pas que tant de charme ait pu naître du sang d'une Etoile, que ce Soleil mythique qu'il vénère se soit éteint encore un peu plus le jour où cet être, ce noble, a conquis vie et beauté au prix d'un des enfants du bel Apollon.

Tout ce qu'Aramis sait en cet instant, c'est que le Mearas se joue de lui, qu'il cherche à le manipuler. Et que la tentation de le laisser faire paraît proprement insurmontable.


"Vous conquérir? Je croyais que c'était déjà fait."

Ô joie, sa voix n'a pas flanchée comme son coeur vacille - elle au moins paraît confiante. Ronronnante, suave, elle appartient au petit félin séducteur, qui séduit et délaisse, qui contrôle et refuse. Elle sait ce qu'il convient de faire, elle connait les tons qui font frémir, elle devine les caresses qui échauffent, les regards qui écourtent le souffle. Toutes les fois précédentes où Aramis l'a employée, elle a su lui murmurer quoi faire, et elle a su faire en sorte que ses amants, que ses proies se conduisent comme il le fallait. Il est si simple de séduire un homme. Si aisé de placer ses mains sur la ceinture, si facile de titiller du bout de la langue et d'enflammer d'une seule morsure. Mais...

Mais alors, pourquoi n'était-ce pas déjà fait? Pourquoi le parfumeur restait-il ainsi immobile, les bras le long du corps? Ah, questions, foutues questions! Saloperie de désir! Dernière étincelles de hargne: donner une bonne leçon à ce fichu parvenu, jurer, mordre, cracher. Faire de son baiser une insulte, poser ses doigts trop bas sur l'aîne comme une possession. Et tant pis si on se fait repousser, il y en a tant d'autres aussi riches que celui-là, presque aussi beaux, aux yeux tellement moins dérangeants.

Mais non. Parce qu'il faut que ce soit celui-là. C'est un défi pour le jeune prédateur d'abattre du si gros gibier. C'est le seul objectif, la seule excuse recevable, et Aramis s'attèle à s'en convaincre lui-même, écartant volontairement ce sentiment de détresse intense qui l'a étouffé lorsque Ambroise a renié son oeuvre. Juste une histoire de fesses, rapide, mouvementée, cruelle. Certainement pas d'espoir. Non. Il ne veut pas croire à cet unique regard que deux enfants ont eu le temps de s'échanger à travers les barreaux de leur cage, il ne peut qu'ignorer cette lueur qu'il devine dans le dos du fourbe lézard qui le provoque, tout comme il renie la pâle loupiote qui palpite derrière ses propres défenses. Oublie l'émeraude des étendues d'Avalon, les fils de soie que sont les cheveux des Muses, oublie le chant des nymphes et la beauté des étincelles, éloigne-toi du bleu du ciel et de ses reflets ocrés. Ces fioles auxquelles tu tiens tellement, tu les veux loin de toi en cet instant, alors que jamais tu n'en as été plus proche.

Il faut être prudent. La proie ne doit pas se méfier.

L'espoir ne doit pas fuir.

A son tour il s'approche, alangui, terriblement lent, tandis que ses bras s'élèvent et vont se nouer autour du cou du Mearas. Leurs hanches se frôlent avant leurs lèvres, et Aramis est si près que l'odeur de son tentateur lui tourne la tête, que soudain il meurt d'envie de dévorer cette bouche offerte, d'enfouir son visage dans cette gorge si proche, d'arracher ces maudits vêtements, parce qu'il le veut, oh oui il le veut, et de manière tellement plus absolue que ce que lui-même envisage... Ce n'est que par un suprême effort de volonté qu'il parvient à retenir son élan, à contenir son désir, et la nacre rose de ses lèvres ne fait que passer sur son reflet avant qu'il n'abaisse les yeux vers ce torse en partie dénudé que déjà l'une de ses mains parcourt.


"Et qu'est-ce qui me dit que j'y trouverai mon compte, cher monsieur Mearas? Rappelez-vous que c'est un paiement que je vous demande, pas l'autorisation de vous exprimer une hypothétique reconnaissance."

Ondule, serpente. Tissu qui se froisse, peau nue qui en effleure une autre, et toujours les phalanges dévalent cette nouvelle contrée, caresses éthérées, presque timides. Faussement timides. Les lèvres qui, encore, se frôlent.

"Pour que je fasse l'effort de vous conquérir, il faudrait vraiment que vous me baisiez mieux que vous me faites des compliments."

Dérapage, cri intérieur - pauvre con, abrutit fini! Vulgaire, tout gâcher, il faut toujours que tu gâches tout, que tu salisses, que tu casses comme un gamin capricieux! Le fils de ton père, petit salaud, le digne fils de ton père!

Aramis dérape. Mais impulsivement, il espère encore. Il espère que la main qu'il arrime à la nuque du doyen ne tremblera pas, il espère que cette bouche qu'il saisit et à laquelle il s'ancre avec une indéniable voracité prendra son assaut pour le baiser enflammé d'un amant peu farouche, et pas pour la tentative désespérée de celui qui se sent presque rejeté, de celui qui pour une fois ne le supporterait pas. Il l'embrasse, il le touche, il le goûte, il le hait. Mais bon sang, il le veut.

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   01.12.07 23:28

Tu veux baiser?

Alors baisons, espèce de petit salaud... Je vais te faire hurler comme j'ai fait hurler ta mère, comme une chienne en chaleur qui devient enragée une fois abandonnée alors que j'avais si dignement comblé ses ardeurs... Je vais te bouffer petit chat, et crois-moi tu ne vas pas le regretter... sauf quand tu t'apercevras, trop tard, que tu as été manipulé.


"Un payement dis-tu...?"

Le doyen rompt leur baiser et fixe le jeune imprudent qui s'est jeté entre ses griffes. Un instant, infime, éternel, on pourrait croire qu'une froide fureur a envahi ce sang si chaud de reptile et confère à ses prunelles le mordant d'une lame chauffée à blanc qui fixe, pénètre, viole l'intimité que couvre d'un voile brun celles de celui qui à n'en pas douter deviendra son amant... Et puis le sourire, à la fois velouté et dérangeant car indéchiffrable, alors que la lueur de ces iris changeant se fait ode de mystères pour mieux perdre et enivrer l'infortuné... Le sourire vient relever d'une note suave cet ensemble discordant que produit une figure terrible ainsi qu'une épice dans un plat amer. Reculant d'un pas, Ambroise sans un mot déboutonne sa chemise, pan de pudeur qui tient misérablement sur son corps à la faveur d'un circulaire reste d'argent, et d'un geste brusque, d'un mouvement d'épaule la fait tomber au sol avant de se rapprocher de nouveau, embrasser Aramis, fondre leurs lèvres, mélanger la lie et le suc qui se déchirent dans le palais que recouvrent ces deux gardiennes rosées, saveur d'ambroisie, saveur d'Achéron, le fleuve mortel qui se mélange au nectar des dieux, sueur sanglante qui poisse à travers les pores de ces peaux damnées qui suintent l'orgueil, ces chairs bouffies de fierté. Dépravé! Jouis bien de ta décadence, goûte avec délectation le venin que tu recommences à insuffler... La bouche erre, cherche la porte à enfoncer pour épandre son poison, et susurre à l'oreille de son enfant en un murmure ignoblement délicieux, honteusement doucereux et pernicieux...

"Alors voilà ta catin... Car c'est bien cela que tu veux n'est-ce pas?

Baiser."

le fluide qui parcourt les veines de ce putain d'obsédé et pervers lézard a même atteint ses pâles écailles, enflammant ses chairs à même ses sens embrasés alors que cette chaleur irradie depuis son torse dévoilé et se fait sentir au travers la fine couche de soie qui recouvre de plis délicats la fine silhouette de l'éphèbe au langage aussi châtié qu'une jeune pucelle effarouchée... Après bien sûr être devenue la pire traînée qui puisse se trouver.

Ses mains glissent, se frayent un chemin dans cette mer de tissus aux reflets d'ange, blanc éclatant pour mieux couvrir d'un voile éthéré de pureté la misère du débauché. Et pendant que les doigts s'évertuent à faire tomber l'ouvrage de soigneux artisans, les lèvres s'évadent, mordillent le lobe de l'oreille, parsèment le cou de baisers... avec une frénésie et une jouissance malsaine, le reptile découvre cette terre, glisse, ondule, épouse les formes de cette proie, l'enlace, doucement pour l'instant pour ne pas l'apeurer, continuer de l'hypnotiser avant de l'enserrer, l'étouffer... Lui faire croire qu'il domine pour mieux le tromper, l'endormir sur ses lauriers pour mieux le traîner à sa suite dans cet abîme de luxure sans dans le même temps lui apprendre à voler, s'en échapper... En faire son prisonnier.

Pauvre enfant... Pourquoi endosser de nouveau ce rôle méprisable qui te ferait haïr? Pourquoi te salir, souiller de nouveau cette frêle enveloppe tantôt abandonnée aux flots purullants de pulsions primaires qui te rendent égal la plus vulgaire des salopes, tantôt aux vagues étincelantes d'une passion qui te purifie de son vivant brasier ainsi qu'un phénix immaculé...? Si seulement tu avais toi-même les réponses... Malheureux être, jouet d'un cerveau retors qui danse tour à tour avec la Vie puis la Mort, jouvenceau démuni qui une fois de plus sombre dans le lit de cette rivière aux courants contraires, dangereux, chaotiques et incertains... tandis qu'Ambroise lui s'apprête à rejoindre une toute autre couche, voguant sur ces flots tumultueux avec la maîtrise d'un homme habitué à affronter la fureur des éléments...

Ta salive qui mord...
Comme cela est risible! Comment a-t-il pu se laisser atteindre par cela? Par ce jeune chat, ce petit présomptueux qui se croit supérieur avec ses répliques de poissonière, son raffinement semblable à celui d'un porc qui se vautre dans son auge...? Non, vraiment, quelle élégance! Mes aïeux, en plus de deux siècles consacrés à assombrir le ciel, il avait rarement eu droit à tant de pestilence délivrée par une seule haleine d'un chacal écumant sa bave jusque sur son tapis, hyène au rire grinçant, masque grimaçant... Oublie le frère, oublie le semblable! T'épargne-t-il lui? Respecte-t-il ce que tu as pris le risque de lui dévoiler? Oh oui, fais lui-croire à l'impudent... fais-lui croire à une oasis de splendeur pour mieux lui faire bouffer du sable, lui enfoncer la tête dans ce ramassis d'insanité qu'il éructe, qu'il éjecte en flot d'une rythmique nausée... oh oui soyons fous! Allons, dirige-le à la baguette, depuis celle qu'il cache dans sa braguette, regarde-le, un sourire aux lèvres te vomir ses tripes et ses boyaux en une musique infâme alors que depuis ton estrade tu surplomberas ce triste spectacle et ne trouvera rien de plus approprié que d'en rire. Allez, encore un petit effort jeune homme, une dernière déjection avant que je vous fasse avaler de nouveau pareils excréments infâmes... Oh, mais rassurez-vous: si vous me prenez pour un âne, pour ma part je chie de l'or. Pauvre Aramis, tu l'apprendras à tes dépens: il ne faut pas vendre la peau de la bête avant de l'avoir tué. Mais pour cela il faut encore le pouvoir... ou le vouloir.

Gentil petit parfumeur, tu tempêtes, tu cries, tu beugles tes insânités, braille comme un pourceau qu'on égorge et en lieu et place d'un liquide poisseaux crache au visage tes extravagances avec la fierté pathétique d'un gamin qui croit avoir commis son premier crime après avoir bravé une interdiction si ridiculement minime que cela en devient presque risible... Tu ne sais pas ce que c'est que de tremper vraiment dans un crime, engluer ses ailes et condamner son vol à se trouver ralenti une fois apesanti d'un passé, d'une souillure indélébile, d'une plaie toujours à vif qui ne saurait vraiment cicatriser... Tu ne sais pas vers quel obscur chemin tu t'engages. Mais viens donc à l'ombre de cette forêt qui paraît radieuse mais dans laquelle la brume seule qui d'ordinaire règne parmi les tombes entre lesquels se glissent d'un souffle intangible les âmes en peine retenues à leur tourment jusqu'à être enfin délivrées... dans laquelle cette brume seule, glaciale et angoissante caresse d'une main intangible et blafarde les arbres, craquèle leur écorce, flétrit leur somptueuse chevelure, fait périr les nymphes en une lugubre plainte. Viens te perdre en ces bois mon mignon, à défaut d'avoir écouté le chant mélodieux d'une céleste créature que tu craignais tellement plus... incompréhensible, insensé paradoxe!
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   02.12.07 21:39

Baiser.

Quel affreux, quel triste verbe. Pourtant, il résumait superbement bien la vie d'Aramis, ses tenants et ses aboutissants: rien n'avait d'importance que le présent, la jouissance de l'instant, vile, gluante, exécrable. Au lit, mais aussi dans son travail, dans sa vie, le moindre de ses regards, la plus humble de ses paroles. Toujours baiser cette salope de vie, la mépriser comme elle le bafouait, sans jamais composer avec elle, sans jamais chercher à la comprendre. Une fuite en avant pendant laquelle il ne se souciait que d'une chose: courir assez vite pour ne rien entrevoir du paysage qui lui était refusé - qu'il se refusait.

Ambroise l'avait surpris, en reprenant ses paroles. Et dire que le jeune parfumeur s'était pendu à ses lèvres presque par dépit, avec la sensation tenace que tout était perdu, que jamais il ne parviendrait à réaliser et encore moins à comprendre ce désir qui l'engourdissait. Mais le doyen avait préféré la riposte venimeuse à la retraite outrée, et Aramis à présent ne savait plus quoi faire, submergé qu'il était par cette bouche qui mordait la sienne et balisait sa chair, par ces mains vives comme des griffes qui parcouraient sans précaution son corps frémissant, qui écartaient le tissu et ripaient sur sa peau comme un violeur force sa proie à écarter les cuisses. Malsain, c'était malsain. Il s'illusionnait, le bel éphèbe, il se pensait agréablement pris au dépourvu, il parvenait même à se convaincre que c'était exactement ce qu'il cherchait - baiser. Même si, très loin dans ce coeur qu'aucun regard ne parviendrait jamais à sonder, quelque chose savait que la surprise était bien triste.

Oh, il y a bien un moment où Aramis aurait pu tout changer. Cette infime seconde, cet atroce fragment d'éternité après que leurs lèvres se fussent unies pour la première fois. Le serpent le serrait contre lui, il le brûlait de ses yeux d'or. Le parfumeur avait alors failli comprendre. Il avait pratiquement entrevu Ambroise devant Ambrosio, envisagé le monstre qui cherchait à l'enserrer dans ses anneaux luisants, déviné le tueur d'Etoiles. Mais ne lui en déplaise, le chaton était trop jeune et trop fier pour se détourner de ces prunelles hypnotisantes. Il se laissa envoûter. Il se laissa piéger. Il ne comprit pas que grâce au sortilège de cette première étreinte, son adversaire s'était bien dévoilé à lui... mais pas avec le visage escompté.

C'était le dragon puant qui avait fait étinceler les yeux d'Ambroise, cet immonde lézard de vice et d'obscurité que le jeune chat aurait peut-être reconnu. Mais le jeune chat n'était pas là. Ce qui transparaissait dans les iris bruns arrimés à ceux du reptile, c'était l'espérance muette de l'artiste sensible, de l'enfant déçu qui n'attendait qu'un mot pour sortir, s'extirper de sa gangue de lacheté et enfin dévoiler ses plumes froissées. Si le doyen l'avait repoussé, s'il l'avait traité de petit merdeux et l'avait envoyé balader, alors Aramis aurait pu continuer à espérer. Il aurait pu reconnaître et confirmer la valeur cachée qu'il avait capturée dans son parfum. Il aurait pu avoir envie de s'en montrer digne, et saisir au vol l'idée que pour une fois il n'avait plus envie de baiser, mais de faire l'amour.

Dis-moi que tu vaux mieux que ça. Dis-moi que je vaux mieux que ça.

Ambroise avait souri en ôtant sa chemise.

Et alors même qu'à l'extérieur, le bel éphèbe semblait s'éveiller et que son corps actionnait enfin tous ces mécanismes qu'il connaissait par coeur, alors qu'il se mettait à mordre et à goûter pendant que ce foutu serpent arrachait les derniers boutons de sa chemise et l'emprisonnait définitivement dans son étouffante étreinte, l'espoir s'évanouît. Il ne s'en rend pas compte, le pauvre idiot trop aveuglé par la concupiscence. Il en rît même, alors qu'il esquissait un brutal pas de valse pour plaquer Ambroise contre la riche tapisserie, à côté de cette porte qu'il avait farouchement gardée.


"Puisque vous avez une telle valeur, c'est un prix honnête, non?"

Et il s'enivrait, encore et encore, de cette poitrine qui brûlait son torse dénudé, de cette gorge qu'il mordit après l'avoir embrassée, de ce pantalon sans aucune ceinture inconvenante pour entraver l'exploration de ses doigts fébriles. Il savait le doyen retors, mais il le pensait vulnérable, comme tous les autres mâles qu'il avait faits siens. Il pensait avoir affaire au même crétin prétentieux qui avait si mal pris une mauvaise blague sur son odeur corporelle, à ce même couard pleurnichard qu'un instant il avait eu le tort de prendre pour un artiste repenti. Il pensait que lorsque ce con de dragon céderait, qu'il sentirait son haleine empuantie de frustration et de dépit, que toute chose digne d'être nommée "désir" aurait disparue de leur étreinte, alors il connaîtrait le plus grand pied de sa vie.

"Et puis, d'après ce que je sens, ça ne vous déplaît pas de jouer les catins."

Vas-y, fais ta salope, tu y arrives si bien. Savoure le grincement de cette braguette qui te cède, attends et déguste l'éclat que tu vas provoquer dans ce foutu regard lorsque tu serreras un tout petit peu trop fort. Pathétique. Révulsant. Cela t'arrange tellement de croire que ton pire problème sera de déterminer dans quelle mesure tu devras t'abandonner à ses avides léchouilles (parce que ça reste un paiement), sans perdre ce fameux contrôle qui t'obsède.

Et pendant ce temps, dans cette indigne enveloppe de chair, l'espoir s'était évanoui. La méfiance aussi. Même son parfum avait disparu, ces notes qu'il aurait du prendre pendant qu'il avait encore la formule en tête, ce ballon qu'il aurait dû reboucher pour éviter qu'il ne s'évente. Tout, tout ce qui aurait pu éviter la catastrophe déjà enclenchée, tout ce qui aurait pu faire comprendre à Aramis que cet homme serait sa perte, une humiliation sans commune mesure avec toutes celles qu'il connaissait et pensait aimer. L'enfant qui se protégeait par ses piques vulgaires et sans prétention avait plongé tête la première dans le panier de friandises empoisonnées qu'on lui tendait, et maintenant il découvrait le délire aphrodisiaque qui précède le noir et les larmes.

Mais.

Mais cher serpent, aurais-tu oublié que remporter une bataille ne signifie pas gagner la guerre?

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Ambroise
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Synthèse
* Constellation protectrice *:
* Pouvoir Astral *:
Particularité: Laissez-moi voir... connard suffisant et prétentieux? Habile manipulateur?

MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   07.12.07 14:59

Mordre et caresser, briser et unir, déchirer et reconstruire... un frisson, ainsi qu'une vague ondule le long des anneaux du dos de l'antique et mirifique reptile qui en chimère cache tel un songe tantôt rêve ou cauchemard trompeur le si bel enfant tourmenté paré du masque du séducteur

"Non, un être humain a la valeur que l'on veut bien lui donner..."

Un baiser, loin, très loin de la vile concupiscence qui les ronge et les entraîne dans un pays ténébreux de turpitudes incessantes...
Il se sentait étouffer, gémir... mourir. Comme en proie à une fièvre dévorante, de celles qui rongent l'esprit et laissent s'évader depuis la bouche humide les délires qui épuisent le cerveau sous le front en sueur, alors que le corps malade, brûlant d'une onde pestiférée se tourne et se retourne, toujours en vain alors que lui échappe le sommeil et des propos incohérents qui s'égrènent comme autant de paroles hideuses sur un fil poisseux et luisant qui tire du coeur sa sanglante trame et le relie à même les maux qui le blessent... collier infernal.
Il se sentait asphixier le fier doyen, le terrible et brillant dragon se tordait de douleur alors que l'enfant qu'il avait voulu enfermer le suppliait telle une pâle incarnation depuis les brumes éthérées de son atroce sommeil. Il flanchait celui qui aux yeux des contes est toujours cruel et bestial... Il ployait devant la plainte d'un enfant démuni, abandonné là, sur ce lit couvert de bruyère, près du mumure enchanteur d'un cours d'eau qui le baignait dans son chant à l'éclat rieur...
Il hoqueta alors que sa silhouette plaquée contre le mur le laissait prisonnier de cet être qu'il voulait haïr, qu'il voulait aimer...
Aimer...
Non... L'enfant gémit, le dragon souffre de plus belle, et alors que sa bouche s'entrouvre pour laisser s'évader en un souffle surchargé de désir les flammes de lubricité qui le dévorent et pourlèchent sa frêle carcasse embrasée à même les doigts de ce maudit, ce damné...

Aramis...

Non, ne le murmure pas ce nom... ne lui donne pas le pouvoir... il ne faut pas... la froide intelligence s'éveille et l'ignoble serpent tente de sourire... mais le trouble est là qui le guette. Le sourire, au lieu de la tentation suave d'une bouche ornée d'un pli d'extase ainsi que la gorge tendre et ferme d'une femme où dévale le long de cette chair impudiquement exposée en caresses insolentes une rivière de diamants, resplendissantes chimères qui captivent, capturent le regard... le sourire devient le rictus d'un loup acculé prêt à gronder et mordre...
Il est prisonnier.
Mais pas de celui que l'on pourrait croire...
Captif de son propre tourment.

Oh, comme l'on pourrait interpréter tous ces signes comme autant de preuve de désir... Il lutte contre lui-même, contre ce murmure d'enfant qui ainsi que le plus mélodieux et le plus doux des chants voudrait bercer cette âme esseulée en une mirifique étreinte de larmes d'argent, de souffles de lune, de mélopées d'elfes et de fées aux chevelures scintillantes ruisselant en cascade de soie sur leurs blanches épaules sous la clarté apaisante du soir...


"Mais c'est bien peu accorder par contre de valeur à ton oeuvre que ne demander que cela... en guise de payement..."

Non! L'atroce et sublime reptile rugit, Ambroise bondit, se jette en avant, les entraîne au sol, emprisonne l'éphèbe enchanteur sous son enveloppe blafarde et gracile...
Quelque part sous ce sein, un ange au plumage de milles couleurs, aussi bien chaudes que froides, un oiseau aux harmonies entremêlées de milles trilles, tissées de milles timbres laisse entendre sa voix en une musique qui exulte, qui éclate alors qu'on avait voulu la contenir, l'étouffer...
Non, l'empêcher de penser, lui faire oublier ces paroles... les lèvres qui parcourent, qui explorent, qui dévalent en une pluie ruisselante ce corps offert avec la fureur, la frénésie enragée du désespoir... le dominer, à tout prix, l'empêcher de te croire...
Non, il te fera encore du mal...
Pauvre crétin! Belître imbécile, tu te fais mal tout seul, tu te charges toi-même de te mutiler... Tu n'es pas même capable de te dominer, comment peux-tu espérer le contrôler... Aramis, pauvre fou, tu parlais de guerre... Pouvais-tu imaginer que sous ce sein mugissait constamment en rafales terribles le vent de tant de contrées qui rendaient ce coeur égal un champ de bataille où la lie se disputait l'honneur de l'emporter avec ses armées de fiel sur l'ambroisie magnifique, le nectar de miel dévalant ses pentes pour purifier et nourrir ces terres sous leur baume enivrant composé de mélodies oniriques et lointaines, de sillons aux milles reflets où se meuvent tels des poissons colorés autant de rêves chamarrés, de songes gracieux ainsi que des jouvencelles innocentes dans leurs robes coulantes et irisées...? Pouvais-tu seulement imaginer que tu n'étais qu'un adversaire de plus pour ce coeur à la fois si jeune dans sa fougue insensée et son ivresse et à ce point vieux et usé... Un ennemi qui aurait pu passer inaperçu s'il n'avait en une clameur lancé avec toute la force que peut conférer cette folie qui porte nom d'inconscience un appel à reprendre les hostilités, réveillé imprudemment ces nuées contraires qui ne courraient à l'affrontement que pour mieux se fracasser l'une contre l'autre ainsi que la vague endiablée sur le rocher mais qui au lieu de l'engloutir ne peut que ruisseler en une écume amère contre ses flancs dressés abreuvés de cette multitude de larmes lactées, cette douleur nacrée...

Brisé

Ne plus penser....
OUblier cette tristesse qui le déchire, qui l'enlace, l'émeveille et lui tire ainsi qu'un musicien habile des cordes sensibles de son instrument de silencieux sanglots. Ils résonnent, seuls, avec la beauté poignante d'enfants abandonnés et perdus dans ce labyrinthe de pierre, un palais trop grand où brillent leurs voix apurées en murmures bruissant dans une cathédrale, un écho qui se répercute de pillier en pillier, de feuille en feuille lorsque le vent les fait chanter tour à tour... Echo solitaire dans ce sein glacé, triste nymphe dont se rit ce Narcisse de marbre figé et mué en statue que soudain quelque dieu apitoyé voudrait faire se mouvoir....
Sont-ils tels Pygmalion et sa création?
Ne pas espérer, la souffrance serait pire encore... Tu as tout fait pour oublier ces temps lointains où un homme généreux et bon t'aidait à déchiffrer les fresques décorant la féérique demeure qu'il t'avait léguée, t'apprenant à la décorer...
Ecrire...
Oublier... t'oublier...
Ecrire... un besoin, un appel pressant qui semble émaner des feuillets éparpillés plus loin... son regard s'y perd, captivé par leurs filigranes alors que les mots se pressent, voltigent en une myriade affolée tels des oiseaux libérés qui se pressent, se heurtent les uns contre les autres afin de s'évader par cette petite ouverture qu'un Papageno négligent ou compatissant décida de leur laisser pour goûter de nouveau à l'infini des grands espaces...
Oblier... l'ouverture qui se referme, l'obscurité opaque, angoissante, qui recouvre de son ombre poisseuse les enfants du ciel qui soudain, ne pouvant plus se repérer s'écorchent sans le vouloir, les uns les autres, de leurs becs qui claquent en cris affolés et parfois se referment sur les ailes d'un frère, les serres qui lacèrent, la chair qui se fend de sillons zébrés, teintes purpurines pour ces coloris diaprés, les gouttes qui s'éparpillent au sol parmi les plumes, les blessés... les cadavres d'oiseaux morts...
Ecrire... le soleil qui reparaît... mais les volatiles tremblent, craignent de s'élancer si c'est pour être de nouveau meurtris, ensanglantés... et pourtant cette tentation... le vent qui vient frémir, faire bruire leur mélodieux ramage, premisses fugaces, odes de liberté, attrait du souvenir, retrouver ce qui a été perdu...

Ambroise, comme une marionette au mécanisme déréglé, une Olympia qui ne sait s'arrêter de chanter s'arrête soudain dans cette aventure qui l'entraîne toujours plus loin à la découverte de ce corps étranger, ces contrées inconnues pourtant tellement attrayantes... en proie à trop de pulsions contraires pour pouvoir agir, la lutte qui voit s'affronter les multiples facettes de son être que l'on pourrait brièvement et grossièrement résumer comme Ambroise et Ambrosio... la bataille en est à son point culminant... alors qu'il croyait avoir choisi, voilà que le poète revient à l'assaut, lui demande d'épargner ce semblable...

"Ne te souviens-tu pas...?"
semble dire la voix...
"Ne te souviens-tu pas comme tu m'as fait mal, comme tu nous as fait mal...? Ne lui fait pas tant de torts... il ne sait pas lui-même qu'il a cette beauté, cette lumière au fond de son être pour éblouir en odes odorantes et charmer tant d'êtres qui certainement se jouent de lui, le meurtrissent... Vois comme lui-même cherche à se punir, rabaisser son oeuvre et son mérite de peur qu'en saisissant son importance, de même qu'en lui découvrant ta sensibilité tu lui fis craindre une nouvelle blessure..."
"Tais-toi! Je t'en supplie tais-toi! Il ne peut pas être tel, je me suis trompé... il se fera une joie de te briser, te malmener...!"
"Quand bien-même, son parfum vaut mieux que cela... ce n'est pas toi qu'il veut... j'en suis sûr. Inconsciemment, au fond, celui qu'il veut... c'est moi.
Moi, seullement moi..."

Il voudrait prendre sa tête entre ses mains, pleurer, hurler que tout cela cesse, avoir la paix, quitte à être vide... sombrer dans un néant salvateur, comme un autiste aller se recroqueviller plus loin, se réfugier dans un coin...
Soudain, la clarté lumineuse, comme un enchantement qui le lave et le baigne dans sa lumière...
Le doyen se redresse, et ainsi qu'un homme égaré qui se réveille au beau milieu d'une forêt en se demandant si les créatures qui l'entourent veulent le lapider ou lui souhaiter la bienvenue sur leurs terres... le Mearas se relève.
A moitié seulement, il reste assis, en proie à quelque sortilège ou tourment que nul autre ne saurait percevoir...

"Moi, seulement moi.."
Un sourire, comme une musique échappée en écho lointain d'une Avalon mystérieuse, fée au refrain qui se répète fuyant ce pays caché vient illuminer d'un halo de douceur apaisant son visage...
"Non, je t'en prie... Non, ne te révèle pas encore... il va te faire mal... ne l'as-tu pas compris? La douleur... c'est tout ce que peut offrir le monde... en attendant la mort."
Le regard qui se perd de nouveau, fixe sans la voir l'ottomane où repose, comme une pierre dans son écrin... sa prose.
"Cela suffit! Tu as assez cherché à prendre l'avantage! Que t'importe que je sois brisé...? Trouve-toi une autre âme à tourmenter!"
"Nous ne formons qu'un!"
"C'est impossible! Nous sommes trop différents..."
"Et pourtant... laisse-moi me damner à ta place jeune phénix imprudent... un être humain a droit à diverses facettes..."
"Si je suis un phénix, je renaîtrais, toujours plus resplendissant..."
"Tu devras mourir d'abord.."
"Ah, tu m'as déjà assassiné cruel! endormi sous les effluves empoisonnées de tes étreintes perfides... c'est ma renaissance à présent, ma mort a assez duré!"

La tempête de voix qui se calme, le silence qui recouvre enfin ce coeur tumultueux, la paix qui fait place à ces intangibles clameurs dont son esprit désorienté n'a pas même conscience...



Ambrosio voit Aramis sur le sol et semble le découvrir... Il se remémore les derniers évènements comme l'homme qui s'éveille et tente de retenir quelque bribe d'un songe qui déjà lui échappe...


"Je crois que j'ai eu un moment d'absence..."

Non, ne pas lui laisser l'occasion de s'interroger, il va certainement te prendre pour un fou sinon...
Mais tu n'es pas fou... tu étais juste perdu. Pauvre enfant cloîtré dans ton propre univers de songes où l'on a voulu t'égarer... mais tu t'es lassé de vagabonder d'étoile en étoile, tu n'étais plus assez inspiré pour créer, il te fallait de nouvelles sources pour tes compositions, de nouveaux ingrédients afin de poursuivre tes expériences d'alchimiste inconscient et irréaliste...

Ainsi qu'une jeune vierge, une vestale prête à être sacrifiée, Ambrosio contemple son meurtrier et son sauveur... Il est là, démuni et sans armes, et avec cette générosité incomparable semblable à une créature capable de tout pardonner, d'aimer encore lors même qu'on plonge dans ses entrailles l'arme de son supplice, son regard sans ciller fixe les prunelles de l'être à adorer... de l'être à abhorer.
"Tu sais, même si tu me fais du mal... ce n'est pas grave.
Tu peux m'épargner, tu peux me tuer...
Je continuerais de pardonner... je continuerais de t'aimer."
Telle est le chant qui semble transparaître dans ces changeants iris... Mais c'est une autre mélodie qui en murmure fugitif sort de ces lèvres avec la discrétion d'un prisonnier qui s'évade, ne pouvant croire à l'absolution annoncée par son geôlier


"Où en étions-nous...?"
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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   09.12.07 20:19

Aliénation. Séduire sans penser, caresser sans aimer. De jeune fauve insolent, Aramis devenait félin alangui, créature séductrice qui s'appliquait à se lover contre ce prédateur qu'elle voulait sa proie. Entre ronrons toxiques et baisers empoisonnés, le parfumeur s'oubliait dans l'étreinte du Mearas, il se noyait dans sa savoureuse odeur de sel et de masculinité. Comme la touche d'iris de son oeuvre s'accorderait bien à cette peau humide, songeait-il en dégustant la saveur de cette gorge inconnue, comme le doyen serait beau ainsi paré d'imaginaires fleurs et coquillages. Nul besoin de serpent, le bel éphèbe s'hypnotisait tout seul, s'engloutissant dans le contact suave de ce corps à moitié dénudé, dans la jouissance perfide qui le faisait frémir à chaque soupir, à chaque tressaillement que ses doigts obséquieux tiraient à ce noble prétentieux. Définitivement espoirs et doutes s'effaçaient, et ce qui en lui ressemblait à Ambrosio se retirait en pleurant derrière la barrière de ronces lubriques érigée entre lui et le Soleil, emportant avec lui les quelques doutes que ce triste amant avait semés en lui. Ne restaient que l'envie, la colère, le désir de manipuler et d'avilir - Ambroise comme lui-même.

Et puis...

Et puis quelques mots. Valeur. Ton oeuvre. Une erreur dans la trame gluante de leur conversation, une anomalie qui immobilisa les lèvres du jeune homme à quelques centimètres de la clavicule qu'il s'apprêtait à mordre et retint les mains qui s'efforçaient de faire fuir le pantalon de son vis à vis. Qu'avait-il entendu? Qu'avait-il compris? Et quelle pouvait être cette chaleur insensée qui se glissait dans sa poitrine comme la convoitise aiguisait ses reins, sinon le cri de triomphe de l'être éthéré enfermé dans sa maléfique forêt d'épines? Bien sûr que sa création valait plus qu'une partie de jambes en l'air, mais c'était la manière dont Ambroise l'avait dit, le ton qu'il avait employé...

La surprise n'eut pas le temps de redevenir un doute, Aramis n'eut pas le temps de lever les yeux vers ce visage qu'il embrassait en prenant grand soin de ne pas le regarder. Il y eut un choc, une étreinte violente, avide. Et les voilà au sol, le jeune homme sentait le riche tapis contre son dos nu, et déjà le hurlement lumineux s'estompait, étouffé sous l'affreuse croissance de la flore empoisonnée pour laquelle la fébrilité d'Ambroise était le plus insensé des engrais. Un hoquet échappa au parfumeur, comme une exclamation de surprise, comme le rire d'un dément, tandis que les baisers de l'autre homme le frappaient comme des coups de poing, que ses caresses le griffaient et incendiaient sa chair. Il croyait enfin avoir déclenché une étape de son habituel jeu de séduction, il avait enfin pris le dessus. Il connaissait cette avalanche rageuse de convoitise qui faisait rougir son corps et souffrir ses lèvres à travers les morsures d'un amant qui perd le contrôle de la situation, il connaissait cette ombre qui l'emprisonnait sous elle pour chercher à le contenir, à le dominer, cette ombre qui bientôt chercherait à lui arracher ses derniers vêtements pour en finir au plus vite, avant qu'il y ait un vainqueur et un vaincu. Il n'était d'ailleurs pas si loin de la vérité, l'orgueilleux Aramis; mais jamais il ne se serait douté que l'adversaire contre qui Ambroise se défendait si farouchement était autrement plus doux et puissant que sa petite personne.

Redoutable petite personne, tout de même. Avec un autre homme, l'artiste dévoyé se serait laissé faire jusqu'au bout, pour ensuite jouer les déçus et humilier convenablement celui qui s'était jeté sur lui. Mais pas cette fois, oh non. Le Mearas ne serait pas atteint par quelques railleries supplémentaires, du moins pas atteint au coeur comme ses incompréhensibles paroles avaient cisaillé l'âme d'Aramis. Lui, il fallait qu'l hurle, il fallait qu'il supplie, qu'il agonise de frustration. Le jeune homme voulait lui faire payer, il voulait le faire souffrir pour l'avoir empêché de haïr, pour lui donner envie d'aimer - alors que non, il ne fallait pas se lier, jamais! Se lier, verbe éloquent; s'entraver, s'enchaîner à une autre âme, un autre être, brider sa liberté et son bon vouloir, accorder son coeur aux pulsations d'un autre, et tout cela pour quoi?! Des coups, des traîtrises. Et l'indifférence. Surtout l'indifférence. Non, il ne fallait pas se lier, est-ce qu'il ne le comprenait donc pas cet idiot ravi qui pleurait pour quelques ronces? Aramis voulait exister, il voulait vivre, et en suscitant haine et mépris il s'enracinait davantage dans le coeur de ses amants que par de minces ramifications de tendresse - il ne savait pas qu'une graine d'amour donne une plante mille fois plus solide et merveilleuse qu'une sauvage vigne de colère, si seulement on lui laisse le temps de germer.

Alors il attendait, le venimeux éphèbe, guettant le moment idéal pour relancer le jeu qui menaçait de s'achever prématurément, pour qu'Ambroise et lui continuent encore et encore de chuter, pour être sûr de se faire mal en s'écrasant sur les rochers. Mais au lieu de doigts vifs sur sa boucle de ceinture, il n'y eut que le vide. Le souffle brûlant qui s'échouait sur son ventre s'évapora, et il n'entendit plus que le halètement de sa propre respiration. Il rouvrit les yeux, incrédule, légèrement agacé, pour constater avec une muette stupeur qu'Ambroise s'était figé. Assis sur ses talons, étrange pastiche de moine oriental dont le regard translucide se serait égaré dans ce corps raidi et ébouillanté de désir, le doyen semblait soudain loin, si loin de cette pièce luxueuse et de son invité lubrique. Il aurait suffit d'une phrase au parfumeur pour abattre en plein vol cet étrange volatile perdu dans une insondable révélation, c'était évident. Pourtant Aramis se contenta de se hisser sur les coudes et de tourner la tête, cherchant ce qui avait bien pu crucifier de la sorte le noble honni.

La méridienne. Ses écrits.

Coup de massue. Les prunelles bois de rose revinrent vivement sur l'homme, encore si proche que le nez attentif de l'artiste distinguait les chaudes volutes de sa peau claire. Et ce regard, ces yeux esclaves des Muses qu'il avait déjà vu si peu de temps auparavant, cette aura toute tendue vers le pressant besoin de créer, de construire au lieu de détruire...

Les lèvres d'Aramis s'entrouvrirent, et sans qu'il puisse rien y faire, il sentit sa forêt de ronces se ratatiner, être arrachée et déracinée par l'invincible charge du diamant qu'elle cherchait à contenir. Tous les doutes, toutes les envies qu'il avait passé tant de temps à ensevelir étaient à nouveau là, étincelants, poignants, et à nouveau il sentait ses côtes peser sur son coeur déchiré, parce qu'Ambroise était beau ainsi, parce qu'il paraissait jeune et inoffensif. Parce que cette signature invisible qui émanait de lui apparaissait enfin étrange à Aramis, comme le reflet d'un souvenir, l'écho d'une connaissance chèrement acquise, d'une absence douloureuse. Parce que son esprit brutalement délié se perdait dans un délire de mots et de senteurs intriquées, confondues, soupirantes, comme lui-même il aurait eu envie de toucher du doigt cette âme dévoilée et de s'y mêler en un sanglot d'extase et de soulagement. Fugitif instant de grâce, étourdissant flot de lumière, soudain figé par le regard qu'Ambroise abaissa sur ce jeune homme qui le dévisageait sans mot dire. Et il y avait tant de délicatesse, tant de tendresse gratuite dans ces iris changeants et ce sourire attentif, que le parfumeur en resta paralysé.

Il ne pense plus amour ni haine, il ne pense plus rien. Simplement, il ne comprend pas, il s'égare et reste ébahi, comme quelque extraterrestre candide tombé sur Terre: que fait-il allongé sur le tapis, offert à cet homme aussi merveilleux qu'incompréhensible qui semble ne vouloir que son bonheur? Où donc est le doyen qu'il a dragué avec la subtilité d'une chienne en chaleur, où donc est ce connard prétentieux qui a refusé de sentir son parfum, qui voulait baiser avec lui? Pourquoi... C'est bien un autre, n'est-ce pas? Ces yeux, ce sont ceux qu'il a affronté près de la porte, lorsque ce soit-disant artiste s'est fugitivement repenti. Ce sourire, il l'associe aux quelques mots qu'il a entendu, cette hésitante phrase qui lui murmurait les mots rêvés - qu'à travers son parfum, il valait mieux que tout ceci. Et cette voix, cette voix qui lui demande où ils en étaient...

Soudain Aramis réintégra son corps. Il referma sèchement la bouche, si fort qu'il s'en fit grincer les dents, soudain rayonnant de fureur. Le duper, on cherchait encore à le duper! Mais nom de Dieu, contente-toi donc de démolir ce corps que je te présente, charogne! Pourquoi toujours mon âme, pourquoi toujours mes sentiments? Je te hais, je te hais! Arrête de me manipuler, arrête de me regarder, arrête ça!

Mais non, mais non pauvre idiot, regarde-le. Essaie de comprendre, essaie de t'autoriser un peu d'amour, un peu de plaisir. Tu te rends compte qu'aucun homme ne t'a jamais vraiment comblé par ses simples caresses, que toujours tu as dû te repaître de leur détresse? Tu te rends compte que quand tu crois être un incube dévergondé tu n'es qu'un malheureux frigide?

Non!


"Vous me remboursiez au moins une partie de votre dette. Une petite partie, d'ailleurs, s'il faut en plus que je vous aide."

Il s'agenouilla à son tour, et ses bras enserrèrent vivement la nuque du Mearas tandis qu'il confondait à nouveau leurs bouches, qu'il mêlait leurs goûts. Offensif, il s'avança, obligeant Ambroise à s'asseoir, à s'allonger, tandis qu'il accolait leurs hanches en un geste à la fureur contenue, avec l'intention avouée de raviver le brasier allumé par ses précédentes caresses. Il était en colère, l'insolent chaton. Parce qu'on cherchait à le manipuler, parce qu'on voulait le dominer, le réduire en esclavage. Pire, on cherchait à le convaincre de se laisser faire! Ah il reconnaissait bien là ce putain de Mearas, vicieux, fourbe, ce salopard qui savait même contrefaire son regard pour se donner les apparences de la vertue et mieux semer la destruction. Payer, il allait payer, quand Aramis allait se l'aliéner, quand il croirait vaincre et qu'il se ferait poignarder, quand... quand...

Alors pourquoi, malgré l'illusion qu'il s'en donnait, pourquoi ne parvenait-il pas à mordre les lèvres accaparées? Pourquoi avait-il cherché à exciter sans faire mal, à tenter sans effrayer, lorsque ses mains avaient trouvé celles d'Ambroise et les avaient posées sur sa taille? Son corps même semblait lui échapper, et sa fureur ensanglantée devenait aussi tendre et risible que les coups de poing hystériques d'un enfant sur la poitrine du père qui lui refuse un caprice. Car il savait. Il avait compris. Et il avait beau hurler et tempêter, le cruel félin, il avait beau se donner les apparences d'un tigre, il sentait bien que ses insultes sonnaient creux, que sa lascivité n'était plus seulement feinte. Allez, défends-toi, mords!


"Tu veux qu'on abîme ton tapis, ou bien tu as plus confortable?"

Le juvénile artiste rit, le fauve s'étrangle: mais ce n'est pas mordre, ça! Bestial, il faut que ça soit bestial, rapide, douloureux même, ce serait l'idéal. Pas de lit, pas de draps, pas de temps!

Aramis le savait. Il ne voulait pas se lier, pas se soumettre, pas s'offrir. Pourtant il était en train de le faire. Ce qu'il ne savait pas, c'était s'il devait en être ivre de rage ou fou de soulagement.

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MessageSujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\   25.12.07 22:04

Un sourire, comme un rêve fleuri alors qu'il se livre, sans défense... Fais moi mal si tu le souhaites, au contraire jette loin ces armes et serre-moi si fort dans ton étreinte aux châtoyantes plumes que notre vol se confonde et ne devienne plus qu'un seul tourbillon grandiose et sublime, lors même qu'il explore les mers polluées pour mieux se purifier, faire paraître l'éther plus éclatant encore... Sauve-nous, détruis-nous, le choix ne tient qu'à toi. Bel éphèbe, malheureux chaton... Tu le sais que je t'accepterais, moi, tel que tu es, qui que tu sois, chat et rêveuse créature... Tu le sais que j'accepterais les supplices comme les délices, les supplices comme délices, les délices comme supplices... supplices pour un coeur ignorant du bonheur qui s'effraye à le voir si proche, si lumineux... ébloui, il ne comprend pas quelle est cette lumière alors qu'elle émane de son âme, de son sein comme de célestes choeurs jusque lors enfouis sous les nuages d'un terrifiant déluge... Mais qu'importe les catastrophes! Inondez le monde: je me ferais ondin; enlevez la terre: je deviendrais oiseau, esprit de l'air; couvrez le de brasiers rugissants et je serais génie de feu...

Ambrosio...
Etrange créature défiant les lois et la compréhension des hommes... Il te faut bien un Aramis pour te cerner... un fils, un semblable, un frère... un amant qui soit tout en même temps, un être à aimer absolument... et n'aimer que lui.
Le poète chute au sol, se laisse entraîner dans ce nouveau ballet inconnu, Inconnu qui pourtant le fascine au lieu de l'effrayer comme il l'a toujours fait. Enlace-moi, blesse-moi... mais ne me renie pas.

Un gémissement, alors que ce feu devenu doux excite de nouveau ses sens sous Ses baisers. Ce tapis comme un sortilège receuille leurs corps entremêlés, alors que le désir dans sa course folle va croissant, comme un conquérant fou ouvre, défonce les portes qui conduisent jusqu'à sa raison pour la supplicier, la jeter à bas son trône et imposer son joug insensé au corps devenu jouet d'ardeurs déraisonnées. Et tandis qu'un soupir, ode de plaisir, s'échappe de ses lèvres à peine parées des prémisses de cette rosée boréale qui invite à goûter aux charmes indicibles de l'aurore enchantée, Aramis fait entendre sa voix...
Un frisson parcourt cet enfant qui s'expose au tourment en souriant. Un instant, il plonge dans les mirifiques prunelles où se battent encore en duel son alter ego et sa némésis... un instant son regard se fait plus sérieux, plus intense aussi, invitant à découvrir dans ses profondeurs l'âme sincère au lieu d'en laisser percevoir de vagues et fugitifs reflets. Sa bouche bient se poser sur celle de son amant comme une plume sur l'onde au parfum prometteur, scellant leurs lèvres en un tendre serment avant que cette même bouche ne se fasse messagère de sa réponse.


"Suis-moi..."

La main qui saisit celle du bel éphèbe, entremêle ses doigts nerveux où dansait encore une plume il y a peu avec ceux de cet étrange parfumeur... Est-ce parce qu'il est indéchiffrable qu'il te plaît tant? Sont-ce ces énigmes dont vous habillez vos coeurs comme autant de pétales qui t'enivrent et te laissent ébloui....?
Déjà il l'entraîne vers son cocon, celui que personne ne franchit, celui où règne le bleu aux reflets changeants d'une onde limpide teintée de reflets de nuit... Sa figure pâle baignée d'une clarté lumineuse, d'un halo de douceur qui émane de cette âme qui seule peut encore resplendir dans ces ténèbres... Les bougies, yeux de fées, voient filer ce jeune homme, ce poète qui peut-être n'a aucun talent mais qui écrit avec toute la sincérité d'un esprit dénué d'artifices et ce céleste amant qu'il a choisi pour son éternel voyage...
L'enfant au dragon, l'inconscient petit prince entraîne-t-il dans ce palais de merveilles un traître qui n'attendra pas même que le sommeil vint apposer sur cette blanche paupière sa main bienfaitrice avant que Morphée en tapinois ne se glisse pour tapisser cet obscur chemin d'une parade de songes... qui n'attendra pas même que ces dieux salvateurs apportent le repos pour couvrir et cacher l'horreur de son crime...? Le félin saccagera-t-il ce que nul autre n'a vu, marquera-t-il du sceau du malheur cette mirifique bulle par sa venue...?

Ambrosio vole, foule d'un pied rapide le sol, foule d'un pied inconscient prudence et raison... Il a confiance en cet inconnu, il ne peut pas, il ne veut pas croire que cette main qu'il a saisi parsèmera en Perséphone cruelle les fruits de sa douleur en récompense à la vilenie qui couvrit de sa traîne de nuages la voûte claire devenue noire, chargée du poids de leurs péchés... Il aimerait tant qu'on lui pardonne, qu'Aramis ne soit pas tel Hermès, porteur de la vengeance des dieux outragés... et pourtant, il s'exposera aux coups s'ils doivent s'abattre sur sa frêle carcasse... il acceptera le châtiment qu'il avait toujours évité, cherchant à se dérober en préférant le rôle de bourreau à celui de victime...

Il serre un peu plus fort ces doigts agiles qui créent en de fragiles flacons des univers à l'image de l'homme devenu source d'inspiration... une pression qui témoigne de sa confiance aveugle autant que de sa peur. Cette silhouette gracile qui file tel un secret sur l'onde, tel un cygne majestueux qui en glissant fend à peine l'eau d'un sillon tremblant... cette silhouette semble soudain s'élancer et pouvoir tout à la fois s'envoler et chuter, s'évaporer en un triste rai de pleurs ou au contraire nourrir de son bonheur la fleur pudique de son coeur qui se serre, qui se trouble, à l'image de cette âme perdue dans une extase, une béatitude divine, et tout à la fois prise de vertige lorsqu'elle contemple les terres qui défilent sous le mouvant nuage qui lui sert de destrier... Vous perdrez-vous dans ces volutes cotonneux? Vos ailes seront-elles factices, brûleront-elles, exposées au soleil? Votre quête au contraire vous mènera-t-elle si loin que vous en oublierez à quoi ressemble le sol qui vous vit naître et grandir...?

Leur passage trouble à peine le miroitement féérique des chandeliers d'or aux branches porteuses de halo de soleil qui semblent cligner des yeux en gardiens surpris dans leur veille par le trop preste passage de quelque créature de légende et pensent avoir rêvé cette apparition. Leurs doigts semblent liés par quelque ruban invisible qui confond ces outils du rêve et du crime... pourtant une main restée libre s'empare de la poignée qui mène à l'intimité redoutée... l'intimité désirée...

Une porte qui s'ouvre, un nouveau monde qui apparaît et tourbillone. Des vasques aux mêmes teintes que l'ébène couvrant le sol de son somptueux tapis végétal, si doux et agréable au pas qui le parsème de sa danse erratique, jaillissent en feux d'artifices agonisants des orchidées et autres fleurs délicates superposées au vert feuillage qui se dérobe devant le lagon aux arabesques striant sa surface de rais de saphir
Glissent comme des caresses de turquoise des voiles évanescents et lisses encadrant le lit inspiré d'anciens modèles chinois caché par la gaze bleutée parée de broderies étendues telles des nymphes sur cette trame à la fois opaque et translucide en évocations d'une nature que seuls quelques uns ont véritablement connue. Sous ce halo délicat nimbant d'une claire et somptueuse dame nocturne, le futon aux couleurs du lapis-lazuli semble prêt à receuillir quelque ondin mystérieux, ondin surgi peut-être de l'étang apposant son masque aux reflets d'argent aux galets colorés attendant sagement le retour d'un petit poucet absent, contemplant quelques poissons aux voiles iridescents en guise de queue et de nageoires nageant mollement au-dessus d'eux comme des oiseaux paresseux dans l'infini miroitant. L'écrin du sommeil, tel un trésor sur une île de bois attendait sur l'estrade de recevoir dans ses replis moelleux quelque songe en hôte généreux.

Refermant doucement la porte sur le silence de l'autre salle, leurs respirations rappela au doyen qu'ils n'avaient eu depuis quelques minutes que leurs étreintes pour seule musique, oubli qu'il s'empressa de réparer en laissant glisser ce don des Muses dans l'atmosphère tranquille. Rachmaninov et ses préludes pour piano s'installèrent sur le trône qui leur était dressé, alors qu'Ambrosio amenait lentement son amant vers le lit, découvrait d'un geste lent les replis soyeux qui accueilleraient leurs ébats et en jeune enfant qui ne veut lutter allait lui-même se placer sur l'autel où il serait sacrifié, élevant un regard à la fois triste et lumineux, un regard indéchiffrable sur l'enveloppe magnifique de l'éphèbe avant d'élever, tendresse fragile, douceur gracile, ses doigts trop fins en une invitation à planter dans ce sein à la blancheur rappelant quelque spectre évanescent l'objet de son châtiment, poignarder ces chairs et arracher à ces amoureuses lèvres le gémissement de son trépas, le dernier souffle d'un être condamné pour les crimes d'un autre qui, hélas, était lui-même... inviter à le délivrer, défaire les liens qu'il avait noués autour de son coeur entravé pour lui rendre sa liberté.... Le tuer ou l'aimer... Faire de ces draps le temple de leur hyméné ou au contraire le sépulcre bleuté de leurs corps, de leurs coeurs enlacés, de son âme tourmentée...

Enlace-moi, détruis-moi... Mais surtout aime-moi...
Aime-moi, aime-toi...
Cher frère, cher éphèbe... Vole toujours plus haut, et que ma mort ait au moins servi à faire naître une étoile.. que ma mort ait servi à ton apothéose... ne sois pas triste si je soufre... Plonge ce couteau dans mes chairs pâles devenues ardentes sous tes baisers, mais ne mens pas... Ne mens pas si tu ne le peux pas... Ne me fais pas croire à la fièvre de tes baisers s'ils sont froids comme des glaiers qui glissent indifférents le long d'une eau gelée mais paraissent brûlants au corps ignorant. Sois mon tourment, mon châtiment, mon firmament... mais moi... je ne serais pas ta damnation. Je ne serais pas ton trépas. Je m'y refuse.

Allez, viens, volons plus haut, plus loin... tu verras, le ciel y est plus clair, plus lumineux... plus beau. Allons là où les nuages nous tresseront des lits en volutes de feuilles comme un ballet de plumes et recueilleront nos ailes fatiguées et nos corps alanguis... Dépassons la voûte enténébrée assombrie à chaque supplice d'un innocent martyrisé... assombrie à chaque lueur d'espoir que j'ai assassinée... Je n'oublie pas mes fautes, je me délivre du passé... Plonge la lame de l'enfer dans ce paradis offert qu'est mon sein démuni... je ne t'en voudrais pas tu sais... je t'aime déjà trop pour cela... toi, le jeune enfant devenu victime de son propre esprit aliéné, toi le compagnon que je perçois au travers le murmure glissant de quelques paroles esquissées sur un ton qui se voulait plus acéré... Que tu m'aimes ou me tues, tu me délivres... alors n'hésite pas... N'hésite plus. Ma vie est tienne...

Qu'en feras-tu?

Qu'en feras-tu de ce cadeau, cette existence qui peut-être te paraît abjecte, peut-être te paraît sublime...? Recueilleras-tu entre tes deux mains si douces qui invitent au voyage en fragrances parfumées un papillon tourmenté par un Eole endiablé, d'un souffle l'aideras-tu à trouver le chemin qui se fraye une voie de lumière parmi les sombres masses de la misère...? Ou refermeras-tu le poing pour broyer d'un geste les féériques et délicats joyaux de ses iridescentes plumes, de ces fresques colorées qui s'agitèrent et battirent vainement pendant tant de siècles avant que tu l'extraies de son cocon d'espoirs inavoués, de songes reniés qui dans leur vengeance se resserèrent et emprisonnèrent le fragile animal...? Ne l'as-tu libéré que pour mieux l'abîmer, froisser ses rêves comme on le fait d'une robe usée jetée après le bal...? Petit chat, malheureux petit chat... tu n'es pas méchant non plus au fond... juste perdu... perdu comme j'ai pu l'être lorsque je me servais d'Ambroise en fatal point de repère, comme axe pour me protéger... m'annihiler... Un axe pour mieux se dérégler, faire partir le monde à la déroute, l'entraîner en tourbillons démentiels dans une infâme danse... Fais-moi voltiger, peu importe que la danse soit tragique tant qu'elle est somptueuse.

Tu peux nier... tu peux te nier.
Mais je serais là, près de toi et je te pardonnerais tout... même mon trépas.

Allez viens, maintenant dansons... Il n'y aura pas de perdant ni de gagnant car il n'y aura pas de lutte... car je ne lutterais pas contre toi. Alors frappe. Frappe encore, toujours plus fort, éclate et disperse mon coeur comme un métal, peut-être mauvais, peut-être merveilleux sous tes coups de burins, sous tes coups de reins furieux, sous tes baisers tumultueux...
Résurrection ou agonie, peu importe ma Mort, peu importe ma vie...
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